Les gens d’affaires de la rue Wellington Sud sont fâchés que le consortium composé de SherWeb, du Groupe Custeau et du Fonds de solidarité de la FTQ ait retiré son offre.

Well Inc. : Un fiasco, dit Vincent Boutin

Plusieurs élus auraient préféré voter sur la proposition du consortium plutôt que de voir le Fonds immobilier de la FTQ, SherWeb et le Groupe Custeau retirer leur projet à la dernière minute. Le conseiller Vincent Boutin a été le plus vitriolique, parlant d’un fiasco et blâmant directement le maire Steve Lussier.

« Pour moi, il est clair que le maire a toujours voulu un dénouement où il n’aurait pas à trancher. Il a réussi, écrivait-il sur Facebook. Le maire a peut-être atteint son objectif là-dessus, mais les vrais perdants sont les Sherbrookois et le centre-ville qui perdent un projet qui avait tous les éléments d’un catalyseur pour le relancer. Au passage, son manque flagrant de leadership a eu pour effet de ternir l’image de Sherbrooke. Il a laissé pourrir la situation. »

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M. Boutin aurait souhaité que le maire se prononce plus tôt, d’un côté ou de l’autre, pour éviter un climat de suspicion.

« Vous parlez du chef du Renouveau sherbrookois? Du chef de l’opposition? Il a le droit de penser ce qu’il veut, mais je ne sais pas s’il a vu que je n’étais pas contre le projet. Ce n’est pas vrai que je vais me laisser faire par le chef de l’opposition. Je ne suis pas sûr qu’il a déjà eu une business lui », a réagi Steve Lussier.

Nicole Bergeron s’est dite très triste et craint les dommages collatéraux sur la mobilisation des acteurs du milieu. « Ce n’était pas qu’un stationnement et deux bâtisses. On a parlé malheureusement beaucoup du stationnement alors que ça devait être un projet de mobilisation. Quand on parle de manque de leadership, c’est peut-être généralisé au conseil municipal. Je ne tirerai de roches à personne. »

Annie Godbout blâme l’administration précédente. « C’est une fin aussi inattendue que le démarrage. Ç’a été un projet électoraliste, partisan, qui n’a pas été choisi par le conseil municipal donc qui n’était pas porteur. Tout ça est lié à la voie empruntée par administration Paquin-Sévigny. Je suis convaincue de ça. »

Marc Denault abonde dans le même sens. « Ce projet n’émanait pas du conseil, mais plus d’une campagne électorale. Le conseil de l’époque ne se l’était pas approprié, et encore moins le conseil d’aujourd’hui. J’ai clairement dit à plusieurs reprises que j’ai senti de la pression de l’administration [de la Ville] à aller de l’avant dans ce projet-là, plus que du conseil municipal. Notre défi sera de faire un projet qui rassemble tout le monde. »

Pierre Avard croit que le consortium aurait pu attendre. « Ce ne sont pas les élus qui ont tranché. »

Enfin, pour sa collègue Évelyne Beaudin, c’est à cause du processus de développement de ce projet qu’il est tombé. « Il y a eu énormément de pression pour qu’on adopte ça très rapidement, en plus de l’entente d’exclusivité. On ne se sentait pas très à l’aise dans le processus, ni les élus, ni la population. On aura le devoir de bien faire les choses avec le bon processus; comme ça, on obtiendra nécessairement le meilleur projet possible », dit-elle.

Les commerçants en ont assez

Les gens d’affaires de la rue Wellington Sud sont fâchés que le consortium composé de SherWeb, du Groupe Custeau et du Fonds de solidarité de la FTQ ait retiré son offre. Selon les commerçants, la Ville de Sherbrooke est à blâmer dans le dossier.

La propriétaire du Liverpool, Annie Faucher, a hâte qu’un projet de revitalisation soit mis en branle sur la Wellington Sud. « Ça fait 26 ans que je me fais dire que le centre-ville va être revitalisé. On avait un bateau de croisière qui était parti, on avait juste à embarquer dedans. On va encore nous envoyer des chaloupes de sauvetage. C’est un gâchis total », illustre-t-elle.

« Steve Lussier a tellement dit de choses durant la campagne électorale qu’il est pris avec, ajoute-t-elle. Il n’a jamais été capable de dire noir ou blanc. Il ne veut pas déplaire. Il n’a pas mis ses culottes et demain [lundi], je vais aller lui dire en personne », martèle-t-elle, visiblement irritée.

« Aujourd’hui, je me sens abandonnée par mon maire et par mes élus, poursuit-elle. Demain, je vais me lever et continuer à travailler fort pour que ma portion de la rue ait du bon sens. On avait une opportunité unique de faire quelque chose et on est trop épais. On a une étroitesse d’esprit. D’un coup qu’on dérangerait du monde qui va voter pour lui dans quatre ans. »

Dommage pour L’Gros Luxe


De son côté, Alex Bastide, le propriétaire du restaurant L’Gros Luxe, qui ouvrira officiellement ses portes mardi, se dit déçu.

« C’est dommage. Le gars qui a échappé ça mérite définitivement de perdre sa job. C’est épouvantable comme nouvelle. Ça affecte la valeur de mon bâtiment et ça affecte l’achalandage. Pour la ville, je trouve ça triste. C’était un beau projet. C’est sûr qu’il n’y aura jamais de projet de cette ampleur-là qui va revenir », exprime-t-il.

L’entreprise se serait quand même installée à Sherbrooke s’il n’y avait pas eu ce projet.

« On serait venus d’une façon ou d’une autre, mais je ne comprends pas comment on aurait pu avoir mieux. C’est la politique qui a tué ce projet », analyse-t-il, souhaitant que cette situation ne fasse pas peur à d’autres entreprises qui voudront soumettre un projet.

Le président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville, Alexandre Hurtubise, avait le même discours.

« C’est une grande déception pour nous. La synergie était très forte. La clé de ce projet était les 200 emplois de qualité qu’on amenait au centre-ville. Différents acteurs avaient jugé le projet intéressant, comme le milieu scolaire. Ce sera difficile de soumettre un projet si innovateur et si complet.

« C’est quelque chose qui devra être fait le plus vite possible. On est d’accord pour prendre le temps, mais ça fait quand même un an et demi que Well inc. est lancé », résume-t-il.