La visite du premier ministre Trudeau à la Maison-Blanche, la troisième depuis que Donald Trump est devenu président en 2017, vise principalement à assurer la ratification législative du nouvel accord de libre-échange nord-américain, conclu l’automne dernier.

Trump questionnera la Chine sur deux détenus canadiens

WASHINGTON — Le premier ministre Justin Trudeau pourra compter sur le président américain Donald Trump pour qu’il soulève la question des deux Canadiens détenus en Chine au cours de sa rencontre avec le président chinois, la semaine prochaine au Japon.

M. Trump a déclaré publiquement qu’il le ferait à «la demande de Justin».

Le président a promis son appui au cours d’une rencontre avec le premier ministre qui s’est déroulée jeudi au Bureau ovale de la Maison-Blanche.

Devant les journalistes, le président américain a promis de faire «tout ce qu’il peut pour aider le Canada» dans le dossier de Michael Spavor et Michael Kovrig, lorsqu’il rencontrera Xi Jinping au sommet du G20 à Osaka, les 28 et 29 juin.

«Avez-vous tenté d’avoir une rencontre?» s’est enquis M. Trump en réponse à la question d’un journaliste.

«On a plusieurs choses à discuter», a répliqué M. Trudeau.

«Sinon, je vais bien le représenter, a renchéri le locataire de la Maison-Blanche. Une rencontre est prévue entre moi et le président Xi au sujet, bien sûr, de cette importante entente que nous négocions. Je vais faire tout ce que je peux pour aider le Canada.»

Les deux Canadiens croupissent en prison en Chine depuis que le Canada a arrêté en décembre à Vancouver, à la demande des autorités américaines, la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou. Le Canada a été pris dans le feu croisé entre Washington et Pékin après avoir arrêté Mme Meng, qui fait face à l’extradition aux États-Unis pour répondre à des allégations de fraude.

Selon David Mulroney, un ancien ambassadeur canadien à Pékin, il ne serait pas surprenant que la Chine ne souhaite pas organiser une rencontre bilatérale entre M. Xi et M. Trudeau.

«Si elle ne veut pas nous parler, c’est parce qu’elle croit nous avoir tout dit sur les conditions et les modalités 1/8d’une entente3/8. On doit le comprendre et s’en satisfaire», a-t-il estimé.

Le nouvel Aléna

La visite du premier ministre Trudeau à la Maison-Blanche, la troisième depuis que Donald Trump est devenu président en 2017, visait principalement à assurer la ratification législative du nouvel accord de libre-échange nord-américain, conclu l’automne dernier. Le Sénat mexicain l’a ratifié mercredi par une large majorité.

«C’est un de mes amis», a déclaré M. Trump au sujet du chef du gouvernement canadien.

«Nous avons travaillé dur ensemble. Nous avons travaillé, en particulier sur l’USMCA», a-t-il ajouté en faisant référence à l’acronyme du nom qu’il préfère donner au traité: l’accord États-Unis-Mexique-Canada.

Les deux hommes ont fait preuve d’enthousiasme en parlant du nouvel accord de libre-échange entre les trois pays de l’Amérique du Nord.

Donald Trump devrait toutefois persuader ses rivaux démocrates de la Chambre des représentants - plus particulière, sa présidente Nancy Pelosi - pour lancer le processus de ratification aux États-Unis.

Mme Pelosi et les démocrates veulent renforcer les mécanismes de contrôle sur les dispositions de l’accord concernant le travail et l’environnement.

M. Trump se voulait optimiste.

«Voyons voir ce qui se passera, mais je crois que Nancy Pelosi et la Chambre l’approuveront. Je crois que le Sénat l’approuvera rapidement. Je crois que Nancy Pelosi va faire la bonne chose à faire», a-t-il déclaré.

Le président était heureux de voir que Justin Trudeau avait pris rendez-vous avec Mme Pelosi et le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell pour discuter du traité.

La rencontre avec M. McConnell a été annulée en raison des tensions grandissantes entre les États-Unis et l’Iran. Les deux hommes ont pu avoir une conversation au téléphone.

Si le premier ministre cherchait de se tenir à l’écart des disputes intérieures américaines, il a néanmoins réaffirmé son opinion voulant qu’il s’agisse là d’une entente finale et qu’il soit hors de question de le négocier de nouveau. Selon lui, il pourrait en résulter des conséquences moins bonnes pour le Canada et les Canadiens.

«Nous reconnaissons que le processus de ratification est en cours aux États-Unis. Nous restons attentifs aux défis et aux occasions qui pourraient survenir au cours de ce processus», a dit M. Trudeau.

Après la rencontre, M. Trudeau a annoncé que les deux hommes s’étaient entendus sur l’importance d’une collaboration sur divers enjeux, comme la lutte contre le trafic d’opioïdes dans les deux pays. Ils ont aussi convenu d’accélérer la mise de deux programmes visant à faciliter la circulation des biens et des personnes à la frontière canado-américaine. Ainsi, selon le premier ministre canadien, lui et M. Trump «ont également réitéré leur engagement à instaurer l’Initiative sur les entrées et sorties à la frontière terrestre cet été».

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Cinq choses à surveiller de la rencontre

  • Mettre fin à l’incertitude sur la question du commerce: M. Trump a imposé une renégociation acrimonieuse de l’Accord de libre-échange nord-américain au Canada et au Mexique, et après plus d’un an de négociations acharnées, tout le monde a survécu. Les dirigeants des trois pays ont signé l’accord à la fin de l’année dernière, mais la ratification légale finale demeure un obstacle important - surtout aux États-Unis. Donald Trump a insulté la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui détient essentiellement les clés de la ratification. Mais Robert Lighthizer, représentant américain au commerce, n’a pas ménagé ses efforts pour trouver des solutions. M. Trudeau cherchera probablement à persuader Mme Pelosi que si l’accord est assez bon pour les libéraux du Canada, peut-être que les démocrates américains pourront l’approuver aussi. Nous ne saurons probablement pas avant des semaines si M. Trudeau aura réussi. Mais un test consistera à savoir si la question sera examinée par le Congrès avant la fin du mois de juillet, au moment où il suspendra ses activités pour l’été.

  • Aider deux Canadiens en grande difficulté en Chine: Deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, croupissent derrière les barreaux en Chine depuis plus de six mois. Leur arrestation est largement perçue comme des représailles de l’arrestation, par le Canada, de Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei, à Vancouver, en vertu d’un mandat d’extradition américain. Les dirigeants chinois ont snobé M. Trudeau et ses ministres, mais M. Trump maintient la ligne dure avec la République populaire dans une escalade de guerre commerciale qui bouleverse l’économie mondiale. Lors d’une visite à Ottawa le mois dernier, le vice-président américain Mike Pence a déclaré que M. Trump presserait le président chinois Xi Jinping à libérer les Canadiens lors du sommet des dirigeants du G20 au Japon, la semaine prochaine. M. Trump révélera-t-il ses plans au sujet de cette faveur à M. Trudeau?

  • Gagner aux yeux des Canadiens: La gestion des relations avec les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, voisin, ami proche et allié, est sans doute l’un des emplois les plus importants d’un premier ministre. M. Trudeau a eu des difficultés avec M. Trump. Le président américain l’a insulté sur Twitter après avoir quitté le G7 au Québec l’année dernière, et il a imposé des droits de douane très élevés sur l’acier et l’aluminium aux importations canadiennes, comme monnaie d’échange lors des négociations de l’ALÉNA. Tout cela pourrait sembler être de l’histoire ancienne à l’issue de la rencontre. Les sous-textes, le langage corporel, les mots, chaque interaction entre les deux hommes seront examinés de près lorsqu’ils se serreront la main et échangeront des remarques au bureau ovale. Ce qui compte pour Justin Trudeau - et pour le chef conservateur Andrew Scheer - est la façon dont les Canadiens interpréteront cela quand ils se rendront aux urnes en octobre.

  • Huawei: oui ou non?: L’administration Trump est claire: le géant des télécommunications chinois est une menace pour la sécurité nationale et ne fournira aucun des équipements pour le réseau 5G de la prochaine génération aux États-Unis. L’administration Trump ne veut pas non plus que le Canada ou ses alliés utilisent Huawei. Le gouvernement Trudeau prend son temps pour décider. M. Trudeau et le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, ont répété à maintes reprises qu’ils prendraient une décision fondée sur des preuves, selon l’avis de leurs experts en sécurité nationale. Cela n’arrivera probablement pas avant les élections d’octobre, cependant. M. Trump abordera l’enjeu avec M. Trudeau quand ils parleront en privé. En public, attendez-vous à ce que rien ne change.

  • Et un peu de basketball... En plus de tenter de sauver l’économie nord-américaine et de protéger des emplois, M. Trudeau aura l’occasion de se réjouir d’avoir gagné son pari avec Nancy Pelosi au sujet de la finale de la NBA, qui a vu les Raptors de Toronto l’emporter sur les Warriors de Golden State. M. Trudeau ouvrira-t-il la bonne bouteille de vin californien qu’il est susceptible de recevoir? Plus important peut-être, M. Trump révélera-t-il s’il envisage d’inviter les champions à la Maison-Blanche, conformément à ce qui est maintenant une tradition souvent controversée?