Une loi spéciale plane au-dessus des compagnies ambulancières

Le ton a monté de plusieurs crans mardi entre le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et les compagnies ambulancières. M. Barrette a ouvert la porte au dépôt d’une loi spéciale d’ici vendredi pour dénouer l’impasse dans le conflit qui les oppose.

«Ce sont des employeurs qui recherchent un profit substantiel, qui prennent en otage leurs employés», a soutenu le ministre Barrette en mêlée de presse. «On est dans une dérive autoritaire totale […] Nous demandons au premier ministre de s’interposer», a soutenu un peu plus tôt Richard Thibault, porte-parole de la CSAQ.

Le blitz de négociations enclenché ces derniers jours a tourné au vinaigre. Sans contrat de travail depuis 2 ans, les ambulanciers qui travaillent pour les compagnies membres de la CSAQ ont peint leurs véhicules ambulanciers et tenu plusieurs manifestations ces derniers mois. Mais il faut que leurs employeurs s’entendent d’abord avec le gouvernement avant qu’ils arrivent à renouveler leurs conventions collectives. 

La CSAQ a déploré «un simulacre de négociation» avec des fonctionnaires «qui font la loi», ce qui a mené au plus long conflit de son histoire. La corporation ne digère pas le décret gouvernemental qui impose depuis le printemps dernier une nouvelle formule de financement pour son industrie. Elle le conteste d’ailleurs devant les tribunaux. 

Mais malgré cette contestation judiciaire, la CSAQ dit être prête à s’entendre sur les conditions de travail des ambulanciers. Leur porte-parole Richard Thibault soutient qu’une entente de principe avait été convenue au cours de la fin de semaine avec le gouvernement. Mais le ministère de la Santé refuserait de la signer tant et aussi longtemps que la CSAQ ne laissera pas tomber tous ses recours judiciaires. 

Attitude négative

M. Barrette a répliqué que la CSAQ avait une attitude «négative» et qu’elle n’avait pas la bonne façon de négocier. Selon lui, aucune entente de principe n’est survenue ces derniers jours. «Même si on leur donne ce qu’ils veulent, ils veulent pouvoir nous poursuivre quand même.» 

Le ministre déplore que les compagnies membres de la CSAQ n’ont pas voulu ouvrir leurs livres comptables au gouvernement. M. Barrette soutient qu’il fait face à «des entrepreneurs qui en veulent toujours plus, plus, plus, et qui refusent de montrer patte blanche». 

Le ministre soutient qu’il approche «très, très étroitement de la limite» de sa patience dans ce dossier. Il avait déjà souhaité un règlement avant les Fêtes; il évoque maintenant un dénouement d’ici vendredi, dernière journée de la session parlementaire. 

M. Barrette évoque des gestes que son gouvernement pourrait poser, même s’il fait face à des entreprises privées, et non à des syndiqués. Le dépôt d’une loi spéciale par exemple? «Je ne suis pas dans ce mode-là, mais je m’en approche», souligne M. Barrette. 

Le gouvernement avait déjà utilisé l’outil qu’est la loi spéciale en 2015 pour régler le conflit entre les concessionnaires automobiles à Saguenay et leurs employés. 

Rappelons que l’organisme parapublic Urgences-santé, de même qu’une coalition de coopératives et d’organismes ambulanciers à but non lucratif se sont déjà entendus avec le gouvernement. Pour fixer les conditions de travail de leurs ambulanciers, ils attendent le dénouement du conflit avec la CSAQ, qui regroupe l’ensemble des autres compagnies d’ambulance privées réparties un peu partout dans la province de Québec.