Steve Lussier : « On a réussi à stopper l’hémorragie des factures payées en double à des fournisseurs, et ça c’est une très belle réussite, souligne M. Lussier. C’était une de mes plus grandes surprises lorsque j’ai commencé mon mandat. »

Steve Lussier après un an comme maire: reculer pour mieux avancer

SHERBROOKE — La première année du mandat de Steve Lussier aura été marquée par des « ajustements » et « quelques pas de recul ». Pour en faire 10 vers l’avant dans les trois prochaines années, assure le maire de Sherbrooke.

En entrevue avec La Tribune, M. Lussier a accepté de dresser le bilan de sa première année à titre de maire. D’entrée de jeu, il admet qu’il lui a fallu de six à huit mois pour prendre ses aises dans son nouveau rôle.

Dès ses premières journées de travail, il s’est appliqué à instaurer sa philosophie de travail dans les services municipaux. « Il faut avoir une vision globale. Et pour avoir une vision d’ensemble et se donner des objectifs, il est souvent nécessaire de faire deux pas de recul pour en faire 10 vers l’avant ensuite. C’est une philosophie qui guide souvent mes actions et c’est ce que j’ai demandé à nos services », explique M. Lussier qui se décrit comme un maire accessible et responsable.

Après 12 mois à la tête de la Ville, M. Lussier estime avoir déjà quelques belles réussites à son actif.

« On a réussi à stopper l’hémorragie des factures payées en double à des fournisseurs, et ça c’est une très belle réussite, souligne M. Lussier. C’était une de mes plus grandes surprises lorsque j’ai commencé mon mandat. Quand j’ai découvert l’ampleur des factures payées en double, on a rapidement envoyé 1900 lettres aux fournisseurs de services et on a engagé des gens pour faire la vérification des dossiers. Dans les deux premières semaines, on a reçu une soixantaine d’appels de fournisseurs », affirme le maire, sans vouloir chiffrer les sommes que la Ville a reçues de ces fournisseurs.

« On est allé chercher de l’argent payé en trop et je peux vous dire qu’à partir du mois prochain, tous les mois, la vérificatrice générale me remettra un rapport pour suivre l’état du remboursement. »

M. Lussier est également fier d’avoir accordé un répit aux Sherbrookois l’an passé grâce à un gel de la taxe foncière.

« C’était une promesse importante pour les citoyens. Il s’agissait de redonner aux Sherbrookois et de tracer une ligne entre le passé et le futur. Mais je ne pourrais pas le faire pendant les trois prochaines années. L’objectif est de se fier à l’IPC », rappelle M. Lussier, sans confirmer si le budget qui sera adopté en décembre présente effectivement une hausse de taxe de l’ordre de l’IPC.

Le maire de Sherbrooke se félicite également de la tournure des négociations entre Sherbrooke et Québec à propos de la reconstruction du pont des Grandes-Fourches.

« Quand j’ai commencé à négocier, il était question que Québec donne 14 M$ pour le pont. Nous avons finalement terminé les négociations avec 26 M$ pour notre pont », tient-il à souligner.

Finalement, M. Lussier note dans ses bons coups la diffusion en direct du conseil municipal, la mise en place des stationnements municipaux gratuits pour les personnes handicapées et les anciens vétérans et la mise en place du café du maire dont la première aura lieu le 8 novembre.

Défis à venir

Steve Lussier entame la deuxième année de son mandat confiant. Il sait toutefois que plusieurs défis se dressent devant lui. Entre autres, l’année 2019 sera marquée par la reconstruction du pont des Grandes-Fourches. « On se prépare à faire quelque chose de gros... C’est immense comme projet! Nous allons certainement embellir notre ville, en plus de redonner les berges aux citoyens. Mais ce sera un très beau et gros chantier. »

M. Lussier entend également réviser le mandat des organismes paramunicipaux. « Ce n’est pas pour les empêcher de faire leur travail, mais bien pour l’améliorer », précise-t-il.

Une réflexion entre élus sur le contrôle de la dette — qui s’élevait à 476 M$ en 2017 — est également nécessaire. M. Lussier se montre toutefois moins alarmant par rapport à celle-ci qu’en campagne électorale, alors qu’il la jugeait « inacceptable ».

« La dette n’était pas calculée de la bonne façon. Il y a une partie qui était incluse dans celle-ci qui devait être changée puisqu’il s’agit d’une partie avec des retours sur investissement, tel qu’Hydro-Sherbrooke », justifie-t-il, en précisant être tout de même inquiet de l’ampleur de la dette.

« Mais il faut embellir notre ville si on veut devenir prospère. La dette est trop élevée, mais on ne peut pas empêcher de faire du développement. »

Nouvelles sources de revenus

S’il admet s’inquiéter de la dette, M. Lussier tient tout de même à rappeler que la Ville est parvenue à aller chercher de nouveaux revenus.

« Nous avons des nouveaux investissements qui arrivent à gauche et à droite », lance-t-il, sans préciser lesquels.

De plus, le maire profitera dans les prochains mois de quelques rentrées supplémentaires dans les coffres de la Ville. Argent de la collusion, retour de factures payées en double aux fournisseurs, abonnements d’entreprises de cryptomonnaies à Hydro-Sherbrooke, modification du pacte fiscal en 2020... Dans tous les cas, M. Lussier parle de « très gros montants » ou de « très beaux montants ». Il refuse toutefois de chiffrer les sommes qui atterriront dans les cagnottes de la Ville.

« Est-ce que je suis chanceux d’être maire alors que ces sommes nous seront remises? Non je ne crois pas qu’il soit question de chance. Dans mon cas, je dois dire que j’attire le positif », rigole M. Lussier.

Début de mandat dans la tourmente

À peine un mois après son élection en novembre 2017, le maire de Sherbrooke se retrouvait dans la tourmente après qu’une histoire de texto, de commande politique et de congédiement de son directeur de cabinet fut révélée au grand jour. Est-ce que l’affaire « Lussier-Bergeron » a assombri le début de mandat de Steve Lussier? « Pas du tout », répond le principal intéressé.

« Il s’agissait d’une mésentente entre nous deux tout simplement », affirme M. Lussier.

Rappelons qu’un citoyen avait dénoncé un texto provenant du directeur de cabinet, Daniel Bergeron, dans lequel il l’invitait à « pistonner » Évelyne Beaudin avec une question embarrassante pendant une période du conseil municipal. Le soir même, le nouveau maire annonçait qu’il remplaçait son directeur de cabinet. M. Bergeron affirmait que le texto était une commande du maire alors que ce dernier niait avoir été mis au courant de cette initiative.

Finalement, le maire avait présenté ses excuses à M. Bergeron lors d’une conférence de presse, après une semaine de prises de bec public.

Un an plus tard, M. Lussier qualifie cet épisode de « période d’ajustement ».

« M. Bergeron m’a suivi pendant ma campagne puis nous avons fait une mise au point ensemble et nous avons décidé de prendre chacun nos routes. Il s’agissait réellement d’un simple différend entre nous et l’histoire a pris une ampleur médiatique plus grande qu’elle l’était en réalité », croit M. Lussier, en précisant être maintenant parfaitement heureux d’avoir choisi Julie Vinette à titre de directrice de cabinet.