Le vice-président américain, Mike Pence, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ont pris la pose avant leur rencontre à Ottawa.

Trudeau et Trump n'ont pas fait de cadeaux pour conclure le nouvel ALÉNA, dit Mike Pence

OTTAWA - Le vice-président américain, Mike Pence, promet que son gouvernement fera ce qu’il faut pour que le nouvel accord de libre-échange nord-américain entre en vigueur cette année.

M. Pence, en visite à Ottawa jeudi, s'est d'abord entretenu avec le premier ministre Justin Trudeau pendant un peu plus d'une demi-heure avant que les deux hommes ne rejoignent une réunion à laquelle étaient invités les membres du Conseil canadien de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Le vice-président a ainsi fait cette promesse en s'adressant à la douzaine de personnes assises de l'autre côté de la table dans la salle du conseil des ministres de M. Trudeau.

«Nous travaillerons de près avec le Canada et avec nos voisins au Mexique et nous compléterons l'AEUMCA cette année», a dit M. Pence devant les caméras invitées aux premières minutes de cette réunion.

«Notre administration travaille avec les leaders du Congrès des États-Unis avec le plus grand sérieux afin d'approuver l'AEUMCA cet été», a-t-il assuré.

Le vice-président a également déclaré que Justin Trudeau, comme Donald Trump, n'avait pas fait de cadeau lors des négociations pour conclure cet accord qu'il a qualifié de «gagnant-gagnant-gagnant» pendant que le ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, souriait et approuvait en hochant la tête.

Le premier ministre a déclaré qu'il tenait à remercier les membres de ce conseil qui ont travaillé «très, très fort ces deux dernières années».

La brève visite d'une journée à Ottawa de M. Pence est sa première en tant que second de Donald Trump. Le président lui-même n'a jamais effectué de visite officielle à Ottawa depuis son élection en 2016 - il était toutefois venu au Canada en 2018 pour le sommet du G7 dans Charlevoix.

M. Pence a également déclaré jeudi que les relations entre les deux pays étaient plus solides que jamais, grâce au leadership de MM. Trump et Trudeau.

Alors que M. Trudeau a promis d'évoquer ce qu'il appelle la «régression des droits des femmes aux États-Unis», aucun des deux dirigeants n'a abordé la question lors de la brève séance de photos, jeudi matin, ni à la partie publique de la réunion qui a suivi.

Certains États américains ont récemment adopté des lois antiavortement, tentant de forcer la Cour suprême des États-Unis à reconsidérer sa décision dans son arrêt historique Roe contre Wade, en 1973, qui prévoit une protection constitutionnelle du libre choix des femmes.

Les deux hommes participaient à un point de presse conjoint en milieu d'après-midi. La question de l'avortement risquait d'être soulevée à ce moment.

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CONVERSATION «CORDIALE» AU SUJET DU DROIT À L'AVORTEMENT

OTTAWA - Ça aura été une conversation «cordiale» au terme de laquelle les deux hommes ont convenu de ne pas être d’accord. Justin Trudeau et Mike Pence ont parlé du droit à l’avortement lors de leur tête-à-tête jeudi à Ottawa.

En conférence de presse en après-midi, le vice-président américain a exprimé sa «grande fierté» de faire partie d’une administration «pro-vie». Le premier ministre a souligné la «différence de perspective» qu’il entretient sur le sujet.

À la veille de la visite de M. Pence, mercredi, le premier ministre Trudeau avait annoncé qu’il soulèverait la question.

«Je suis très préoccupé par le mouvement conservateur qui commence à retirer les droits des femmes aux États-Unis et ailleurs», avait dit M. Trudeau à son arrivée à la porte des Communes, mercredi après-midi. «Je vais certainement parler de ça avec lui», avait-il signalé.

Plusieurs lois limitant le droit à l’avortement ont été adoptées ces derniers mois dans différents États. Le vice-président Pence est un ardent défenseur de ceux qu’il appelle les «Américains non nés».

En se présentant devant les journalistes après leurs réunions officielles, les deux hommes ont dressé la liste des sujets qu’ils avaient abordés. L’avortement brillait par son absence. Mais en réponse à une question, M. Trudeau a confirmé qu’il en avait bel et bien parlé à M. Pence.

«J’ai souligné au vice-président la préoccupation de bien des Canadiens au sujet du passage de nouvelles lois anti-choix dans plusieurs États américains», a-t-il rapporté.

«J’ai exprimé que nous sommes un pays, un gouvernement qui va toujours se tenir debout pour les droits des femmes, pour le libre-choix des femmes et que nous sommes préoccupés par la situation par rapport aux droits des femmes», a-t-il ajouté.

«Ça a été une conversation cordiale, mais évidemment on a différentes perspectives là-dessus», a-t-il conclu.

Invité à dire si le sujet l’avait froissé, le vice-président a répondu que la conversation avait été «très respectueuse». «Des amis peuvent ne pas être d’accord et demeurer amis», a-t-il offert avant d’énumérer tout ce qui rapproche les deux pays.

«Nous pouvons être candides l’un avec l’autre», a-t-il assuré. «Mais permettez-moi d’être clair: je suis très fier de faire partie d’une administration pro-vie. Et notre administration a posé des gestes pour défendre le caractère sacré de la vie, chez nous et à l’étranger», a-t-il insisté.

Le vice-président s’est ensuite lancé dans une attaque contre ses adversaires démocrates qui, d’après lui, permettraient des avortements tardifs «et même l’infanticide».

«Mais ce sont là des débats internes aux États-Unis et je sais que le Canada gérera ces enjeux de la manière dont les Canadiens décideront qu’il est approprié de le faire. Mais pour le président (Donald) Trump, pour moi, pour notre administration, nous allons toujours défendre le droit à la vie», a-t-il conclu.

Cette conversation «cordiale» et «respectueuse» a eu lieu au bureau du premier ministre, pendant une réunion qui a duré environ une heure. Il a été impossible de savoir combien de minutes y ont été accordées. Lina Dib, La Presse canadienne