Le premier ministre ontarien, Doug Ford
Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Un retour du Doug Ford pré-COVID ?

TORONTO — La crise de la COVID-19 a fait place à un Doug Ford à l’air plus sérieux et plus soucieux de l’opinion publique. Il a souvent été applaudi, au cours des derniers mois, par des acteurs de toutes allégeances politiques confondues, pour la réponse de son gouvernement face au virus.

Dès qu’il en a eu la chance, le gouvernement Ford a replongé dans ses vieilles habitudes en s’accordant de nouveaux pouvoirs et en empêchant les partis d’opposition de débattre sur ses décisions à Queen’s Park, juge la députée libérale Lucille Collard. Le Droit s’est entretenu avec l’élue provinciale d’Ottawa-Vanier pour parler de démocratie et d’environnement. Tour d’horizon.

Cette semaine, toutefois, le Doug Ford que l’on connaissait avant la pandémie, celui qui tentait par tous les moyens de s’octroyer une plus grande marge de manœuvre, est réapparu, selon la députée d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard.

Que ce soit en imposant une fin abrupte aux périodes de questions et aux débats en chambre à l’Assemblée législative, en proposant deux projets de loi qui réduisent les opportunités de consultations publiques ou en expulsant une députée de son caucus pour avoir voté contre son propre parti, le gouvernement Ford a retrouvé la virulence de ses adversaires à l’opposition qui l’ont souvent accusé d’être anti-démocratique.

« Ça m’a profondément déçue, souligne Mme Collard. [Cette semaine], j’ai fait une déclaration en chambre. Je disais que j’avais été inspirée par l’esprit collaboratif entre les partis que j’avais remarqué depuis mon arrivée [le 12 mai]. J’ai dit que ce serait vraiment bien qu’on s’assure que ce soit encore plus collaboratif. Là, dès qu’on voit qu’il a une opportunité de reprendre tout le pouvoir, le gouvernement Ford le fait. »

Le projet de loi 195, intitulé « Loi de 2020 sur la réouverture de l’Ontario », donne au gouvernement le pouvoir décisionnel sur tous les décrets d’urgence au cours des deux prochaines années, soit jusqu’aux prochaines élections provinciales.

« Tout d’un coup, ce ne sera plus débattu en chambre, ce sera décidé derrière les portes closes. Ce sera le premier ministre, son propre parti, qui va prendre les décisions là-dessus. Ça a un impact direct sur les droits de la population. »

Mme Collard déplore surtout que les partis d’opposition n’aient plus l’occasion de présenter les points de vue qui divergent de ceux du gouvernement Ford, « et ça, c’est préoccupant pour la démocratie ».

Lucille Collard

Des changements en environnement

Porte-parole du dossier de l’environnement, Mme Collard s’est aussi dite frustrée que le gouvernement Ford insère, dans sa Loi de 2020 visant à favoriser la reprise économique face à la COVID-19, des modifications à certaines lois qui n’ont « aucun rapport avec la COVID-19 ».

« Le ministre va avoir une discrétion pour approuver les projets qui pourraient avoir besoin d’une évaluation environnementale. Ça enlève aussi beaucoup trop de détails qui déterminent quels projets auront besoin d’une évaluation environnementale, et quels types d’évaluations. Ces détails seront déterminés plus tard, dans des règlements. »

En temps normal, les élus font trois lectures d’un projet de loi en chambre avant de procéder au vote.

Ces délais permettent habituellement aux députés de mener des consultations publiques et d’établir des questions pour débattre du projet de loi à l’Assemblée législative.

Cette fois-ci, puisque le gouvernement Ford a opté pour un vote expéditif, ces processus n’ont pas pu avoir lieu.

« Je ne serais pas surprise que des gens prennent le flambeau et amènent le gouvernement en Cour, il y a des gens très activistes qui militent pour la protection de l’environnement et je les appuierais là-dedans. »

Questionné à plusieurs reprises au cours de la semaine à propos de ces projets de loi contestés par tous les partis d’opposition, Doug Ford s’est défendu en affirmant que la crise de la COVID-19 est un dossier qui bouge rapidement et qu’il veut éliminer les délais pour assurer la sécurité des Ontariens.