Jean-François Roberge a dégagé un fonctionnaire du ministère de l’Éducation pour accompagner le réseau des écoles privées dans des activités de prévention sur l’échange de sextos et l’intimidation.

Sextos: le ministre Roberge serre la vis aux écoles privées

EXCLUSIF / La crise du partage de photos à caractère sexuel survenue au Séminaire des Pères Maristes à Québec le printemps dernier incite le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge à serrer la vis aux écoles privées du Québec.

Ayant sur son bureau depuis le début janvier le rapport d’enquête qu’il a commandé sur cette crise, le ministre Roberge a confié au Soleil qu’il allait appliquer ses principales recommandations, et même aller plus loin. «C’est un rapport qui pose un regard critique sur la gestion de crise de l’établissement», explique-t-il en entrevue.

M. Roberge n’a pas l’intention de sanctionner la direction du Séminaire, car celle-ci n’aurait pas commis de manquement à la loi actuelle. Il ne veut pas non plus faire de la «microgestion» et exiger que la direction expulse tel ou tel élève. «Il n’y a rien qui me permet de croire en ce moment que quelqu’un est en danger. J’ai pas l’intention de me mêler de la gestion interne des écoles privées. Mon travail, c’est de donner des balises.»

Le principal souci du ministre est plutôt d’éviter qu’une telle situation se répète. «La pression sur les jeunes pour se dénuder ou pour poser des gestes à caractère sexuel, c’est en augmentation. Il faut agir.»

Le ministre indique que le rapport contient deux recommandations principales. La première est de donner de la formation et d’organiser des activités de prévention sur l’échange de sextos et l’intimidation dans les écoles privées. À la fin de l’année 2018, le ministre a dégagé un fonctionnaire du ministère de l’Éducation pour accompagner le réseau des écoles privées dans ces activités. 

Le rapport recommande aussi de créer une instance neutre pour traiter les plaintes des élèves. À ce chapitre, le ministre a déjà annoncé son intention d’améliorer le Protecteur de l’élève, qui sera également étendu au réseau des écoles privées, ce qui n’est pas le cas actuellement. 

«Pas de prise»

«Mais on veut aller plus loin que ça. J’ai moins de prise en ce moment sur les écoles privées [que sur les écoles publiques]», déplore M. Roberge. Au cours des prochains mois, il a l’intention de modifier la Loi sur l’enseignement privé pour pouvoir intervenir lorsque des cas graves de violence et d’intimidation sont dénoncés. «Le ministre a un pouvoir important, celui de retirer le financement ou le permis d’une école, mais il n’y a pas d’autres leviers, pas d’entre-deux.»

Le ministre a également l’intention d’exiger que soient mis à jour régulièrement les plans de lutte à l’intimidation et à la violence des écoles, afin que ceux-ci ne dorment pas dans un tiroir. «J’ai l’intention de faire un suivi plus serré de ces plans. En ce moment, il n’y a pas de vérification que le plan est vraiment suivi et appliqué. On va se donner des outils», promet-il. 

M. Roberge mise aussi sur les nouveaux cours d’éducation à la sexualité, obligatoires depuis cette année, pour sensibiliser les jeunes au danger des sextos et aux conséquences de la diffusion de photos de nudité. «Les campagnes de prévention, même si elles ne sont pas efficaces à 100 %, il ne faut pas abandonner.»

Si l’épisode du Séminaire des Pères Maristes, de par son importance médiatique et judiciaire, restera dans les mémoires pour «les mauvaises raisons», M. Roberge juge qu’il aura quand même constitué un «réveil social sur la gravité des gestes qui ont été posés». «Ça a amené, j’en suis certain, beaucoup de discussions dans les maisons», indique celui qui en a discuté avec ses propres adolescentes. 

Au printemps dernier, six adolescents de 12 et 13 ans fréquentant le Séminaire des Pères Maristes ont été arrêtés par la police de Québec pour avoir diffusé à grande échelle des photos intimes de leurs camarades de classe. Depuis, les procédures judiciaires se poursuivent et la cohabitation entre les accusés et les victimes dans l’école a été très difficile. 

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UN RAPPORT CAVIARDÉ

Le ministère de l’Éducation rendra public le rapport d’enquête sur le Séminaire des Pères Maristes vendredi à 16h. Le Soleil avait fait une demande d’accès à l’information pour l’obtenir. 

Ce rapport, qui explique de façon détaillée le fil des événements et qui contient de nombreux témoignages, sera toutefois largement caviardé. 

«Ça parle de ce qui s’est passé au conseil d’administration. Il y a les noms des élèves, des parents, des administrateurs. Ces informations-­là sont utiles pour que je comprenne la pertinence des recommandations, mais elles ne seront pas diffusées pour des raisons de protection de la vie personnelle», justifie le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge. 

Comme il voulait faire preuve de «transparence», le ministre a accepté que le rapport soit partiellement disponible. «En rendant publics plusieurs extraits du rapport, je vais aller plus loin que mes obligations légales.»