Ils étaient une soixantaine, entassés à l’Irisium, à écouter la présentation, à poser leurs questions à la conseillère Évelyne Beaudin et à participer aux ateliers pour recenser les bons et les moins bons coups du consortium.

Well inc.: les inquiétudes subsistent

L’architecture du projet du consortium du Quartier Well inc., la taille du stationnement à reconstruire et les risques d’embourgeoisement font partie des plus grandes inquiétudes citoyennes soulevées lors de la soirée d’information organisée par la conseillère Évelyne Beaudin jeudi. La seule élue de Sherbrooke Citoyen cherchait à vulgariser toute l’information publique concernant ce projet de revitalisation qui soulève plusieurs interrogations.

Ils étaient une soixantaine, entassés à l’Irisium, à écouter la présentation, à poser leurs questions et à participer aux ateliers pour recenser les bons et les moins bons coups du consortium.

Rappelons que le projet en question consiste à reconstruire le stationnement étagé de la rue du Dépôt, à ériger deux tours en bordure de la rue Wellington Sud, à aménager une place publique entre ces deux bâtiments et à construire un lien routier entre la rue du Dépôt et la rue des Grandes-Fourches.

D’entrée de jeu, les questions ont porté sur les coûts du projet du consortium : 26 M$ d’investissements pour la Ville de Sherbrooke et une cinquantaine de millions de dollars pour le consortium. Certains citoyens ont aussi voulu savoir ce qui arriverait si la Ville ne s’entend pas avec le consortium avant la date butoir du 15 février.

« Il ne faut pas le regarder seulement en matière de revenus ou de dépenses. C’est louable de vouloir dépenser pour revitaliser le centre-ville. Je n’ai rien contre ça. Mais les chiffres présentés, il faut les prendre avec un grain de sel », a prévenu Évelyne Beaudin.

En plénière, les citoyens, parmi lesquels d’anciens candidats de Sherbrooke Citoyen, ont relevé que le projet « se fond mal dans la rue Wellington Sud actuelle. Il est difficile de retrouver notre centre-ville ». L’architecture, mais aussi la hauteur des bâtiments, d’environ cinq et onze étages, inquiète, disait une citoyenne.

« Nous avons l’impression que Well inc. est uniquement basé sur le projet du consortium et il semblait basé sur du copinage politique. Les documents publics servent moins à informer qu’à vendre le projet. Nous avons l’impression de nous faire imposer une vente à pression », clamait un autre.

Une place publique... privée

La place publique, pour certaine, a plutôt l’allure d’une place privée pour les utilisateurs des deux tours.

L’idée d’offrir une plus grande place à l’opinion citoyenne a aussi été soulevée.

« Mon agenda caché, c’est de vous convaincre de vous impliquer davantage. Si vous avez des commentaires, des questions, contactez vos élus », a conclu Évelyne Beaudin, invitant les citoyens à entrer en contact avec Chantal L’Espérance, la présidente du comité de revitalisation du centre-ville. Mme L’Espérance était sur place pour la consultation (voir autre texte).

« Je retiens que les gens veulent faire partie de la décision. Les gens ne sont pas seulement pour ou contre. On est capable si on se parle de faire la part des choses et de faire un projet qui va rassembler », a retenu Mme Beaudin.

La conseillère compte résumer les interventions citoyennes et faire circuler le document parmi ses collègues. « Je vais sûrement faire une intervention au conseil pour faire un rappel. »

Évelyne Beaudin pourrait tenir d’autres consultations dans le futur. « Le but, c’est d’établir le lien le plus direct entre l’appareil municipal et la population. Je ne me vois pas prendre des décisions sans avoir un contact avec le reste de la population. »

Mme Beaudin ne se disait pas déçue que le maire Steve Lussier ne se soit pas pointé à sa séance d’information. « Mais qui sait, il l’a peut-être regardée sur internet. »

La conseillère Karine Godbout a aussi participé à l’événement. « Je veux rencontrer mes citoyens une fois par mois. Je suis venue voir comment ça se passe. Il y a beaucoup de questions des citoyens qu’on a posées au conseil également. Je suis une élue indépendante, mais la consultation répondait aux valeurs que je partage, alors je me suis présentée. »

Tout n’est pas joué, assure L’Espérance

out n’est pas joué dans l’élaboration du projet du Quartier Well inc. S’il faut rendre une décision rapidement concernant le projet du consortium, les aspects touchant le quartier, comme le transport en commun et l’aménagement de la rue Wellington Sud, seront soumis à la consultation populaire. L’architecture des tours du consortium devra aussi être approuvée par les élus de l’arrondissement.

La présidente du comité de revitalisation du centre-ville, Chantal L’Espérance, croit qu’il est encore possible d’influencer tout le projet.

« Les craintes que j’ai perçues sont les mêmes que celles entendues pendant la campagne. J’entends la trop grande importance de la voiture et l’architecture des bâtiments. Ça semble être quelque chose qui irrite. Au centre-ville, il y a un plan d’implantation et d’intégration architecturale. Ça relève des arrondissements. Si ça ne rencontre par les critères et que les élus sont inconfortables, il faudra que les promoteurs ajustent l’architecture », résume-t-elle.

« Qu’est-ce qui nous empêche de récupérer la façade de l’Hôtel Wellington? Je l’avais déjà dit, mais j’espère que j’arriverai maintenant un peu plus à me faire entendre. Si d’autres villes arrivent à conserver des façades, pourquoi pas nous? »

Chantal L’Espérance ajoute que la place publique, située entre les deux futurs bâtiments, ne doit pas donner la perception qu’elle est réservée aux utilisateurs des tours, sans quoi il y aura un problème.

Il reste des endroits où il est impossible de reculer, dit-elle, nuançant que le projet du consortium n’a toujours pas été dévoilé et qu’il est donc difficile de se prononcer. Elle rappelle que quoi qu’il arrive, la Ville devra dépenser 15 M$, ne serait-ce que pour reconstruire le stationnement à étages.

Enfin, le plan directeur d’aménagement et de développement de la rue Wellington Sud, qui est le fruit de consultations ayant rejoint plus de 5000 personnes, comporte pour sa part tous les éléments de revitalisation qui ne sont pas inclus dans le projet du consortium. Il pourrait être soumis à la consultation dans la semaine du 19 mars. « Il faut un sentiment d’appartenance. Si les gens ne s’approprient pas le projet, ça ne marche pas.