Evelyne Beaudin

Trop tard pour développer une vision?

La planification stratégique de la Ville de Sherbrooke, la vision des élus du présent mandat censée donner les orientations pour les cinq prochaines années, tarde à être déposée. Si la conseillère Annie Godbout a dénoncé l’absence de planification stratégique, mardi, certains de ses collègues commencent à perdre espoir qu’une vision claire se dégagera avant les prochaines élections.

Annie Godbout a expliqué son malaise dans le dossier de la création d’un poste de conseillère spéciale pour le directeur général par le besoin d’établir des lignes directrices claires. « J’avais l’impression de travailler à l’envers. »

Pierre Tremblay partage l’exaspération de sa collègue. « On a eu six jours de lac-à-l’épaule depuis le début du mandat [pour établir notre vision]. Je n’ai pas vu jusqu’à présent l’ombre d’un début de plan stratégique. C’est peut-être pour ça que le DG a besoin d’aide, mais c’est dans son mandat de réaliser ce plan. Ça fait partie de sa description de tâche. »

M. Tremblay compare le document en question à un GPS. « Comme automobilistes, c’est un réflexe, même quand on se déplace en ville, on met notre GPS. Pour moi, notre planification stratégique, c’est le GPS dont la Ville devrait se doter. On a presque deux ans et demi de fait et on n’a pas de planification stratégique. La déroute du conseil actuellement c’est à cause de ça. »

Le conseiller du district du Lac-Magog n’a pas l’intention de participer à de nouveaux exercices de réflexion qu’il juge « totalement inutiles ».

Vincent Boutin, lui, dit avoir fait son deuil « de changements significatifs dans l’actuel mandat ». « Nous sommes trop avancés. Nous aurons réfléchi, mais les actions seront prises plus tard. Est-ce que c’est parce qu’on souhaite un plan trop ambitieux? Je ne saurais le dire. On s’est peut-être donné une trop grosse charge de travail pour les moyens qu’on a. Maintenant, on tape du pied pour avoir des résultats. »

Pierre Avard

Il note que les réalisations de ce conseil-ci avaient été lancées dans le mandat précédent. « Nous réalisons les grands projets au centre-ville, mais la locomotive était déjà en marche. L’enjeu qu’il faudra trancher, c’est quelle ville on veut. Est-ce qu’on rationalise les dépenses ou on maintient les services? »

Évelyne Beaudin jette la pierre au maire Steve Lussier tout en défendant le travail du directeur général. « J’ai l’impression que la planification stratégique a le dos large dans le présent mandat. À toutes les embûches qu’on croise, on pellète par en avant. Si on avait un maire avec une vision, on serait capable de gouverner la ville sans un plan stratégique en 250 volets. C’est le symptôme d’un manque de leadership. Par exemple, on dénonçait le nombre de comités. Dans la dernière année, nous avons pourtant multiplié les comités. Le directeur général essaie de se démêler dans les visions de tout le monde et ça s’étire. Si le maire avait été élu avec un programme clair, un plan détaillé, on saurait où on s’en va. »

Pierre Avard se montre plus conciliant. « Quand on fait une réorganisation de la sorte, ça prend toujours un peu de temps. Je suis surpris qu’en douze mois on soit aussi avancé. On souhaiterait que ça aille plus vite, mais quand on fait des réorganisations, il faut prendre le temps de le faire de la bonne façon parce qu’il y a des gens d’impliqués. Il y a eu beaucoup de critiques dans le passé pour dire qu’il y avait des dédoublements. C’est en train de se travailler. Les organismes paramunicipaux ont eu des budgets pour une partie de l’année seulement. C’est en marche. »

Le maire Steve Lussier, interrogé sur la question lundi, indique qu’un nouveau lac-à-l’épaule sera organisé à la demande du conseiller Paul Gingues. « La demande des élus est que nous puissions nous rencontrer au moins une fois aux six mois et j’aime l’idée. Je suis une personne rassembleuse. Je veux rassembler le conseil. On n’est peut-être pas d’accord sur tous les volets, mais si tout le monde s’entend sur le fond, ça va bien aller. »

Vincent Boutin

Il avance que les exercices réalisés jusqu’à maintenant, même sans planification stratégique officielle, ont permis aux élus de se recentrer. « Il y aura une continuité par la suite. Il fallait faire preuve de transparence auprès de tous les élus. »

Il confirme par ailleurs que la réforme qui vise une réduction du nombre de comités est en marche, même si un retard a été observé. « On devrait présenter le plan aux élus sous peu. On a quand même fait un beau travail. Je suis conscient qu’il y a un changement majeur pour certaines personnes, mais on s’en va tous dans la bonne direction. On le fait pour la population. »

M. Lussier n’était pas en mesure de dire quand le dossier des comités sera présenté publiquement ni quand la réforme entrera en vigueur.