Le maire Steve Lussier admet que la possibilité de faire un déficit a été évoquée à la Ville de Sherbrooke.
Le maire Steve Lussier admet que la possibilité de faire un déficit a été évoquée à la Ville de Sherbrooke.

Sherbrooke n’exclut pas le déficit

À l’instar de la Ville de Gatineau, Sherbrooke n’exclut pas de faire un déficit à la fin de l’année, même s’il est techniquement interdit aux municipalités de présenter un budget déficitaire. S’il ne s’agit pas de la seule solution envisagée, le maire Steve Lussier avoue que le concept est étudié à l’Union des municipalités du Québec.

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« Nous aurions la possibilité d’enregistrer un déficit si Québec nous l’autorisait. Nous enregistrons déjà des pertes importantes dans le domaine du transport en commun par exemple et nous sommes en droit de nous demander si l’année 2021 sera pire, parce qu’il y aura l’après aussi. Le déficit n’est qu’une des hypothèses. On doit surtout envisager de nouvelles mesures pour équilibrer les finances de la Ville », résume M. Lussier.

Si les gouvernements ont annoncé des mesures d’aide aux entreprises et aux particuliers, la Ville estime faire sa part en reportant le paiement de la taxe foncière notamment. « Mais il y aura des contrecoups. »

Ce sont une quinzaine de sources de revenus qui généreront potentiellement moins d’argent que prévu. M. Lussier cite les constats d’infraction, les revenus de la Société de transport de Sherbrooke (STS), les intérêts d’Hydro-Sherbrooke, la vente des permis de construction, les frais de stationnement et les droits de mutation. « On doit aussi repositionner nos travaux. »

Une façon de réduire le déficit sera de repousser certains projets. Pierre Avard, par exemple, se demande si le moment est bien choisi pour investir dans le tourisme ou dans des événements qui n’auront pas lieu cet été. « Peut-être que ça passe par les paramunicipales. Peut-être qu’on peut récupérer les montants versés pour certaines fêtes ou certains événements. Il faudra beaucoup de temps avant d’avoir des événements où des foules accepteront de se rassembler. Il faudrait donner un signal rapidement pour que les gens ne perdent pas du temps à monter des événements. »

Le maire Steve Lussier indique à ce sujet que la division des sports, des loisirs et de la vie communautaire présentera les enjeux liés aux rassemblements et aux événements au courant de la semaine prochaine.

M. Lussier a refusé de confirmer des chiffres pour signaler l’ampleur du déficit anticipé, en ce mois d’avril, selon les projections du Service des finances. 

La chef de l’opposition désignée, Évelyne Beaudin, ne révèle pas de chiffres non plus. Elle juge néanmoins que les dépenses supplémentaires générées par la COVID-19 risquent d’être de beaucoup supérieures aux économies engendrées par l’arrêt de certaines activités. 

« Pour moi, le déficit ne serait pas la première option. Je préférerais qu’on demande l’aide du gouvernement. Par exemple, il est inconcevable qu’on nous oblige à garder le transport en commun comme service essentiel sans nous donner une aide financière pour y arriver. »

Lors des dernières mises à jour rendues publiques, les surplus accumulés de la Ville se chiffraient à 13,2 M$, un montant jugé trop bas pour une ville de la taille de Sherbrooke. C’est ce qu’avait affirmé le professeur agrégé à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke Mario Lavallée lors d’une présentation au début du mois de mars. 

« Pour 2020, nous arriverons probablement à nous en tirer, mais en 2021, nous aurons beaucoup de problèmes si nous devons piger dans les surplus », dit Mme Beaudin. 

La conseillère refuse de cibler des champs d’activité où la Ville pourrait être appelée à couper. « Il faut y aller avec ce qu’on sait, entre autres que nous avons des pertes irrécupérables à la STS et qu’il faut réclamer de l’aide du gouvernement pour ce service. »

Elle offre au passage un camouflet au maire Steve Lussier qui, selon elle, n’a toujours pas énoncé clairement son plan de match. « On ne sait pas ce qu’il a l’intention de défendre auprès du gouvernement. C’est un peu frustrant de ne pas savoir où le bateau s’en va et qu’on héritera peut-être simplement de la position de l’Union des municipalités du Québec. »

Enfin, Évelyne Beaudin évoque l’espoir d’obtenir des prêts sans intérêt, par exemple pour les frais de financement de 675 000 $ générés par le report du paiement des taxes municipales pour les citoyens.