Justin Trudeau a visité l'aluminerie Alouette à Sept-Îles, mardi.

Tarifs: les mesures de représailles ont porté fruit, selon Justin Trudeau

SEPT-ÎLES — Les tarifs américains sur l’aluminium canadien ont réduit les bénéfices des entreprises, mais n’ont pas ralenti la production ou nui à l’emploi dans ce secteur, a déclaré le pdg de l’Aluminerie Alouette, à Sept-Îles, où le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu mardi afin de se féliciter d’avoir réussi à faire supprimer ces droits de douane.

En fait, Patrice L’Huillier estime que le litige commercial avec les États-Unis a poussé l’industrie à résister à un afflux de métaux chinois.

«Nous allons mourir submergés par de l’aluminium chinois», a déclaré M. L’Huillier. «Les tarifs n’étaient pas une bonne chose, mais contrôler le flux de métal et comprendre la source du métal [...] c’est une très bonne idée.»

Le pdg de l’aluminerie de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, a rappelé que la Chine produisait plus de la moitié de tout l’aluminium dans le monde et que chaque année, ce pays ajoutait entre deux et trois millions de tonnes de capacité. Or, des métaux chinois, notamment de l’aluminium, se retrouvent illégalement sur les marchés, ce qui fait mal à l’industrie nord-américaine, a soutenu M. L’Huillier.

La Chine a produit près de 36 millions de tonnes d’aluminium l’année dernière, selon les chiffres officiels du gouvernement. Le Canada en produit environ trois millions de tonnes.

Selon M. L’Huillier, les tarifs américains «ont mis beaucoup de pression dans le système». L’industrie nord-américaine a alors mis en place un processus de suivi plus formel, avec beaucoup plus d’informations sur la provenance, selon le dirigeant. Les Américains sauront maintenant que tel aluminium provient bel et bien de Sept-Îles, par exemple.

Tarifs levés

Alors que les négociations sur le nouvel Accord de libre-échange nord-américain piétinaient, au printemps dernier, l’administration du président américain Donald Trump avait imposé des tarifs de 25 % sur l’acier canadien et de 10 % sur l’aluminium. L’administration Trump a finalement décidé vendredi dernier de lever ces tarifs. Un accord prévoit que les États-Unis et le Canada établiront un processus de surveillance du commerce de l’acier et de l’aluminium. Ottawa s’efforce également de démontrer à Washington qu’il enraye l’arrivée au Canada de métaux chinois moins chers.

Après l’imposition de ces tarifs par la Maison-Blanche, Ottawa avait imposé des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium américains, mais aussi sur une vaste gamme d’autres produits — du concombre au café en passant par le bourbon, les cartes à jouer et les tondeuses à gazon. Dans de nombreux cas, ces produits étaient cultivés, transformés ou fabriqués dans des États américains représentés par des politiciens influents — et souvent républicains.

Trudeau jubile

Justin Trudeau a estimé mardi que ces tarifs compensateurs sur les produits américains avaient joué un rôle déterminant pour forcer l’administration Trump à lever les tarifs sur l’acier et l’aluminium. «Je pense que l’une des choses que nous avons vues très clairement, que les Américains ont apprises, c’est que les Canadiens allaient demeurer fermes», a déclaré M. Trudeau mardi, à l’Aluminerie Alouette.

«Nous avons stratégiquement frappé de tarifs douaniers un nombre important de produits américains, ce qui a eu un impact sur les gouverneurs et sur les membres du Congrès, qui ont continué à parler au président et aux membres de l’administration pour la suppression de ces tarifs.»

M. L’Huillier a déclaré que son entreprise avait expédié au cours de l’année écoulée une plus grande quantité de produits en Europe, au lieu des États-Unis, ce qui a grugé les profits à cause des coûts supplémentaires liés au transport.

Des résidents de Sept-Îles ont déclaré qu’ils n’avaient pas vraiment ressenti les effets des tarifs douaniers américains. «Oui, ils ont touché l’industrie, mais tout fonctionnait toujours à plein régime», a déclaré Isabelle Bond, qui travaille à la bibliothèque municipale. «Ce sont seulement les grandes entreprises qui ont perdu de l’argent.»