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L’une des images tirées de la séance photo faite par Félix Dion en novembre dernier.
L’une des images tirées de la séance photo faite par Félix Dion en novembre dernier.

Poser nu pour briser les préjugés

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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« Sexualité, érotisme et handicap : trois mots rassemblés qui donnent l’effet d’un brouillard dans l’esprit de trop de gens. » Ce sont les mots de Félix Dion, 25 ans, atteint de paralysie cérébrale depuis la naissance et sujet d’images circulant sur le web.

Le désir de poser nu a germé dans la tête de Félix Dion l’été dernier. Frustré par le regard des autres depuis l’adolescence, il sentait le besoin de se réapproprier son corps, ses cicatrices, sa nudité, sa sexualité et « sa différence ». Ça prenait plus que des mots.

« Depuis que j’ai 15 ans, des gens assument que je n’ai pas de vie sexuelle parce que je suis en fauteuil roulant. Il y a un préjugé qui siphonne toute la réalité sexuelle des personnes en situation de handicap. Pour cette raison, je ressentais le besoin de prôner la différence des corps et de montrer que la sensualité et l’érotisme ne sont pas réservés à ceux qui ont un corps correspondant à la norme. »

L'été dernier, il a donc lancé un appel sur Facebook pour trouver un ou une photographe en qui il aurait confiance. Une connaissance, Léonie Cameron, a aussitôt manifesté son intérêt étant familière avec la photographie dite plus intime. La jeune femme se dit par ailleurs très reconnaissante d'avoir pu participer à ce projet.

Le matin de la séance photo, en novembre, Félix Dion s’est toutefois remis en question. Il était effrayé non pas par l’opinion des autres, mais par le fait de devoir affronter « ses propres perceptions et ses propres démons ».

Le Sherbrookois explique qu’à 16 ans, il a dû subir une opération importante après laquelle il s’est retrouvé dans le plâtre, du nombril jusqu’aux pieds. « Ma pudeur de jeune homme, je l’ai perdue dans les hôpitaux en me faisant donner un bain par des inconnus », confie-t-il.

Une fois la séance photo commencée, il a toutefois retrouvé la confiance nécessaire en se rappelant les nombreux motifs qui l’avaient mené jusque-là. « C’était comme se lancer dans l’eau froide. Plus ça allait, plus je me suis senti puissant. Après la séance, j’ai eu l’impression de pouvoir monter le mont Everest », raconte Félix Dion, fier de cet accomplissement.

Une vague d’amour censurée

Après avoir diffusé ses photos ainsi que l’un de ses poèmes sur le web, Félix Dion indique avoir reçu une énorme vague d’amour sur les réseaux sociaux. Plusieurs personnes l’ont remercié notamment de dénoncer les standards de beauté.

« Je me suis rendu compte que ce qui est le plus handicapant finalement, ce sont les attentes et les normes associées aux corps. Ce n’est pas mon fauteuil roulant le problème, c’est ce qu’on attend physiquement des gens. »

La satisfaction d’avoir été jusqu’au bout d’un tel processus créatif lui a toutefois été retirée par Facebook après que sa publication fut censurée pour un motif de « non-respect des standards de la communauté ».

Félix Dion s’est empressé de contester cette décision pour finalement retrouver le droit de diffuser son contenu. « C’est absurde. Quel message ça envoie? Des photos explicites, limite vulgaires, passent fréquemment sur mon fil d’actualité. Il faut savoir filtrer l’art et la nudité gratuite. C’est la preuve qu’il y a encore du travail à faire », déplore-t-il en ne sachant toutefois pas si la censure provient d’une plainte faite par un autre abonné.

Malgré cet épisode, grâce aux réactions positives et aux encouragements, Félix Dion se dit encore plus motivé à poursuivre ses deux combats : améliorer l’accessibilité et mettre fin aux tabous entourant la sexualité des personnes en fauteuil roulant.

« Il est temps que ça change. Il est temps qu’on cesse d’angoisser pour répondre aux standards de beauté. »

Il assure que d’autres projets sont à venir en ce sens.