Selon la députée Christine Normandin, la femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, devrait être présente au Parlement, jeudi, pour la motion qui sera proposée par le Bloc québécois.

Prise 2 pour la citoyenneté honoraire de Raif Badawi

La députée bloquiste Christine Normandin proposera de nouveau une motion visant l’octroi de la citoyenneté honoraire à Raif Badawi.

Rappelons que le 12 décembre dernier, la députée de Saint-Jean en Montérégie a essuyé un revers en proposant une motion semblable. « Je comprends que si certains ne nous ont pas soutenus, c’est qu’ils disent ne pas avoir été avisés au préalable, a-t-elle expliqué dans une vidéo qui a été partagée sur les réseaux sociaux. [...] C’est la raison pour laquelle nous ferons une prise 2. »

« Qu’il soit résolu par la Chambre d’octroyer à Raif Badawi la citoyenneté honoraire du Canada afin que le Canada puisse lui fournir les services consulaires dont il a besoin en Arabie saoudite », propose donc Christine Normandin, rappelant que Raif est incarcéré depuis bientôt huit ans. 

Le président de la Chambre doit constater le consentement unanime des élus. En décembre, seuls les conservateurs s’étaient opposés. Est-ce que Mme Normandin est plus confiante, cette fois? « Je n’ai pas encore de son de cloche, explique la députée en entrevue téléphonique avec La Tribune. Je me pose la question. J’ose espérer que nous aurons un appui. C’est une question de compassion et de respect des droits de l’homme. Je crois qu’ils nous suivent là-dessus. Ils sont peut-être un peu plus frileux sur la façon de faire », mentionne l’avocate de profession, qui a touché au droit international par le passé. 

Dans un courriel envoyé à La Tribune, le député conservateur Alain Rayes ne semble pas partager l’opinion du Bloc québécois. « Ce n’est pas d’une motion symbolique, proposée à plus de 10 000 km de l’endroit où il est détenu, dont Raif Badawi a besoin, mais bien d’une aide concrète comme des services consulaires. Le Bloc québécois fait le vertueux avec sa motion, mais celle-ci ne changera en rien la situation de M. Badawi. Le Parti conservateur travaille actuellement à présenter quelque chose qui pourrait avoir un réel impact dans ce dossier », a mentionné l’élu de Richmond-Arthabaska. Il a été impossible d’effectuer une entrevue téléphonique avec lui, mercredi après-midi.

Doute

La coordonnatrice sherbrookoise d’Amnistie internationale, Mireille Elchacar, indique que la citoyenneté honoraire de M. Badawi est l’une des demandes de sa femme Ensaf Haidar. « Chez Amnistie, on s’est fait dire lors de nos démarches auprès du gouvernement fédéral que ce n’était pas quelque chose qui allait aider. Ça peut offrir du soutien, ça peut être un signe perçu positivement par la famille de Raif, mais nous, notre inquiétude, c’est que l’Arabie saoudite ne reconnaît pas la double citoyenneté », exprime celle qui s’est fait dire par le gouvernement fédéral qu’il sera plus simple de faire des démarches en faveur de Raif Badawi lorsqu’il sera sorti de prison, mais que toutes les sources de soutien sont les bienvenues.

« On peut tout tenter aussi, rendu là, donc essayons tout ce qu’on peut », ajoute Mme Elchacar.

« Ce n’est pas une question tant juridique que politique, explique quant à elle Mme Normandin. L’idée est plus de passer un message à l’Arabie saoudite en disant : la Chambre des communes s’est prononcée de façon unanime pour vous dire qu’on a besoin de services consulaires pour M. Badawi. Mme Haidar nous a dit que lorsque quelqu’un veut intervenir et donner du soutien à M. Badawi, ils se font dire de se mêler de leurs affaires, car il n’est pas canadien. Ce serait un contre-argument. »

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De retour à l’hôpital 

Raif Badawi serait à l’hôpital, selon sa femme, Ensaf Haidar, et la coordonnatrice sherbrookoise chez Amnistie internationale, Mireille Elchacar.  

« J’ai appris que mon mari Raif Badawi avait encore été transféré à l’hôpital, a écrit Ensaf Haidar sur Twitter, mercredi matin. Sa santé s’est détériorée et nous n’avons pas eu de nouvelle de lui depuis trois mois. Les enfants et moi sommes très inquiets. »

Mireille Elchacar, elle, se dit « extrêmement préoccupée ». « La première fois, on ne savait pas où il se trouvait. Même si on se doute bien que c’était à la suite de sa grève de la faim qu’il était hospitalisé, on n’avait pas de nouvelle précise à savoir quel problème de santé il avait », rappelle-t-elle. 

« Il a été en grève de la faim depuis longtemps et il était déjà en mauvaise santé lorsqu’il l’a entreprise, enchaîne Mme Elchacar. On cherche activement des réponses. On souhaite qu’il reçoive des soins de santé, car ça fait partie des droits fondamentaux de base. »

Mireille Elchacar dit travailler avec les autorités gouvernementales pour tenter d’avoir des nouvelles. « On sait que plusieurs personnes au gouvernement canadien qui sont en lien avec des membres de l’autorité saoudienne », dit-elle, rappelant que Raif Badawi n’est pas le seul prisonnier d’opinion à avoir des problèmes en Arabie saoudite. 

Ensaf Haidar n’a pas rappelé La Tribune. Tommy Brochu