« Les principaux outils des intervenants, c’est leur jugement et leur cœur. Mais surtout, tout prend du temps à la DPJ, beaucoup de temps », qui a été directrice du Centre jeunesse de l’Estrie de 1999 à 2004.

Protection de la jeunesse: une ex dg défend les intervenants

Sylvie Lapointe a été directrice du Centre jeunesse de l’Estrie de 1999 à 2004. Déjà à ce moment, les services sociaux étaient le parent pauvre du réseau selon la Sherbrookoise. Elle se porte d’ailleurs à la défense des intervenants, « des professionnels dont on attend des miracles malgré leurs maigres moyens ».

Interpellée par le décès de la fillette de Granby, Mme Lapointe a écrit une lettre afin qu’elle soit publiée dans La Tribune [voir la page 10].

« Par ces quelques mots, je voulais encourager le personnel du centre jeunesse qui, à mon avis, ne mérite pas tout ce que l’on peut entendre sur la DPJ. Ce triste événement aurait pu arriver n’importe où », croit Mme Lapointe, qui a également été conseillère municipale puis directrice générale de la Ville de Sherbrooke.

« Nous avons entendu des choses très dures sur le travail de ces intervenants alors que ce sont des personnes de cœur et dévouées. Lorsque je suis arrivée au centre jeunesse, j’ai fait quelques stages avec des intervenants dans toutes les sphères d’activités du centre et je n’en suis pas revenue à quel point ils étaient confrontés à des situations difficiles.

« Contrairement à la santé, il se fait très peu de recherche dans le domaine social. Il y a donc peu d’outils diagnostiques. Les principaux outils des intervenants, c’est leur jugement et leur cœur. Mais surtout, tout prend du temps à la DPJ, beaucoup de temps. Des enfants qui sont blessés, qui ont des problèmes d’attachement, ça ne se règle pas simplement en le mettant dans une nouvelle famille », souligne Mme Lapointe, lors d’un entretien téléphonique.

Plus de retrait?

L’ancienne directrice du Centre jeunesse craint que le décès de la fillette de Granby amène les intervenants à retirer les enfants de leur famille plus rapidement.

« Ils risquent d’avoir peur de vivre une situation similaire. Mais cette peur ne doit pas exister. Il faut garder en tête de viser le mieux pour l’enfant », soutient la Sherbrookoise aujourd’hui retraitée.

Surtout, le gouvernement doit consulter les intervenants de la protection de la jeunesse pour améliorer les services et éviter qu’un autre enfant glisse entre les mailles du filet, affirme Mme Lapointe.

« Ils savent ce dont ils ont besoin. Le gouvernement devrait mettre en place les mesures réclamées par ceux-ci. Et les nouveaux intervenants, ils ont besoin de support de personnes d’expérience. Malheureusement il s’agit généralement de cadres, mais deux cadres sur trois ont été coupés dans la réforme qui n’a rien amélioré.

« Chaque enfant a une histoire différente et l’intervenant doit faire le ménage dans celle-ci. C’est très difficile puisque les décisions ne doivent pas être prises sur des impressions. Les intervenants ont besoin de temps pour le faire et d’être appuyés dans leur travail alors qu’en ce moment, ils travaillent toujours sur du temps emprunté et n’ont personne à qui aller poser des questions », termine Mme Lapointe qui estime que l’on a tous « failli dans notre obligation, comme société, de protéger les enfants vulnérables ».