Pointé par plusieurs pour l'abandon du projet Well inc. par le consortium, le maire Steve Lussier a refusé de prendre quelque responsabilité que ce soit lors de la séance du conseil de lundi soir.

Well inc. : élus et citoyens veulent voir la Ville rebondir

Alors que le maire Steve Lussier refuse de prendre toute responsabilité dans l’abandon du projet du consortium devant s’inscrire dans le quartier de l’entrepreneuriat, plusieurs conseillers ont fait part de leur déception, lundi au conseil municipal, sur la façon dont le dossier a été traité.

Rémi Demers, d’un naturel posé, s’est emporté. « On a laissé croire que c’était un projet de fonctionnaires alors qu’il y avait une mobilisation sans précédent. On a laissé croire qu’on manquait de transparence alors que c’était un des projets les plus étoffés que j’ai vus. On a laissé croire que d’autres promoteurs voulaient déposer des projets alors qu’aucun ne nous avait approchés jusqu’à maintenant. On s’oppose parce qu’il n’y a pas unanimité. Si on attend ça, ça n’arrivera jamais. On a dit que ça allait trop vite pour nous. Ça s’appelle saisir une opportunité. Les gens ont raison de dire qu’on laisse souvent les projets porteurs aux autres villes. Moi, je n’ai pas senti d’appui du conseil. »

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Vincent Boutin est revenu à la charge après avoir dit en fin de semaine que le maire avait manqué de leadership. « À la lumière de ce qui s’est dit, je suis déçu que le maire n’ait pas pris une quelconque responsabilité. Il a dit qu’il ne voulait plus de pression, mais la pression est encore plus forte parce qu’on n’a pas le choix de livrer. Pour vous aider, je vous fais quelques propositions. Il faut appeler SherWeb rapidement. On ne peut pas les perdre. Il faut organiser un lac-à-l’épaule pour faire un post-mortem et se donner des balises claires. Il faut continuer de travailler avec le Fonds immobilier de la FTQ et réitérer notre confiance dans nos fonctionnaires. Ce n’est plus le projet de Bernard Sévigny ou du Renouveau sherbrookois. C’est le projet de Steve Lussier et du conseil municipal. »

Chantal L’Espérance, elle, veut une vision dans laquelle le conseil ne sera pas nécessairement unanime, mais uni. « Il aurait été intéressant d’entendre les gens qui sont pour. Ils sortent maintenant, mais il est un peu tard. »

Évelyne Beaudin souhaite une action rapide pour que le centre-ville demeure une fierté collective et veut qu’on analyse la possibilité de rénover l’Hôtel Wellington.

Annie Godbout, elle, veut connaître les vraies raisons du départ du consortium.

« Avoir du leadership, c’est mener une équipe dans la bonne direction. Il fallait mesurer l’ensemble des informations avant de prendre la bonne décision », a ajouté Steve Lussier. « Ce n’est pas moi qui ai demandé au consortium de se retirer. »

M. Lussier ne pouvait pas expliquer ce qui advient du règlement d’emprunt de 26 M$ approuvé par les élus en début d’année. Pourquoi? « Il faut comprendre que j’avais beaucoup d’autres dossiers. La Ville est très grande. »

Les citoyens critiquent

Plusieurs représentants du milieu des affaires et des citoyens ont dénoncé l’abandon du projet. Évoquant l’urgence de revitaliser le centre-ville, ils ont invité les élus à présenter rapidement une solution de rechange.

Le maire Steve Lussier a évoqué les différents promoteurs ayant manifesté leur intérêt à développer le centre-ville, auxquels il a ajouté le nom d’Olymbec. « Ils sont partis de Montréal pour venir me rencontrer à Sherbrooke. Je ne pouvais pas encore parler parce que j’avais une entente d’exclusivité. Je peux vous dire qu’il y aura une revitalisation rapidement. » Il n’était toutefois pas en mesure de dire si Olymbec comptait investir sur les terrains de l’Hôtel Wellington ou ailleurs.

Annie Faucher, copropriétaire du Liverpool, est intervenue à plusieurs occasions dans les derniers jours. « Vous avez fort à faire pour me prouver que le comité de revitalisation du centre-ville n’est pas qu’un autre comité. Pendant encore combien de temps les fenêtres demeureront barricadées sur Wellington Sud? »

La présidente du conseil, Nicole Bergeron, a indiqué que la greffière présenterait les différents scénarios qui s’offrent à la Ville dès mardi matin au comité exécutif, à savoir les possibilités d’aller en appel de projets ou en appel d’offres notamment.

Philip Bastarache croit que les réactions démontrent qu’il ne s’agissait pas d’un projet du conseil, mais d’un projet de la population. « Monsieur Lussier, vous avez clairement manqué de leadership. Quant aux élus, certains se sont mis en mode opposition dès le départ. Vous avez torpillé le projet. Cessez de vous mettre la tête dans le sable et d’attendre qu’un promoteur tombe du ciel. »

« Auriez-vous aimé mieux qu’on vote oui avant d’avoir tout regardé? Ce n’est pas nous qui avons mis le consortium dehors » a rétorqué le maire Lussier.

Alexandre Hurtubise, de l’Association des gens d’affaires du centre-ville, a accusé les élus d’avoir tout fait pour que le consortium laisse tomber son projet. Alors que France Croteau a invité le conseil à considérer le développement durable dans un futur projet, notamment en empêchant le déménagement ou la disparition de la station du Dépôt, le président d’ODACE, Patrick Pinard, a mentionné que l’abandon du projet cause un « préjudice important à la ville ».

Denis Pellerin, qui était contre le projet du consortium, a demandé si un post-mortem serait réalisé.
« Oui. Il y aura une suite à tout ça. Nous le ferons d’abord entre nous. Tous ceux qui s’intéressent à la revitalisation du centre-ville pourront sûrement y participer en cours de route. »

Enfin, le candidat du Parti québécois dans Sherbrooke, Guillaume Rousseau, a déploré par communiqué l’absence du député Luc Fortin dans ce dossier. « Si je deviens député, j’ai l’intention d’offrir mes services afin de contribuer à la relance du projet de revitalisation du centre-ville. Très concrètement, l’idée de regrouper les organismes de développement économique dans un seul immeuble au centre-ville est toujours valable. [...] Il faut regrouper non seulement les organismes économiques municipaux et paramunicipaux, mais aussi les organismes économiques qui relèvent du gouvernement du Québec et qui sont présents à Sherbrooke, comme Investissement Québec et le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. »