Justin Trudeau

Trudeau aborde le cas de Raïf Badawi avec le prince saoudien

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a profité d’une rencontre avec le prince héritier d’Arabie saoudite, en marge du G20, pour exprimer sa préoccupation quant au sort de Raïf Badawi, ce blogueur saoudien emprisonné dans son pays d’origine et dont la famille habite maintenant Sherbrooke.

L’agente de développement régional pour Amnistie internationale, Mireille Elchacar, est contente de voir le premier ministre se mouiller. «Nous sommes contents qu’il y ait une discussion franche et que le gouvernement du Canada aborde enfin les problèmes à l’Arabie saoudite. C’est ce qu’on demande depuis longtemps. Mme Freeland (la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland) avait déjà émis un tweet demandant à l’Arabie saoudite de rendre des comptes par rapport à l’arrestation de plusieurs défenseurs de droits de la personne arrêtés en mai », rappelle-t-elle.

« À l’époque, on était contents que la question soit abordée, en se doutant bien que ce n’est pas par un tweet que tout ça allait se passer, qu’il fallait qu’il y ait d’autres démarches, poursuit-elle. Avec le G20, c’est une occasion d’avoir un front commun entre plusieurs nations pour pouvoir éventuellement obtenir un changement en Arabie saoudite. »

Cependant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. « C’est difficile de savoir comment l’Arabie saoudite va réagir. Une chose est sûre, c’est que les États commencent à sortir de cette volonté de dire ‘‘c’est l’Arabie saoudite, il faut faire attention, il ne faut pas réclamer trop fortement quelque chose, car ça va les vexer et on n’aura plus de dialogue’’. Cette espèce de diplomatie silencieuse qu’on prônait par le passé, j’ai l’impression qu’avec, entre autres, le meurtre de Jamal Khashoggi, le journaliste assassiné au consulat de Turquie, les gens se rendent compte que ça fait des décennies que ce régime bafoue les droits fondamentaux de sa propre population. » 

Selon Mme Elchacar, le cas de Raïf Badawi a permis au monde entier de poser les yeux sur l’Arabie saoudite. « Il y a aussi la guerre au Yémen, précise-t-elle. Je pense que c’est assez. L’Allemagne a annoncé qu’il bloquait la vente d’armes à l’Arabie saoudite et le Danemark a fait la même chose. Pour moi, ce sont des signes. Pour moi, il faudrait que les États fassent un front commun. C’est par la voie diplomatique que ça va fonctionner. On espère que le Canada revienne sur sa décision de vendre des armes à l’Arabie saoudite, car la guerre au Yémen est assez terrible. »

Outre le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, Justin Trudeau a eu l’occasion de rencontrer un autre des leaders mondiaux les plus controversés, le président russe Vladimir Poutine.

En conférence de presse samedi, M. Trudeau a déclaré qu’il avait notamment été question de la saisie récente par la Russie de trois navires de guerre ukrainiens près de la Crimée. Il a demandé à M. Poutine de relâcher les marins ukrainiens qui ont été faits prisonniers. Selon lui, le président russe n’a pas eu l’occasion de répondre à ces remarques.

La rencontre de M. Trudeau avec le prince héritier de l’Arabie saoudite a eu lieu en marge d’un dîner offert par l’Argentine vendredi soir.

«J’ai saisi l’occasion pour m’entretenir directement avec le prince héritier. Nous avons discuté de la querelle diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite», a relaté M. Trudeau.

Il a évoqué la nécessité d’obtenir de meilleures réponses au sujet de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et de l’emprisonnement de Raif Badawi, ainsi que la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat et d’une aide humanitaire au Yémen. Avec la Presse canadienne