Le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, croit que défendre des valeurs chères aux jeunes pourrait les intéresser à l’indépendance.

Un virage vert à double sens au Bloc québécois

SOREL-TRACY — Yves-François Blanchet dit préférer le terme «renouvellement» à celui de «refondation» du Bloc québécois, mais à la suite du congrès tenu samedi et dimanche à Sorel-Tracy, il devient de plus en plus clair que la formation indépendantiste mise sur la jeunesse et l’environnement pour séduire l’électorat.

«Nous ferons ce qu’il faut pour gagner. Organisation, financement, investiture, Chambre des communes», a répété comme un mantra le chef bloquiste à la fin de son discours de clôture, dimanche. C’est une recette qu’il demande à ses troupes de répéter 78 fois à travers le Québec.

«Maintenant, au travail!», a lancé Yves-François Blanchet aux quelque 200 membres présents à ce congrès de refondation qualifié de moment marquant dans l’évolution du Bloc québécois.

Toute la démarche de refondation de la mécanique interne du parti ainsi que la mise à jour du programme défendu par les membres a été lancée par le forum jeunesse. Bon nombre des propositions adoptées proviennent aussi de la plus jeune base militante.

Mais cet investissement de la nouvelle génération va-t-il s’incarner dans l’équipe de candidats qu’entend présenter le Bloc cet automne ? «Ça se dit mal en français, mais j’ai envie de dire: “checkez-nous bin aller!” Ça se passe très bien de ce côté-là», a souligné M. Blanchet qui dit tirer une grande fierté d’assembler une équipe jeune et paritaire.

«Lorsque j’ai pris la décision de relever le défi de la direction du Bloc québécois, ça faisait partie des paramètres qu’il fallait être capable d’attirer des gens de plus jeunes générations», souligne le chef qui s’attend à un renouvellement important parmi les visages présentés par son parti.

Dans son discours de clôture, le chef a tenu à souligner la composition paritaire du nouveau bureau national du parti. Il s’est du même coup engagé à présenter une équipe de candidats «dans la zone paritaire».

Il en a profité pour envoyer une flèche au Parti conservateur du Canada qui a «abandonné l’idée de la parité», selon lui. «C’est sûr que quand on n’a pas une position claire sur l’avortement, c’est plus difficile d’être paritaire», a-t-il ironisé.

Blanchet semblait d’ailleurs en répétition électorale au terme du congrès. Son discours était ponctué d’attaques vers Justin Trudeau à qui il reproche un «mépris» du Québec, puis vers Andrew Scheer à qui il reproche de dire en anglais le contraire de ce qu’il dit en français et finalement au NPD à qui il reproche de ne pas servir le Québec, mais de se servir du Québec.

Un Bloc vert

Une équipe plus jeune et un programme revampé font nécessairement place à une vision écologique renforcée. Une idéologie qu’entend défendre davantage le Bloc québécois, alors qu’Yves-François Blanchet veut marteler le message qu’un Québec vert doit passer par l’indépendance.

«Je vais avoir le grand plaisir d’expliquer aux gens qu’un modèle environnemental québécois n’est pas possible dans un État pétrolier canadien. C’est de la simple logique», a répété le chef tout au long de la fin de semaine.

Le résultat de l’élection partielle dans Outremont, où le Parti vert a devancé le Bloc, n’inquiète pas M. Blanchet outre mesure. «On s’amusera à les comparer, mais encore une fois, la plateforme du Bloc va être plus écologique que celle du Parti vert», a-t-il assuré.

Le chef croit que défendre des valeurs chères aux jeunes pourrait les intéresser à l’indépendance. «Philosophiquement, je ne m’adresse pas qu’à des gens qui se bercent sur leur galerie. Il y a beaucoup de jeunes qui pourraient adhérer à l’idée d’indépendance si on donne corps à des valeurs qui sont celles de ces jeunes-là.»

Yves-François Blanchet en a rajouté dans son discours de clôture en disant que l’écologie «est un modèle, une vision».

«Parce que nous avons le pouvoir d’être écologistes, nous avons le devoir d’être écologistes», a-t-il ajouté.

Passer le flambeau

Si le programme s’annonce écrit à l’encre verte, il semble que les candidats seront aussi plutôt «verts» en matière d’expérience politique. Ce qui semble plaire autant à l’aile jeunesse qu’au patriarche de la députation, Louis Plamondon.

«Les jeunes nous ont dit, on voudrait refonder le parti pour notre génération parce que c’est nous qui allons continuer le combat. On a trouvé ça le fun en partant, mais on s’est rendu compte que c’était tout un travail!», a commenté le député de Bécancour-Nicolet-Saurel et membre fondateur du Bloc québécois en 1991.

«On n’a pas réinventé la roue, mais on a rafraîchi le Bloc et surtout nos statuts», s’est-il réjoui en insistant que les élections de 2019 seront celles de la nouvelle génération.

«Les jeunes vont avoir une importance très grande. Ce qui va amener leur intérêt, c’est l’environnement. Ils sont très sensibilisés et il va y avoir une mobilisation», a-t-il prédit en soulignant que le passé de ministre de l’Éducation d’Yves-François Blanchet pourrait favoriser le Bloc québécois.

«C’est bon que les jeunes prennent beaucoup de place, ils en prennent beaucoup ici!», a ajouté le vétéran de la politique fédérale.

Cette ouverture est appréciée par la présidente du Forum jeunesse du Bloc, Camille Goyette-Gingras, qui est candidate à l’investiture dans la circonscription de Hochelaga. «L’idée initiale était d’être un instigateur de grandes réflexions dans le mouvement indépendantiste et force est d’admettre qu’on a eu raison là-dessus», a fait observer la jeune femme de 25 ans.

«On n’a pas gagné tous nos votes, mais une très grande partie du programme a été rédigée par les jeunes», a-t-elle précisé en se félicitant d’un programme qui ressemble aux jeunes.

Elle a donné en exemple la nouvelle vision économique du Bloc qui mise sur une économie circulaire, coopérative, nationaliste et beaucoup moins dommageable pour la planète.

«On dit constamment que la crise environnementale est causée par le système économique tel qu’il est, mais on ne se questionne jamais sur le système économique», a-t-elle déploré.

Camille Goyette-Gingras s’attend elle aussi à ce que le Bloc affiche des visages jeunes sur ses pancartes aux prochaines élections. Toutefois, elle ne voit pas l’âge comme un véritable critère.

«L’âge n’est ni une qualité ni un défaut, j’espère qu’on va avoir des gens qui ont ce même esprit jeune. Bernie Sanders n’est pas particulièrement jeune, Jean-Luc Mélenchon non plus, mais ce sont des gens soutenus majoritairement par des jeunes, alors c’est une question d’attitude», a-t-elle estimé.