À moins d’un revirement de situation, l’immeuble de 17 étages prévu au coin des rues Pacifique et Claire-Jolicoeur ne pourra pas être construit.
À moins d’un revirement de situation, l’immeuble de 17 étages prévu au coin des rues Pacifique et Claire-Jolicoeur ne pourra pas être construit.

Projet Bonaparte : Côté demande un référendum

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Le promoteur Robert D. Côté souhaite que la Ville permette un référendum sur le projet du Bonaparte, une tour de 17 étages qui compterait 200 appartements au coin des rues Claire-Jolicoeur et Pacifique, près du pont Jacques-Cartier. Il qualifie de ridicule que les élus aient rejeté son projet en arguant que son immeuble masquerait la vue sur le mont Bellevue.

Lundi, dans un vote de neuf contre six, les élus ont suivi la recommandation unanime du comité consultatif d’urbanisme d’empêcher un amendement au zonage qui aurait permis la construction de 17 étages. Dans les plans proposés, la rue Pacifique aurait aussi été déplacée. Le promoteur avait déjà obtenu l’aval du conseil municipal, en 2013, pour l’ajout d’un bâtiment de neuf étages sur son terrain, mais souhaitait modifier son projet.

« S’il faut y aller avec ce que le zonage permet, soit neuf étages, ce sera ça. Mais ça donnera quelque chose de plus ordinaire. Il me semble que pour un projet de 50 M$, la moindre des choses aurait été d’aller en référendum et de laisser la population se prononcer. De toute façon, c’est moi qui payerais pour le référendum. »

M. Côté rapporte qu’il attend depuis des années pour développer son terrain du district de l’Université, terrain qu’il possède depuis 1983. « Je ne comprends pas que ce soit aussi compliqué de réaliser un projet en plein centre-ville. La première fois que j’ai parlé de ça, les urbanistes étaient emballés et avaient dit qu’ils seraient exigeants sur l’allure du bâtiment. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus nono que de dire que mon immeuble cacherait le mont Bellevue? Pourquoi ils inventent des affaires comme ça? D’autres villes se taperaient dans les mains d’avoir ce projet. Les sœurs grises, elles, elles cachent le mont Bellevue. Je n’en reviens pas. À Québec, à Montréal, ce n’est pas rare qu’un bâtiment dépasse les autres. »

Yvan Gatien, chef de la division réglementation et contrôle à la Ville de Sherbrooke, expliquait lundi que « Sherbrooke essaie d’éviter les variances de hauteur trop importantes. Sinon, l’acceptabilité sociale est plus difficile quand il y a une disproportion. Quand des bâtiments en surhauteur sont implantés, on s’assure qu’ils s’intègrent dans le milieu, en assurant une cohérence morphologique qui nous permettra de garder un point de vue sur le milieu. On vise la volumétrie, la silhouette, que l’espace de la rue soit viable par rapport à la grosseur du bâtiment. Ici, nous n’avons pas ces critères ».

Robert D. Côté rapporte avoir dépensé 40 000 $ pour réaliser les plans du Bonaparte. « On a la densité. En faisant un bâtiment en hauteur, on récupère des espaces verts : ce sont environ deux acres de pelouse de plus que si on faisait neuf étages. »

Le promoteur a pris rendez-vous avec son architecte lundi pour relancer le projet déjà approuvé, soit celui d’un bâtiment de neuf étages. Il souhaiterait toutefois que la Ville donne signe de vie d’ici là pour lui proposer un compromis. « Je n’attendrai pas encore deux ans. Les taux d’intérêt sont favorables. S’ils montent, je serai obligé de laisser les terrains vacants. »

Le président du comité consultatif d’urbanisme, Vincent Boutin, rappelle pour sa part que la population avait été consultée avant 2013 pour un projet plus volumineux et que c’est de cette consultation qu’était arrivé le compromis pour un bâtiment de neuf étages. « Nous avons donné le mandat à nos services de parler avec le promoteur et de voir à une solution qui conviendrait à tout le monde. Il se peut que le processus soit ralenti par la COVID-19. »

Des élus pour un référendum

Lundi au conseil municipal, six conseillers ont voté pour que le projet soit soumis à un référendum. Le conseiller du district de l’Université, Paul Gingues, a déploré que les balises ne soient pas claires à la Ville pour encadrer ce genre de projet. 

Pierre Avard a fait valoir que la Ville ne donnerait aucun congé de taxes au promoteur, si bien qu’elle commencerait à percevoir les taxes foncières très rapidement sur ce projet. 

« Avec les Sœurs de la Sainte-Famille, on a eu le réflexe de se poser la question. On pensait que les citoyens n’accepteraient pas le projet de construction, mais les citoyens, quand ils ont eu l’occasion de se prononcer, ont démontré qu’ils étaient capables de vivre avec ça. On a permis des VÜ et des Urbano qui cachent quand même la vue sur le mont Orford. Si les citoyens, et non les fonctionnaires, prenaient la décision, on aurait une idée venant des premiers qui vivraient avec les conséquences de cette construction. »

Pierre Tremblay a fait valoir que le projet visait à combattre l’étalement urbain. « L’argument qui revient le plus souvent c’est qu’on va cacher le mont Bellevue quand on va se promener sur la promenade du Lac-des-Nations. Je trouve que c’est un argument farfelu. Pour moi, ça ne tient pas la route. »

Chantal L’Espérance préfère 17 étages avec une plus petite empreinte au sol que quelque chose de plus étendu sur neuf étages. « Ces arguments qu’on va cacher quelque chose, je l’ai entendu pour tous les projets à Sherbrooke. Le VÜ c’était ça. Probablement que c’était le cas pour les Jardins Haute-Rive. C’est à la population de décider et on aura l’heure juste à ce moment-là. »

Marc Denault partage la même opinion et estime qu’il serait convenable de trouver un endroit pour implanter des bâtiments de cette taille dans le futur. « Par respect pour le promoteur, sans donner un chèque en blanc, il serait approprié d’entendre les gens pour savoir ce qu’est l’acceptabilité sociale pour eux. » 

Le maire Steve Lussier a demandé que les services municipaux accompagnent le promoteur dans ses démarches.