Après une carrière politique de 38 ans, Robert Pouliot se consacrera maintenant à sa famille et à ses loisirs, dont la chasse et la pêche.

Robert Pouliot, un politicien comme il ne s’en fait plus

Robert Pouliot a consacré plus d’années à la politique active qu’il en a passé dans la société civile. À 74 ans, après sa 11e campagne électorale municipale, l’ancien maire d’Ascot a mis un terme à une carrière politique de 38 ans. Sans la moindre trace d’amertume, il se dit choyé par la vie d’avoir pu servir les citoyens aussi longtemps.

Presque quatre décennies en politique municipale, c’est plus que les 27 années de Serge Paquin et Jean-François Rouleau, des ténors qui ne sollicitaient pas de nouveau mandat en novembre. C’est plus qu’Antonio Pinard, célèbre conseiller qui a siégé pendant un peu plus de 32 ans.

« Je veux remercier les citoyens qui, pendant presque 40 ans, m’ont vu frapper à leur porte pour demander leur support. Pour ma 11e campagne, le territoire avait presque doublé. Certains citoyens me connaissaient, mais dans le district d’Ascot, la population change aux deux ou trois ans, parce qu’il y a beaucoup de locatif. L’électorat est moins stable qu’ailleurs. »

Maire d’Ascot pendant 23 ans, conseiller municipal à Sherbrooke pendant 15 autres années, Robert Pouliot a siégé pendant 17 ans au conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec. « J’ai travaillé avec 18 ministres des Affaires municipales et 11 présidents de l’UMQ. Le meilleur que nous avons eu, celui qui a le plus fait avancer le monde municipal, c’est Bernard Sévigny. »

Loin des projecteurs

S’il ne défrayait pas la manchette semaine après semaine, dans les dernières années, Robert Pouliot n’en travaillait pas moins fort. Son secret : s’adresser directement aux directeurs de services plutôt que de dénoncer des situations au conseil municipal. Les dossiers d’actualité, il les connaît au point de ne mettre que quelques secondes avant d’émettre son opinion à leur sujet.

« La Ville de Sherbrooke a besoin de vols commerciaux à son aéroport. Oublions les vols internationaux, mais il faut pouvoir aller à Toronto, Boston, Québec... Nos industriels ont besoin de ces outils. »
Il ne se gêne pas, non plus, pour défendre Well inc., un projet qu’il faut, selon lui, continuer d’expliquer.

Il rebrasse aussi les souvenirs sans trébucher, sans oublier le moindre nom, s’arrêtant seulement pour réfléchir aux réalisations dont il est le plus fier.

« En 1979, le conseil municipal d’Ascot était formé d’individus du monde rural. C’étaient des gens très corrects, mais pour eux, les services dans le noyau urbain, comme le transport en commun, n’étaient pas quelque chose qui les intéressait », raconte-t-il à propos de ses premières armes en politique.

« Ça faisait plusieurs fois que nous revendiquions des services. Nous avons monté une équipe pour la campagne de 1979 et j’ai été élu. »

Seul Denis Lafontaine, de l’équipe qu’il avait fondée, avait obtenu une majorité de voix également.

« Nous avons rapidement travaillé un budget qui nous permettrait d’ajouter des services, entre autres la construction du parc Belvédère. Nous avons aussi négocié le transport en commun avec Lucien Bolduc, qui était directeur du service de transport. »

Rapidement, le trajet vers Ascot est devenu le plus achalandé. « Encore aujourd’hui, c’est le plus occupé de tous les circuits », s’enorgueillit M. Pouliot.

D’autres bons coups

Le prolongement de l’aqueduc jusqu’au parc industriel, pour permettre à Shermag de se doter de gicleurs, par exemple, aura été un autre bon coup. « Les entreprises payaient 15 000 $ par année pour l’aqueduc, mais elles économisaient au moins 70 000 $ en assurances. »

L’annexion de certaines parties du territoire d’Ascot par d’autres municipalités, dont le secteur du Centre de recherche d’Agriculture Canada et celui de l’école du Phare, aura été un coup dur. « Il fallait remplacer leurs revenus de taxes par du résidentiel pour maintenir des services de qualité sans surtaxer les citoyens. »

C’est sous l’administration Pouliot qu’Ascot s’est dotée de son premier corps de police. « Le directeur était Richard Tremblay. Je demandais à mes policiers de vivre dans le quartier, d’être proches des citoyens. Nous étions le corps de police le plus dynamique au Québec. »

Dans le même sens, Robert Pouliot ne manque pas de souligner que pas moins de quatre de ses employés sont devenus directeurs d’arrondissement après la fusion municipale. « Ça démontre la qualité du personnel qu’on avait. »

Quand la fusion avec Sherbrooke s’est présentée, M. Pouliot voulait s’assurer qu’Ascot conserverait ses acquis. « Je n’ai jamais cru qu’on retrouverait une proximité, une agilité dans nos services. Au cours des derniers huit ans, nous avons essayé d’ajouter de la flexibilité dans cette communication. »

Rattraper le temps perdu

Comme plus grande fierté, Robert Pouliot estime avoir réussi à faire d’Ascot un endroit où il fait bon vivre, notamment en raison de l’accueil réservé aux nouveaux arrivants. « Mon vœu le plus cher est que chaque citoyen en capacité de travailler ait un emploi qui lui permette de se valoriser. Je souhaite qu’on mette sur pied un service d’accompagnement pour les immigrants auprès des donneurs d’ouvrage. »

L’homme politique ne note aucune déception particulière. Il ne formule pas le moindre reproche non plus aux médias qui l’ont interpellé pendant 38 ans.

« Je serai encore là pour applaudir les réalisations, même si elles surviennent dans le présent mandat. Ce qui est important, c’est de toujours garder l’intérêt du citoyen au centre des préoccupations. Il faut des politiciens sur le terrain, à l’écoute plus que jamais. »

Robert Pouliot pense que les citoyens ont opté pour le changement en confiant le siège qu’il occupait à une nouvelle conseillère, Karine Godbout. S’il n’est pas totalement surpris de sa défaite électorale, il avoue qu’en cas de défaite, il croyait voir Edwin Moreno l’emporter.

Même s’il sera toujours disponible pour ceux qui solliciteront son aide, M. Pouliot rattrapera maintenant le temps perdu auprès de ses enfants et de ses petits-enfants. Il pourrait siéger comme citoyen à l’Office municipal d’habitation et reprendra la chasse et la pêche, des loisirs qu’il avait délaissés. « J’ai du rattrapage à faire auprès de ma famille. J’ai aussi des amitiés que j’ai besoin de réchauffer. »

Les nids-de-poule de Robert

Alors qu’il était maire d’Ascot, Robert Pouliot avait mis sur pied un programme qu’on ne pourrait plus voir aujourd’hui. Les citoyens qui signalaient un nid-de-poule d’une certaine dimension recevaient 5 $.

« Il y avait aussi un concours à l’intérieur de nos équipes. Si elles réparaient le trou dans les 48 h, nous ajoutions 10 $ à la cagnotte du club des employés. Si elles ne réussissaient pas, elles payaient les 5 $ qu’on donnait au citoyen. »

En conséquence, à la moindre crevasse, à la moindre lézarde, le téléphone sonnait à l’hôtel de ville. « Même si la dimension n’était pas suffisante pour valoir les 5 $, nous réparions les trous quand même. Encore aujourd’hui, on peut dire que les rues d’Ascot sont celles qui nécessitent le moins d’entretien. »

Une famille de politiciens

La politique est une affaire de famille chez les Pouliot. Le père de Robert s’était entre autres engagé auprès de l’Union nationale dans la circonscription de Richmond, en 1960.

« J’écoutais les discours et ça m’a réellement donné le goût de m’impliquer. »

Il se souvient aussi avoir assisté à la convention où Pierre Elliott Trudeau a été élu en 1980. « Il disait : " Vous voulez du changement? Alors il faut voter pour le changement. " »

Robert Pouliot parle de son beau-frère, l’ex-maire de Magog Marc Poulin. « Il s’était impliqué dans ma campagne en 1979 et en 1983. Ça lui avait donné le goût de se présenter à Magog. Sa sœur Denise a aussi été la première femme élue à Magog. Quand on se rencontrait dans les fêtes familiales, il était toujours question de politique municipale. »

Un nouveau chef pour le RS

Robert Pouliot n’a eu que des bons mots pour le chef intérimaire du Renouveau sherbrookois et unique élu de la formation au conseil municipal, Vincent Boutin.

« Il a tous les atouts. Il a déjà de l’expérience et en plus, il a la jeunesse. Il a du bagage pour faire un bon bout de chemin, tant qu’il aura le goût. Il est proche des citoyens. Il y a des membres non élus qui répondront certainement à son appel. »