Le candidat démocrate Joe Biden, avec sa colistière Kamala Harris.
Le candidat démocrate Joe Biden, avec sa colistière Kamala Harris.

«Soyez patriotes»: le port du masque revient au coeur du duel Biden-Trump

Mandel Ngan
Agence France-Presse
Élodie Cuzin
Agence France-Presse
WILMINGTON — Donald Trump a accusé jeudi son rival démocrate Joe Biden de «politiser» la pandémie de COVID-19, et rejeté son appel au port du masque obligatoire aux États-Unis, un sujet au coeur de la campagne pour la présidentielle de novembre.

L'ancien vice-président de Barack Obama et sa nouvelle colistière, Kamala Harris, ont centré sur la pandémie leur première journée de campagne conjointe, cherchant à combattre Donald Trump sur sa gestion de cette crise majeure.

Avec plus de 166 000 morts et cinq millions de cas recensés, les États-Unis affichent le plus lourd bilan au monde. Et la crise sanitaire a ravagé la première économie mondiale.

Après une réunion avec des experts en santé publique, Joe Biden a appelé les gouverneurs des 50 États américains à «instaurer dès maintenant l'obligation de porter un masque».

Ceci pourrait permettre de «sauver plus de 40 000 vies» à travers le pays, a-t-il affirmé devant des journalistes depuis sa ville de Wilmington, dans l'État du Delaware.

«Nous sommes en Amérique. Soyez patriotes. Protégez vos concitoyens», a ajouté le démocrate de 77 ans, tandis que la sénatrice Kamala Harris, 55 ans, l'écoutait à distance, portant un masque noir.

Une «approche rétrograde [...] et très défaitiste», a réagi Donald Trump lors de sa conférence de presse quotidienne à la Maison-Blanche sur la pandémie, accusant son rival de «politiser le virus».

«Joe l'endormi préfère à l'approche scientifique l'idée d'enfermer tous les Américains dans leur sous-sol pendant des mois», a-t-il lancé en employant le surnom moqueur dont il affuble son rival.

«Nous avons appelé les Américains à porter des masques. Et j'ai souligné que c'était un acte patriote», a poursuivi le milliardaire républicain, avant toutefois de semer un doute sur leur efficacité.

«Peut-être qu'ils sont extraordinaires, peut-être qu'ils sont juste bons, peut-être qu'ils ne sont pas si bons, mais franchement, qu'avez-vous à perdre?»

Malgré les recommandations des experts, le port du masque est devenu un sujet de division politique aux États-Unis, Donald Trump ayant évité d'en porter un en public jusqu'à la mi-juillet.

Une trentaine d'États américains ont instauré des obligations de porter le masque, surtout à l'intérieur ou dans des zones fréquentées à l'air libre, selon l'organisation AARP qui défend les personnes âgées.

Mais dans certains épicentres, comme la Floride ou la Géorgie, les gouverneurs républicains n'ont pas voulu en imposer.

«Femme folle»

Il devrait «revenir aux professionnels de la santé publique de mener la politique de notre pays pour s'attaquer à cette pandémie meurtrière», a insisté pour sa part Kamala Harris, première colistière noire choisie par un grand parti aux États-Unis.

Sans le nommer, l'allusion au président républicain était évidente.

Dès son premier discours de candidate à la vice-présidence, mercredi, elle avait employé son ton d'ex-procureure pour attaquer Donald Trump sur sa gestion de la crise du nouveau coronavirus.

Il y a «une raison pour laquelle il a frappé plus durement l'Amérique que toute autre nation développée: c'est à cause de l'échec de Donald Trump à le prendre au sérieux depuis le début», a-t-elle dénoncé.

«Son refus de lancer le dépistage, ses revirements sur la distanciation physique et le port du masque. Sa croyance délirante qu'il en sait plus que les experts.»

Depuis l'officialisation de sa nomination comme colistière, Donald Trump a eu des mots durs pour l'ex-candidate à la primaire démocrate, rappelant à l'envi qu'elle avait dû abandonner la course avant même le premier scrutin.

Kamala Harris est «une sorte de femme folle», a-t-il encore déclaré jeudi sur Fox Business.

Le nouveau tandem démocrate part avec un avantage: Joe Biden devance Donald Trump dans les sondages nationaux — entre 6 et 9 points de pourcentage ces 30 derniers jours, selon la moyenne du site RealClearPolitics — et dans plusieurs États-clés.

Donald Trump

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TRUMP PRÊTE FOI À UNE FAUSSE CONSPIRATION SUR HARRIS

WASHINGTON — Le président Donald Trump a prêté foi jeudi à une conspiration fausse et raciste sur l’éligibilité de Kamala Harris à la présidence américaine, alimentant une campagne de désinformation en ligne qui ressemble à celle qu’il a utilisée pour propulser son ascension politique.

S’exprimant depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a déclaré aux journalistes qu’il avait «entendu» des rumeurs selon lesquelles Kamala Harris, une femme noire et une citoyenne née aux États-Unis dont les parents étaient immigrants, ne remplissait pas les conditions requises pour siéger à la Maison-Blanche. Le président a déclaré qu’il considérait ces rumeurs comme «très sérieuses».

Cette théorie est fausse. Kamala Harris, qui a été choisie cette semaine par Joe Biden pour servir de colistière sur le ticket démocrate, est née à Oakland, en Californie, et elle est éligible à la présidence en vertu des exigences constitutionnelles. La question n’est même pas considérée comme complexe, selon les avocats qui ont passé en revue sa situation.

«Arrêt complet, point final, fin de l’histoire, point d’exclamation, a déclaré Jessica Levinson, professeur à la Loyola Law School. Soyons honnêtes sur ce que c’est: ce n’est qu’un cliché raciste qui est mis de l’avant quand il y a un candidat de couleur dont les parents n’étaient pas citoyens.»

Donald Trump a construit sa carrière politique sur la remise en question de la légitimité d’opposants politiques. Il était une force de premier plan derrière le soi-disant «mouvement birther» - le mensonge qui remettait en question l’éligibilité du président Barack Obama, le premier président noir du pays. Ce n’est qu’après s’être fait presser de questions lors de sa campagne de 2016 que Donald Trump a désavoué ces affirmations.

Les commentaires de Donald Trump à propos de Kamala Harris jeudi s’ajoutent à une tempête d’autres affirmations fausses, racistes ou sexistes qui ont envahi les médias sociaux et les sites internet conservateurs après que Joe Biden eut choisi Kamala Harris. La campagne de désinformation se fonde sur des mensonges qui circulent depuis des mois, et qui ont été propulsés par Donald Trump et ses partisans. AP