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La pollution lumineuse de la ville de Sherbrooke a été cartographiée.
La pollution lumineuse de la ville de Sherbrooke a été cartographiée.

Pollution lumineuse : La santé des Sherbrookois bientôt sous la loupe?

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
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SHERBROOKE -  Après s’être intéressé aux liens entre la pollution lumineuse et le cancer en Espagne, le chercheur Martin Aubé mènera le même exercice, cette fois en sol français. Éventuellement, grâce à la cartographie du ciel sherbrookois, le professeur du Cégep de Sherbrooke aimerait réaliser le même exercice ici.

En 2018, une étude internationale à laquelle avait participé M. Aubé avait montré que l’exposition nocturne à la lumière bleue pourrait être associée à un risque accru de cancer hormono-dépendants comme le cancer du sein ou de la prostate.

L’enquête montrait notamment que les participants des zones plus exposées à Madrid et Barcelone avaient 1,5 fois plus de risques de souffrir du cancer du sein, et deux fois plus de risques d’être atteints d’un cancer de la prostate. Malgré la forte corrélation, on ne peut parler de preuve hors de tout doute.

L’étude s’intéressait à l’éclairage artificiel extérieur seulement. Elle ne tenait pas compte de la lumière bleue provenant des écrans de tablettes et de téléphones portables.

Si on décompose une lumière, on retrouve toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, dont la lumière bleue. Elle est notamment émise par la majorité des lumières DEL blanches.

Cette fois, en France, M. Aubé et les chercheurs au projet souhaitent cartographier deux villes complètes; les noms de Rennes et Lyon ont été avancés. 

« On va scanner toutes les villes avec le LANcube, ce sera un peu comme notre vérité terrain. » L’équipe se basera aussi sur des images prises par des astronautes. Comme en Espagne, les professeurs pourront s’appuyer sur des données épidémiologiques, qui offrent une panoplie d’informations sur la santé des citoyens. « Le but ultime, c’est de voir s’il y a un lien entre la lumière que l’on a mesurée et les cancers. » 

Le chercheur ne peut compter sur de telles données épidémiologiques ici.

Si les chercheurs s’intéressent maintenant à la France, c’est que le mode de vie peut influencer l’étude. « On a trouvé de grosses corrélations en Espagne, mais on sait que là-bas les gens passent une partie de leur soirée dehors, réveillés. On se dit que ça se peut que les lampes extérieures aient plus d’influence sur eux, par rapport au Québec, en hiver, où les gens sont toujours à l’intérieur. D’un endroit à l’autre, ce n’est pas clair que la corrélation va être transférable. C’est pour ça qu’on a choisi la France. On a déjà un autre projet pour des villes canadiennes. » 

Et Sherbrooke ?

Martin Aubé et sa collègue Johanne Roby, également professeure au Cégep de Sherbrooke ont créé une carte d’indice de suppression de la mélatonine dans toute la ville. « En supposant que Sherbrooke se comporte comme les villes en Espagne (c’est encore l’inconnu), on pourrait avoir des points chauds. À partir de notre carte, on peut voir les endroits où ça pourrait être problématique pour la santé, où on pourrait intervenir prioritairement au niveau de l’éclairage. » 

La mélatonine est l’hormone du sommeil.

La carte montre de grandes disparités entre les quartiers. 

« Il y a des quartiers résidentiels qui sont très différents des uns des autres. » 

« Quand on regarde l’indice de suppression de la mélatonine, il est énormément plus élevé dans le secteur Mi-Vallon. Ça veut dire qu’il y a de la lumière blanche. On a remarqué qu’une bonne partie de ça, ce sont des lumières installées par les résidents eux-mêmes. Ils produisent leur propre pollution lumineuse, qui est éventuellement un danger pour eux », fait-il remarquer. 

Le chercheur regarde avec intérêt le projet pilote mené auprès d’entreprises du boulevard Bourque, une initiative de la Corporation de l’Astrolab et de la Ville de Sherbrooke.

« À Sherbrooke, la situation est complexe, parce qu’on a la carte complète de cet indice-là, mais on n’a pas les données pour croiser avec les cancers. Si on avait ça, ce serait merveilleux. Il n’y a pas un endroit dans le monde où on a autant de détails sur l’indice de suppression de mélatonine », observe M. Aubé.