Le greffier du Conseil privé, Michael Wernick a témoigné devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne, jeudi.

Wilson-Raybould a toujours été la décideuse, dit le greffier du Conseil privé

OTTAWA — L'ex-ministre Jody Wilson-Raybould a subi de la «pression» dans le dossier SNC-Lavalin, mais pas de la «pression inappropriée», a indiqué le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, dont le témoignage en comité est largement venu appuyer la version des faits de Justin Trudeau.

Le plus haut fonctionnaire du gouvernement a soutenu avec aplomb jeudi, devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne, que la ministre démissionnaire avait toujours été la «décideuse» dans cette affaire.

Il a dit ne pas pouvoir dire si Mme Wilson-Raybould avait pu interpréter cette pression comme étant inappropriée. Seule l'ancienne procureure générale, qui a été invitée à témoigner au comité, pourra répondre à cette question, a signalé M. Wernick.

Le greffier en a étonné certains en affirmant dans sa déclaration d'ouverture qu'en regardant l'état du pays, bien des choses l'inquiétaient - incluant que «quelqu'un se fasse abattre pendant la campagne électorale» - mais pas l'indépendance du système judiciaire canadien.

Il a aussi martelé que l'article à l'origine de l'affaire SNC-Lavalin contient des erreurs et frôle même la «diffamation». Le gouvernement Trudeau est plongé dans l'embarras depuis que le Globe and Mail a publié un article contenant des allégations d'ingérence politique.

Jody Wilson-Raybould a claqué la porte du conseil des ministres quelques jours après la publication de ce texte.

Avant Michael Wernick, le ministre de la Justice et procureur général, David Lametti, qui a comparu devant les élus du comité, fournissant trop peu de détails au goût de l'opposition.

À sa sortie de la rencontre, il n'a pas voulu dire s'il produirait son avis juridique entourant le secret professionnel que l'ancienne ministre Wilson-Raybould invoque comme raison pour expliquer son mutisme.

Celle qui est désormais simple députée a été invitée au comité, et elle devrait s'y présenter mardi ou mercredi prochain, selon ce qu'a dit le président du comité, Anthony Housefather.

D'après lui, l'ex-ministre pourrait être accompagnée de l'ancien juge de la Cour suprême Thomas Cromwell, qui la conseille sur le secret professionnel.

«Peut-être qu'elle sera accompagnée de M. Cromwell, je ne suis pas certain, mais elle va avoir un excellent avis juridique, j'imagine, avant qu'elle décide de venir», a-t-il exposé mercredi.

Les partis d'opposition estiment que l'examen du comité parlementaire est insuffisant pour faire la lumière sur cette histoire.

Ils ont réclamé la tenue d'une enquête publique via une motion qui a été battue en Chambre, mercredi, par les libéraux majoritaires.

«Ma vérité»

Le premier ministre Justin Trudeau a décliné jeudi l'invitation de réagir aux commentaires formulés par Jody Wilson-Raybould la veille à la Chambre des communes.

L'ex-ministre de la Justice et procureure générale a semblé décocher une flèche à l'intention du premier ministre, qui était assis tout près d'elle, mercredi.

Lorsqu'elle a pris la parole afin d'expliquer pourquoi elle s'abstenait de voter sur une motion réclamant une enquête publique, elle a dit espérer avoir «l'occasion de donner (sa) vérité».

L'ancienne ministre a pris soin de préciser qu'il ne lui revenait pas «de lever le secret professionnel et la confidentialité» - ce qui est du ressort, selon plusieurs, du premier ministre.

Le commentaire de Mme Wilson-Raybould a déclenché un tonnerre d'applaudissements dans les banquettes de l'opposition.

Lorsque Justin Trudeau s'est fait demander si ce commentaire avait refroidi le rapprochement qui semblait s'être opéré, il n'a pas répondu clairement.

«On continue d'avoir un parti uni. On travaille ensemble pour livrer de façon concrète pour les Canadiens. (...) On va continuer de travailler ensemble avec tous les députés du Parti libéral du Canada», a-t-il offert en marge d'une annonce en Nouvelle-Écosse, jeudi.

Le premier ministre a par ailleurs souligné que le secret professionnel était «un élément clé de notre système de justice», et qu'il y avait «des conséquences potentielles sérieuses» à le lever.