Well inc.: Le conseil plus divisé que jamais

Il était 1 h 10 du matin, mardi, quand les élus ont mis fin à leur atelier de travail portant sur le dossier Well inc. Ils s’étaient réunis à huis clos un peu plus de neuf heures plus tôt. Si certains se disent prêts à voter sur le projet du consortium composé du Fonds immobilier de la FTQ, de SherWeb et du Groupe Custeau, d’autres disent avoir plus de questions que jamais. La décision du conseil pourrait tomber d’ici la fin du mois.

« Il fallait prendre le temps de discuter. Nous avons beaucoup parlé des programmes incitatifs pour attirer des entreprises au centre-ville. Il reste aussi à voir comment les institutions comme l’Université et le Cégep peuvent s’impliquer », résume le maire Steve Lussier.

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Selon lui, les aspects juridiques du projet ne sont toujours pas réglés. Il rencontrera probablement les élus une dernière fois pour voir leur position dans le dossier. « Il y en a qui sont plus fermés que d’autres, qui sont plus réticents. C’est correct. Je les écoute tous un après l’autre. »

Steve Lussier, qui dit recevoir des appels de Montréal à propos du projet Well inc., avance qu’une présentation publique est prévue le 19 février. Une décision pourrait survenir avant la fin du mois. « Il se pourrait que le vote se fasse en privé. Je n’ai pas pris de décision en ce sens. »
Le maire refuse de le confirmer, sans le nier, mais il aurait été question de lancer un appel d’offres uniquement pour la démolition et la construction du stationnement municipal en attendant la fin de la réflexion sur le reste du projet de revitalisation.

L’entente d’exclusivité avec le consortium prend fin le 15 février. Il sera ensuite possible de négocier avec des promoteurs privés ou d’autres consortiums. Un appel d’offres signifierait des délais supplémentaires et la Ville ne pourrait pas faire un appel d’offres pour autre chose que des projets immobiliers municipaux. Il ne pourrait donc pas prévoir la construction du QG, ce bâtiment qui doit regrouper les organismes de développement économique sous l’égide de la Maison de l’entrepreneuriat. Il faudrait alors que cette dernière achète le terrain.

Boutin : « Mon lit est pas mal fait »

Le chef du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, ne cache pas son intérêt pour la proposition du consortium. « Il reste quelques éléments à fignoler, mais je pense avoir une bonne lecture du dossier. Il faut trancher plus tôt que tard. Mon lit est pas mal fait. J’ai toujours espoir qu’on arrive à une entente. Si on passe à côté, il sera difficile de recréer ce momentum. Nous sommes dans un dernier blitz et je pense que nous pouvons régler les détails qu’il reste » commente-t-il.

M. Boutin lance d’un même coup une pointe au maire Lussier. « On entend que c’est un projet de fonctionnaires. C’est probablement parce qu’il y a un manque de leadership politique. Si on croit au projet, est-ce qu’on y va ou on n’y va pas? »

Pierre Avard estime qu’il manque encore d’information. « L’information est saupoudrée. Comment il se fait qu’au fil d’arrivée, nous ne soyons pas en mesure d’avoir un portrait des incitatifs? J’ai écouté les présentations et j’ai entendu des choses qui auraient été intéressantes pour les citoyens. Plus on donne d’info, plus les gens peuvent se faire une idée. C’est particulier que les membres du consortium n’étaient pas là. C’est l’ensemble de l’œuvre qui soulève des questions. Est-ce que la Cité du parc a eu besoin de l’impulsion de la Ville pour lever? Je serais porté à dire que j’ai plus de doutes que j’en avais avant. »

Rémi Demers a un préjugé favorable, mais dit ne pas avoir atteint encore sa zone de confort. « Selon moi, nous avons toutes les informations nécessaires. Nous sommes pratiquement prêts à nous positionner. Ça fait quand même des mois qu’on en discute. C’est un des dossiers qui ont été les plus étoffés depuis que je suis au conseil, et j’en suis à ma neuvième année. Je sens que majoritairement, les positions semblent campées. On serait prêts pour le vote, à quelques informations près. Dans ce type de projet, il restera toujours des questions. On commence à avoir fait le tour du projet. »

M. Demers confirme que le conseil est divisé et que quelques votes pourraient faire la différence. « Ce sera une décision extrêmement difficile. J’ai fait des tentatives pour rallier le plus de gens possible. »
Pour lui, c’est la contribution de la Ville qui achoppe. « On peut jouer avec les paramètres financiers. L’essentiel se trouve là. Les gens du consortium sont conscients que le projet est menacé s’il n’y a pas un bout qui est fait. »

Des élus sensibles à la situation de SherWeb

SherWeb prévoit investir le tiers des 50 M$ que le consortium privé injecterait dans son projet de revitalisation du centre-ville. La date butoir de mars 2020 pour que la compagnie s’installe dans ses nouveaux locaux est l’un des facteurs plaidant pour que les élus prennent une décision rapidement. Certains craignent le départ de l’entreprise, qui prévoit entre autres déménager ses employés de la rue Roy vers la rue Wellington Sud.

« SherWeb est une entreprise de Sherbrooke. C’est sûr, sûr, sûr que je veux qu’elle reste à Sherbrooke. Mais à quel prix? Je ne le sais pas », commente le maire Steve Lussier.
Vincent Boutin ne cache une certaine inquiétude. « Nous travaillons ce dossier depuis octobre 2016 et il était clair depuis le départ que l’échéancier était en mars 2020. Si on attend, je comprendrais que SherWeb se tourne vers son plan B. »

M. Boutin rappelle qu’on déplore souvent que le privé n’investisse pas dans les projets municipaux. « Là, on a un privé qui met le tiers des sous. Ça m’inquiète de savoir qu’il pourrait déménager. Ça fait partie des enjeux. »

Avard: «Qu’on nous laisse le temps»

Pierre Avard, lui, pense que la famille Cassar, propriétaire de SherWeb, prend les décisions qui profitent à son entreprise. « Nous, on doit le voir du point de vue de la Ville. Ils sont dans un domaine où ils peuvent être ici aujourd’hui, mais décider d’être ailleurs demain. Ils ont un bail de 10 ans au coin King et Jacques-Cartier, ils ont ouvert un bureau à Longueuil et ils ont de la misère à trouver de la main-d’œuvre. Je ne veux pas qu’ils s’en aillent, mais je ne veux pas qu’ils nous poussent non plus. Qu’on nous laisse le temps pour que tout le monde soit gagnant. »

Rémi Demers croit à la bonne volonté de SherWeb et rappelle aux élus de garder la tête froide.

Si SherWeb ne parvient pas à s’installer sur la rue Wellington Sud, pourrait-elle ouvrir ses nouveaux bureaux dans une autre ville? À Magog Technopole, le directeur général André Métras affirme ne pas avoir courtisé l’entreprise sherbrookoise. SherWeb n’aurait pas initié de contacts non plus. Affirmant que la présence de l’entreprise à Sherbrooke profite déjà à Magog, M. Métras confirme qu’il serait à l’écoute si on cognait à sa porte.

« Le projet de Sherbrooke est très porteur. Si on nous contacte, on va être à l’écoute des besoins de l’entreprise et offrir une approche sur mesure et un accompagnement durable. Nous avons un quartier des technologies et de l’innovation. Nous regroupons les TI pures dans leur définition la plus large. Pour les SherWeb de ce monde, c’est carrément dans leur domaine. »