Pour assurer le suivi de leurs patients ou pour avoir des échanges avec la famille de leurs patients hospitalisés alors que les visites étaient interdites dans les hôpitaux et les CHSLD, les médecins ont dû se tourner vers d’autres solutions : les différentes plateformes d’échanges en ligne ou encore le téléphone, tout simplement.
Pour assurer le suivi de leurs patients ou pour avoir des échanges avec la famille de leurs patients hospitalisés alors que les visites étaient interdites dans les hôpitaux et les CHSLD, les médecins ont dû se tourner vers d’autres solutions : les différentes plateformes d’échanges en ligne ou encore le téléphone, tout simplement.

Premier virage réussi pour la téléconsultation médicale

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Plus de 2,2 millions de Québécois ont reçu un appel de leur médecin de famille ou de leur médecin spécialiste entre le 16 mars et le 8 juin. En tout, 13 000 médecins québécois ont offert des services à distance durant la première vague de la pandémie, estime la Régie de l’assurance-maladie du Québec*.

« Les téléconsultations ont été appréciées par une portion importante de la population et des soignants », soutient le Dr Jean-François Éthier.

« La pandémie a permis de dépasser les appréhensions certains médecins et de plusieurs patients », indique le Dr Éthier, professeur en informatique de la santé à l’Université de Sherbrooke et codirecteur scientifique du Groupe de recherche interdisciplinaire en informatique de la santé (GRIIS).

En plein cœur de la première vague de la pandémie, les patients avaient tout à coup peur de se rendre à l’hôpital — et c’est encore le cas aujourd’hui. Les patients qui devaient malgré tout être hospitalisés étaient privés de la visite de leur entourage, puisque les visiteurs étaient interdits à l’hôpital et dans les CHSLD.

Pour assurer le suivi de leurs patients ou pour avoir des échanges avec la famille de leurs patients hospitalisés, les médecins ont dû se tourner vers d’autres solutions : les différentes plateformes d’échanges en ligne ou « le bon vieux téléphone », tout simplement.

 « Ce virage s’est fait à la satisfaction des patients, visiblement. J’ai des patients qui demandent que leur suivi annuel se fasse encore au téléphone l’an prochain. Dans ma pratique personnelle en cardiologie, je peux faire des suivis par téléphone avec 90 % des patients que je voyais en clinique externe. La consultation téléphonique est suffisante pour lever le drapeau sur les patients qui vont moins bien ou qui sont inquiets et qui ont besoin d’une visite en personne à l’hôpital », indique le Dr Simon Bérubé, cardiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et président de la Société des médecins du CHUS.

Défis à relever

L’adaptation aux différentes technologies s’est faite de façon différente selon les spécialités. En orthopédie, une spécialité qui est beaucoup basée sur l’imagerie, ou en dermatologie, qui est basée sur l’observation des lésions, il est plus difficile de se passer de la présence physique des patients.

Cela dit, tout espoir n’est pas perdu pour certaines de ces disciplines. « Pour la dermatologie par exemple, il y a des technologies qui sont en train de se développer… » assure le Dr Jean-François Éthier, professeur en informatique de la santé à l’Université de Sherbrooke.

La consultation à distance offre toutefois son lot de défis aux professionnels de la santé. En période de pandémie, certains médecins ont dû faire des rencontres sur les soins de fin de vie avec les membres d’une famille réunis derrière un écran et une caméra d’ordinateur.

« Discuter des soins de fin de vie avec une famille demande effectivement une grande « lecture humaine » qui est plus difficile à distance. Mais voyez-vous quand même le progrès? Avant la pandémie, si la famille n’avait pas pu être au chevet de son proche, la même conversation aurait sans doute eu lieu au téléphone, ce qui aurait été encore plus difficile pour la famille », mentionne le Dr Éthier.

« Mais c’est certain que nous sommes des êtres sociaux, et la proximité va rester nécessaire dans certaines situations », ajoute-t-il.

La pandémie aura également permis de mettre un cadre légal autour des téléconsultations, avec des outils choisis par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Les médecins peuvent également être payés pour leurs téléconsultations depuis le 16 mars dernier au même tarif qu’une consultation en cabinet.

* Les données fournies par la RAMQ sont sous-estimées, car les médecins disposent de 120 jours pour faire parvenir leur facturation. De plus, certains services de facturation ont complètement cessé leurs activités durant quelques semaines durant le confinement, ce qui cause du retard dans la facturation.