Des sympathisants ravitaillent en café et en beignes les manifestants qui bloquent la voie ferrée à Tyendinaga, en Ontario, lundi.

Trains paralysés: Trudeau promet une solution «rapide»

OTTAWA - Des ministres du cabinet fédéral se sont réunis d’urgence lundi matin pour parler «des perturbations des infrastructures», et le premier ministre s’est dit toujours déterminé à résoudre cette crise «de façon paisible, mais rapide».

Justin Trudeau a parlé d’une réunion «fructueuse» de ce Groupe d’intervention en cas d’incident, qui a réuni lundi matin à Ottawa plusieurs ministres. Il a aussi indiqué qu’il avait parlé au téléphone avec des premiers ministres provinciaux et des leaders autochtones.

«On va continuer de travailler pour résoudre cette situation de façon paisible, mais aussi de façon rapide», a-t-il dit à l’issue de la réunion. «Je comprends à quel point c’est inquiétant pour de nombreux Canadiens et difficile pour de nombreuses personnes et familles à travers le pays», a déclaré M. Trudeau sur le parvis de l’édifice où loge le Cabinet du premier ministre à Ottawa.

M. Trudeau avait convoqué lundi matin les ministres Marc Miller (Services aux Autochtones), Carolyn Bennett (Relations Couronne-Autochtones), Bill Morneau (Finances), Marc Garneau (Transports), Bill Blair (Sécurité publique), Chrystia Freeland (Affaires intergouvernementales) et Pablo Rodriguez (leader en Chambre).

Voyage annulé

Le premier ministre avait renoncé à un voyage officiel à La Barbade lundi pour convoquer ce comité d’urgence afin de discuter de la façon de gérer les manifestations contre un projet de gazoduc qui traverserait le territoire ancestral de la première nation Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Les chefs héréditaires de Wet’suwet’en sont opposés à ce projet de gazoduc, mais les conseils de bande, élus, se sont entendus avec le promoteur de Coastal GasLink, LNG Canada.

Créé en 2018, le Groupe d’intervention en cas d’incident a été décrit à l’époque comme un «comité d’urgence» qui se réunit en cas de crise nationale ou lors d’incidents ailleurs dans le monde qui ont des implications majeures pour le Canada.

La police s’est largement abstenue de prendre des mesures directes contre les barricades depuis que la Gendarmerie royale du Canada a fait respecter une injonction dans les environs de Houston, en Colombie-Britannique, plus tôt ce mois-ci, où les opposants au projet Coastal GasLink empêchaient l’accès à un chantier du pipeline. Plus de 20 personnes ont été arrêtées.

L’entreprise se prépare à reprendre les travaux, mais l’intervention de la GRC a provoqué d’autres manifestations et des gestes de perturbation à travers le pays.

Voies ferrées, autoroutes et ponts

La réunion d’urgence a eu lieu tandis que des manifestants continuaient de bloquer des voies ferrées ainsi que des autoroutes et des ponts dans différentes parties du pays. Le poste frontalier du pont des Mille-Îles près de Kingston, en Ontario, a fait l’objet d’un blocage pour une première fois lundi. Les manifestants ont levé leur barricade dans l’après-midi.

La GRC au Manitoba a également signalé la présence d’une dizaine de manifestants à un passage à niveau du CN sur la route 75 dans le sud du Manitoba.

Le blocus mené par les Mohawks sur le territoire de Tyendinaga se poursuivait lundi près de Belleville, en Ontario.

À Montréal, des manifestants ont répondu à l’appel du groupe «Jeunesse autochtone pour Wet’suwet’en» en se réunissant devant l’Université McGill, à l’intersection de la rue Sherbrooke et de l’avenue McGill College.

Peu de temps après la réunion d’urgence à Ottawa, la ministre fédérale des Relations entre la Couronne et les Autochtones, Carolyn Bennett, a discuté avec son homologue de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, et les deux élus ont convenu de rencontrer les chefs héréditaires de Wet’suwet’en pour discuter de leurs préoccupations.

Toutefois, alors que le gouvernement fédéral semble fonder une partie de ses espoirs sur cette rencontre pour résoudre la crise, aucune date n’a encore été fixée.

Pression politique croissante

En attendant, le premier ministre Trudeau fait face à une pression politique croissante pour mettre fin aux perturbations. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est entretenu dimanche avec M. Trudeau; dans un communiqué, il exhorte le gouvernement fédéral à «prendre des mesures immédiates et fournir des détails sur un plan clair pour garantir la fin de ce problème national».

Le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, a déclaré la semaine dernière que M. Trudeau devrait demander au ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, d’utiliser son pouvoir en vertu de la Loi sur la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour mettre fin à ce qu’il a appelé les «blocus illégaux». Le premier ministre a répondu que le Canada n’est pas un pays «où les politiciens peuvent dire à la police quoi faire en matière opérationnelle».

Le gouvernement Trudeau se concentre jusqu’à maintenant sur les discussions et les négociations, plutôt que sur l’intervention des policiers.

«Progrès modestes»

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, a parlé de «progrès modestes» à l’issue d’une rencontre de plusieurs heures samedi avec des représentants de la nation mohawk. Rappelant les crises d’Oka et d’Ipperwash, le ministre Miller a expliqué dimanche que le dialogue était préférable à l’intervention policière.

Un policier de la Sûreté du Québec avait été tué lors de l’intervention à Kanesatake en 1990; cinq ans plus tard, à Ipperwash, en Ontario, un manifestant avait été tué lors d’une occupation autochtone. «Il y a trente ans, la police est entrée à Kanesatake et quelqu’un est mort», a expliqué M. Miller au réseau CTV. «Et avons-nous appris de cela? Avons-nous appris d’Ipperwash?»