Les enfants de 2 à 5 ans sont 14,3 % à montrer des signes de troubles émotifs ou d’anxiété.

Prendre soin de la santé mentale des tout-petits

Les enfants de 2 à 5 ans sont 14,3 % à montrer des signes de troubles émotifs ou d’anxiété. La proportion d’enfants ayant reçu un diagnostic de trouble mental a également augmenté « de manière significative » depuis 2000-2001, passant de 3,5 % à 4,8 % en 2015-2016. Ces données sont tirées de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), menée par Statistique Canada de 1994 à 2016. Dans ce contexte où les problèmes de santé mentale gagnent du terrain chez les tout-petits, se soucie-t-on suffisamment de la santé mentale des petits Québécois?

« La santé mentale se construit lors des premières années de la vie. C’est pourquoi la prévention en santé mentale doit commencer dès le plus jeune âge, d’autant plus que les interventions pendant la petite enfance seraient beaucoup plus efficaces que chez les enfants d’âge scolaire, les adolescents et les adultes en raison de la grande plasticité du cerveau des tout-petits », soutient Claud Bisaillon, psychologue et professeure à l’Université de Sherbrooke et présidente de l’Association québécoise pour la santé mentale des nourrissons.

C’est quand même assez nouveau que l’on se préoccupe de la santé mentale des tout-petits, précise Mme Bisaillon. Avant, on gérait plutôt les symptômes physiques. « Les problèmes de santé mentale se manifestent souvent par des symptômes fonctionnels : la gestion des émotions (les crises, les problèmes de comportement...), les problèmes de sommeil ou d’alimentation... », dit-elle.

Comme parents, il ne faut pas oublier que les enfants communiquent leurs émotions de différentes façons, parfois subtiles, parfois spectaculaires.

« Les parents d’aujourd’hui sont plus à l’écoute des émotions de leurs enfants. Nous, on a plutôt élevé avec des commentaires comme : ‘‘arrête de pleurer pour rien! ’’, ‘‘Faut pas se décourager’’ ,‘‘Pleure pas, c’est pas beau’’. Et on essayait de distraire les enfants quand ils éprouvaient des émotions plutôt que de les aider à les comprendre. Les parents d’aujourd’hui sont à la recherche de nouvelles façons de gérer les émotions de leurs enfants », explique la psychologue.

Les crises des enfants ne sont pas plus fréquentes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant. Mais elles sont perçues différemment.

« Quand un enfant fait une crise, qu’il frappe ses parents, il envoie un message très clair : ‘‘j’ai besoin de toi’’. Mais on sait tous comme c’est difficile dans ce temps-là pour le parent. Il faut se demander comment on peut être là et aider nos enfants dans ce temps-là. Pourtant, on est en train de demander aux enfants de faire quelque chose de très difficile, même pour bien des adultes : on leur demande de gérer leurs émotions », dit-elle.

Le truc miracle n’existe pas pour aider les enfants à gérer ce tourbillon des émotions. « Mais la première chose à retenir, c’est qu’il faut être calme comme parent. On a tous déjà crié à un enfant en crise d’arrêter de hurler; ça ne sert à rien et on le sait! Si on n’est pas capable d’être calme, on peut prendre un moment pour se retirer, respirer, se calmer, tout en prenant soin de dire à l’enfant : ‘‘J’ai besoin de me calmer. Je sors, mais je vais revenir et on va traverser ça ensemble.’’ Il faut garder à l’esprit que l’enfant a besoin de nous plus que jamais », précise Claud Bisaillon.

Développement du lien d’attachement

Pour prévenir le développement de problèmes de santé mentale chez les petits, il y a un autre élément-clé sur lequel les parents doivent travailler à tout prix pour favoriser un développement émotif sain chez les enfants : développer un lien d’attachement solide et sécurisant entre eux et les enfants.

« Les enfants qui développent un lien d’attachement fort peuvent très bien s’en sortir, même s’ils grandissent dans des milieux plus difficiles », précise la psychologue.

Et comment fait-on pour développer ce lien d’attachement solide?

« Il faut passer des bons moments avec nos enfants. Ça n’a pas besoin d’être à longueur de journée. Juste le fait de passer quelques minutes près de nos enfants, juste à les regarder jouer et à les accompagner dans leurs jeux et dans leurs explorations, sans leur montrer des choses, juste ça, c’est suffisant », soutient Mme Bisaillon.

« Il faut passer des moments agréables ensemble, ça n’a pas besoin de durer des heures et des heures. Il vaut mieux additionner les moments positifs, même s’ils sont petits. Comme ça, s’il y a des difficultés dans la relation plus tard, on aura déjà un capital sur lequel baser la relation », ajoute la professeure de l’Université de Sherbrooke.