Denis Beaulieu a reçu jeudi soir le Prix La Tribune de la Société d’histoire de Sherbrooke remis pour son apport exceptionnel à la mémoire collective de la communauté, en présence de l’éditeur adjoint et directeur général de La Tribune, Maurice Cloutier, et du président de la Société d’histoire de Sherbrooke, Jean Therriault. — photo spectre média, Jessica Garneau

Prix La Tribune : chercher pour écrire le passé

Il s’est donné pour mission de conserver et de diffuser le plus possible notre patrimoine familial, culturel et religieux.

Et 15 ans plus tard, son enthousiasme n’a pas faibli pour ces recherches, qui occupent à temps plein sa retraite et l’ont conduit aux quatre coins de l’Estrie et du Québec.

« Je ne veux pas appeler ça une passion, même si j’en fais une folie, dit le recherchiste et auteur Denis Beaulieu. Je ne veux pas appeler ça un passe-temps. Ce n’est pas un travail non plus, c’est un plaisir. Et si je n’avais pas de plaisir à le faire, je me serais trouvé bien d’autres choses à faire. »

Résultat, on ne compte plus les articles et ouvrages qu’il a écrits, notamment dans les pages de La Tribune, de 2010 à 2018, sur des sujets aussi variés que les familles pionnières de l’Estrie, les éphémérides de la région, le Séminaire Saint-Charles-Borromée, le Sanctuaire de Beauvoir, la disparition du petit Michel Fontaine à Eastman, ou les Trappistes de La Patrie.

« J’aime bien le terme de chronique pour décrire ce que je fais, dit Denis Beaulieu. Les historiens partent avec une hypothèse. Moi, je n’ai pas à prouver par exemple que c’était bon, Beauvoir, ou que c’était beau. Moi j’écris que Beauvoir c’était ça, c’était comme ça que ça fonctionnait, et c’était ça la dévotion. Je n’ai pas la tournure d’un historien. Je cherche le quoi et j’écris ce que je trouve. »

Denis Beaulieu recevait jeudi soir le Prix La Tribune de la Société d’histoire de Sherbrooke qui reconnaît depuis une trentaine d’années l’apport exceptionnel d’une personne ou d’une organisation à la connaissance ou à la diffusion de l’histoire de Sherbrooke et de la région.

« Il est un grand passionné de généalogie et d’histoire, saluent les responsables du prix. Il contribue à sa façon à la mémoire collective de notre grande communauté. »

« Je suis honoré de recevoir de prix, exprime le lauréat. Je l’accepte avec beaucoup d’humilité compte tenu du grand respect et de l’admiration que je ressens pour ceux et celles qui m’ont précédé. »

Denis Beaulieu : « Je ne veux pas appeler ça une passion, même si j’en fais une folie. Je ne veux pas appeler ça un passe-temps. Ce n’est pas un travail non plus, c’est un plaisir. »

Curiosité et coïncidences

Le fonctionnaire de carrière, formé en économie politique, a développé un intérêt et un grand talent pour la recherche dans le cadre de ses fonctions.

« Je me suis toujours demandé comment ils font pour écrire un livre, raconte-t-il. Comment un homme ou une femme peut s’asseoir et commencer à écrire 300 pages, et pas juste des romans, des choses historiques, géographiques, ça me trottait toujours dans la tête. »

Au moment d’écrire une première publication gouvernementale sur les Inuits du Nouveau-Québec, avec l’aide d’une collègue aux communications, il a commencé à comprendre. À comprendre que pour écrire, il fallait beaucoup de matériel, beaucoup plus que ce qui était réellement publié.

Le reste de son aventure tient à la curiosité et aux coïncidences. « Je ne choisis pas mes sujets, constate-t-il, ça me tombe dessus. »

L’histoire des pères trappistes de La Patrie, par exemple, à laquelle il s’est intéressé parce que la mère de son épouse vient de cette région de l’Estrie, l’a amené à écrire la biographie de Jérôme-Adolphe Chicoyne, un avocat, journaliste, entrepreneur et ancien maire de Sherbrooke.

« Ce n’est pas des commandes, dit-il, ce sont des événements qui arrivent et qui méritent qu’on fouille. »

L’homme se fait également une fierté d’avoir produit depuis 2004 les index analytiques d’une cinquantaine de sociétés d’histoire et de généalogie de la province, totalisant plus de 5300 pages de références, illustrées de photos qu’il a lui-même prises au fil des années, en plus d’avoir photographié toutes les églises, croix de chemin, granges rondes, bâtisses historiques et ponts couverts que compte l’Estrie.

« Moi et ma femme, on a passé nos étés sur le chemin! Tous les biens culturels de la province de Québec, je les ai photographiés. Il me reste à faire la région de Montréal, la ville de Québec — que je vais faire cet été — et la région de l’Outaouais. »

En héritage

Parce que 15 ans plus tard, à 75 ans tout juste arrivés, Denis Beaulieu s’autorise à peine à ralentir.

Alors que le premier tome d’un livre sur les militaires de l’Estrie doit paraître prochainement avec la participation de Jean-Marie Dubois comme coordonnateur et Gilles Samson comme chargé de projet, M. Beaulieu annonce que le tome 2 est déjà amorcé. Un livre pour le 100e anniversaire de La petite chapelle de Beauvoir est aussi en écriture pour 2020, tandis que l’indexation de ses 54 revues d’histoire et de généalogie se poursuit.

Infatigable, Denis Beaulieu projette aussi, d’ici cinq ans, de coucher sur papier l’histoire des Cisterciens Trappistes et Trappistines au Québec de 1862 à aujourd’hui, « pour fermer la boucle des trappistes ».

Mais son projet le plus cher consiste à poursuivre la rédaction de ses Carnets de grand-papa, une sorte d’autobiographie illustrée qu’il destine à ses quatre enfants et à ses sept petits-enfants.

« C’est de sortir le plus d’écrits possible sur la famille, sur moi et mon épouse, sur ce qu’on a fait, pour laisser quelque chose aux enfants », exprime celui qui compte aller fouiller jusqu’au centre d’archives de Nanaimo, en Colombie-Britannique, où il est né, pour documenter le recueil.

« Et de laisser quelque chose à la Société de généalogie et à la Société d’histoire que d’autres pourront reprendre pour continuer à fouiller. »