Nicole Bergeron
Nicole Bergeron

Procès de Pascal Cyr: «Je me suis sentie blessée», dit Bergeron

La conseillère municipale Nicole Bergeron s’est dite profondément outrée, choquée, blessée, à la réception d’un message du citoyen Pascal Cyr le 18 juin 2019. M. Cyr subissait son procès en cour municipale, jeudi, pour injures envers un membre du conseil municipal. 

« Tu devrais porter ça. Depuis ce soir, le brun te va bien », sont les propos que M. Cyr a acheminés à la politicienne en compagnie d’une photo représentant des soldats devant un drapeau nazi.

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« Pour moi, cette référence constitue une injure suprême. Je ne peux m’imaginer traiter une personne avec cette image. Je ne l’identifie pas aux valeurs que je prône comme élue ou comme humain. Il vient un point où on se demande jusqu’où nous sommes capables d’encaisser les injures et si quelqu’un peut passer de la parole aux actes. En 20 ans de politique, je n’ai jamais reçu de propos aussi offensatoires. Je considère que c’est une limite qui ne pouvait pas être franchie à mon égard », a témoigné Mme Bergeron devant le juge Alain Boisvert. 

L’avocat de la défense, Louis Fortier, a demandé si Mme Bergeron avait communiqué avec M. Cyr après avoir reçu cette communication sur Messenger. « Cette pensée ne m’a pas traversé l’esprit. »

M. Fortier a cherché à démontrer « une dérive autoritaire » à l’hôtel de ville, arguant que son client n’avait pas pu adresser une question aux élus à la séance du conseil municipal du 17 juin même s’il s’était inscrit comme il se doit. Ce soir-là, il avait été expulsé de l’hôtel de ville pour avoir dit qu’il avait honte des élus après un commentaire semblable de la conseillère Danielle Berthold.

Au moment de témoigner, Pascal Cyr a indiqué qu’il souhaitait, ce soir-là, poser une question sur les dépenses du maire et parler à Mme Bergeron de ce qu’il considère « une censure inacceptable ». Il a quitté l’hôtel de ville dans un état de frustration. « Ça bouillait à l’intérieur! Je me suis senti humilié. Je peux être très cinglant, mais je n’ai jamais manqué de respect publiquement envers la présidente. »

Il fait valoir que la photo accompagnant son message en est une des SA, « une organisation paramilitaire du parti nazi qui avait pour fonction de réduire les adversaires politiques au silence ». « Ça n’a rien à voir avec l’extermination des Juifs. Il faut faire une distinction entre SA et SS. Je me suis probablement mal exprimé parce que j’étais en colère. »

La procureure Tiffany Dorais a pour sa part relevé trois publications Facebook où M. Cyr traite les élus de « cons » et de « crétins ». 

Dans sa plaidoirie, Louis Fortier fait valoir que la contravention de 150 $ envoyée à son client est un acte de représailles. Il rapporte aussi que le règlement de la Ville n’est pas rédigé dans un français adéquat et évoque que si M. Cyr et Mme Bergeron s’étaient parlé, « rien de tout ça ne se serait produit ». Il plaide que le mot « injure » est vague et que « la dérive autoritaire risque de nous mener à une dérive totalitaire ». « Quand on expulse Pascal Cyr du conseil, on punit tous les citoyens et notre démocratie étouffe. »

M. Fortier ajoute que les propos de Pascal Cyr sont bien loin de ceux dénoncés par des élues de l’Assemblée nationale à la fin de l’année dernière et que l’avis d’infraction ne précisait pas la nature du message pour lequel son client est accusé. Il mentionne par ailleurs qu’une personne qui exerce une fonction publique devrait avoir un seuil de tolérance plus élevé que les citoyens.

Pascal Cyr

Tiffany Dorais, elle, évoque la jurisprudence pour démontrer que les comparaisons aux nazis et à Hitler sont la pire des insultes. « La liberté d’expression ne veut pas dire qu’on peut tout dire. La dignité humaine est plus importante que la liberté d’expression. » Elle précise qu’il faut interpréter le geste de M. Cyr comme le ferait une personne raisonnable. « Ça représente le régime nazi. Il ne peut pas y avoir d’autre interprétation. »

Le juge a pris la cause en délibéré et rendra sa décision le 16 avril.

À la sortie de la cour, Pascal Cyr a admis qu’il aurait dû s’exprimer autrement. « Si j’ai heurté Mme Bergeron, je m’en excuse, mais sur le fond des choses, il y a un malaise à l’hôtel de ville. »

Nicole Bergeron, elle, estime que le citoyen a dépassé une limite et ne regrette pas sa décision de porter plainte. « Je n’ai jamais considéré que des excuses allaient suffire. J’ai considéré que ma limite était dépassée et que c’était au juge de trancher. Si c’était à refaire, je referais la même chose. »