Les employés surchargés du Centre jeunesse de l'Estrie trouvent leur travail très difficile. « Mais ce qui est encore plus difficile, c'est le travail que nous n'avons pas le temps de faire », s'exclame Steve Lemieux.

Proche d'un point de rupture au Centre jeunesse

Employés présentant tous les symptômes d'une dépression mais qui se pointent encore au travail, employés en pleurs ou encore fortement découragés : les employés du Centre jeunesse de l'Estrie sont sur le bord d'un point de rupture. « On ne pourra pas continuer comme ça encore longtemps. Ça fait 17 ans que je suis ici, et je n'ai jamais vu une situation de détresse comme celle-là », affirme le président du Syndicat du personnel du Centre jeunesse de l'Estrie Steve Lemieux.
Le président du syndicat a réagi à l'annonce de la ministre Lucie Charlebois, la semaine dernière, de l'octroi d'une somme de 12 millions de dollars récurrents afin d'offrir plus de services aux jeunes en difficulté. Les services de protection de la jeunesse au Québec bénéficient d'un budget de 990 millions $.
« Avant la fusion avec les CIUSSS de l'Estrie-CHUS, les centres jeunesse avaient subi une coupe de 60 M$. En ajouter 12 M$ pour les 17 régions du Québec, c'est clairement insuffisant », clame Steve Lemieux.
Un enfant à risque
« Quand il y a un signalement à la DPJ, c'est qu'il y a un enfant à risque. Il faut qu'il y ait quelqu'un pour y répondre », ajoute-t-il.
« Notre travail auprès des enfants est difficile. Mais ce qui est encore plus dur que notre travail, c'est le travail que l'on ne peut pas faire », nuance Steve Lemieux.
Il raconte que les intervenants sont nombreux à rentrer chez eux découragés, las, stressés, parce qu'ils savent qu'ils n'ont pas pu faire des visites qui auraient pu faire du bien à un enfant. « Bien sûr, les urgences sont priorisées. Mais dans certains cas, la situation a le temps de dégrader parce qu'on ne peut pas intervenir assez vite », se désole-t-il.
Quand un intervenant prend du temps auprès d'un enfant, c'est du temps essentiel qui peut avoir un impact important pour le petit. Mais ce temps ne se comptabilise pas dans des colonnes comptables comme le voudrait le ministre de la Santé et des Services sociaux, explique-t-il. « Quand on est avec des familles en détresse, on ne peut pas compter à la cenne! »
Le président du Syndicat des centres jeunesse aimerait bien sûr un réinvestissement dans les centres jeunesse pour permettre d'alléger la tâche des employés, pour leur permettre de s'occuper convenablement de leurs dossiers - des enfants, des familles. Mais il sait très bien que la mode est davantage à la compression dans le réseau de la santé...
« J'aimerais que le ministre de la Santé Gaétan Barrette vienne s'asseoir à table pour bien comprendre ce qu'est le travail dans un centre jeunesse. Parce que le point de rupture se rapproche », martèle Steve Lemieux.