Pont Champlain : la naissance d'un géant en direct

MONTRÉAL — « Je vais pouvoir dire à mes petits-enfants et peut-être même à mes arrière-petits-enfants que j’ai visité ce pont durant sa construction! » À son retour de la visite sous le futur pont Samuel-de-Champlain, à Montréal, Alexandre De Chantal était encore impressionné par l’immensité du chantier et les techniques déployées afin de réaliser cette structure.    

Il faisait partie de la cohorte d’élèves inscrits au programme charpenterie-menuiserie du Centre 24– Juin, qui a eu la chance de s’infiltrer vendredi dans les coulisses du nouveau pont Champlain. « Ce n’est pas tout le monde qui a accès à ça », se réjouit-il.

Il doit ce privilège à l’enseignant Patrick Langlois. Avec son collègue Denis Lévesque, ce passionné de construction et d’enseignement a organisé cette sortie vers la Métropole où les élèves ont aussi pu visiter la Maison symphonique de Montréal en plus du chantier du pont Champlain, où plus de 1600 employés travaillent.

« On fait ça pour permettre aux élèves de diversifier la vision qu’ils ont du monde de la construction, explique l’enseignant. À Sherbrooke, on œuvre beaucoup dans le résidentiel. De voir des chantiers de cette envergure, pour les élèves, ça permet de voir autre chose », indique-t-il.

L’enseignant, qui a travaillé dans le domaine dans le passé, a éprouvé un certain pincement au cœur en visitant l’immense structure. « C’est le genre de chantier auquel j’aurais aimé participer. Je n’ai pas eu la chance de travailler sur de gros chantiers comme ça, mais aujourd’hui, je vois que je suis passé à côté de quelque chose », livre-t-il. En tout, le nouveau pont, qui s’appellera officiellement Samuel-de-Champlain, coûtera 4,2 milliards de dollars, ce qui inclut l’entretien durant les 30 prochaines années.

Des élèves impressionnés

De leur côté, les élèves ont été ébahis devant ces tonnes de matériaux. Alexandre De Chantal a adoré son expérience. « J’étais vraiment excité à l’idée de visiter les infrastructures. J’espérais beaucoup de ce moment-là. C’est une chose qu’on vit seulement une fois dans notre vie. Le pont a une espérance de vie de 125 ans, donc je ne pense pas qu’on va voir le prochain! »

Des détails techniques, comme les matériaux utilisés pour construire le pont, ont attiré l’attention d’Alexandre. « Aujourd’hui, c’est la première fois de ma vie que j’entends parler d’armature en acier inoxydable. J’ai posé la question et on m’a répondu que nous sommes les premiers à avoir cette technologie en Amérique du Nord. Nous, avec nos hivers, les abrasifs, le sel et la corrosion tuent nos ponts. L’aluminium, c’est quelque chose de bien. Ils ont parlé des matériaux, de la résistance et de la durabilité. Ça a l’air d’un nouveau standard pour les prochains ponts. Pour moi, il va durer 125 ans pour de vrai, celui-là! », estime l’élève, rappelant que ce sont ces produits de déglaçage qui ont fait vieillir prématurément le pont actuel.

La visite jouera peut-être dans la tête d’Alexandre De Chantal, lui qui aimerait aller travailler dans des constructions plus modestes. « Moi, dépendamment de ce qui s’offre comme possibilités, j’aimerais bien faire du résidentiel. Mais la visite m’a intéressé. L’affaire, c’est qu’il y a tellement de monde réuni! Ça doit être quelque chose. Ce ne sont pas uniquement quatre ou cinq gars qui travaillent sur une petite maison », affirme-t-il.

L’organisation veut « donner au suivant »

Le directeur de la coordination au consortium Signature sur le Saint-Laurent, Daniel Genest, juge important d’offrir la possibilité aux jeunes de visiter le chantier de construction de ce pont. C’est pourquoi il accueille environ 25 groupes par année pour visiter les coulisses du pont en construction. « Un jour, sur le chantier, il va falloir remplacer nos équipes par une autre cohorte de travailleurs et d’ingénieurs. D’accueillir des gens provenant des DEP (diplômes d’études professionnelles), des cégeps et des universités, c’est très important pour nous », dit-il.

Pour lui, il est particulièrement intéressant de discuter avec des élèves et des étudiants. « Les meilleures visites, ce sont les gens qui viennent des établissements scolaires. Ils sont en mode apprentissage. Ils voient du grand et du gros. Ils voient ce que va être leur futur », analyse-t-il.

« On montre des choses très techniques qu’on essaie de vulgariser en deux heures et demie. Quand on parle d’une approche modulaire avec des blocs Lego [NDLR Les piliers du pont sont installés comme des blocs Lego], on a voulu vulgariser un travail très complexe », explique M. Genest.    

Au départ, le pont devait ouvrir pour le 21 décembre. Cependant, l’ouverture a été reportée au plus tard pour juin 2019.

Somme toute, l’organisation de la sortie n’a pas été trop compliquée, au grand bonheur de M. Langlois. « Pour ce qui est des autorisations accordées par les directions adjointes, ça a été très facile. Contacter l’organisation du pont Champlain a relativement bien été, mais c’est de tout raccorder ça qui a été un peu compliqué », décrit-il, assurant que ces visites ont donné des outils et de la motivation à ses élèves.

Patrick Langlois en profite pour inviter la population aux portes ouvertes du Centre 24– Juin mercredi prochain.

Quelque 35 élèves et membres du personnel du Centre 24–Juin ont visité les installations du pont Champlain, vendredi.