Le premier ministre François Legault, lundi après-midi, lors d’un point de presse tenu au Salon rouge de l’Assemblée nationale entouré des six ministres impliqués dans ce remaniement.
Le premier ministre François Legault, lundi après-midi, lors d’un point de presse tenu au Salon rouge de l’Assemblée nationale entouré des six ministres impliqués dans ce remaniement.

Remaniement à Québec: Dubé hérite du «monstre» de la Santé à la place de McCann 

François Legault change ses trios en vue du prochain affrontement entre le Québec et la COVID-19. Christian Dubé obtient le poste de premier centre comme nouveau ministre de la Santé, tandis que Danielle McCann est rétrogradée à l'Enseignement supérieur. Quatre autres ministres voient aussi leurs responsabilités modifiées.

«Danielle a accompli beaucoup de choses durant 18 mois, mais il reste encore beaucoup de changements à faire», a expliqué le premier ministre Legault, lundi après-midi, lors d’un point de presse tenu au Salon rouge de l’Assemblée nationale en compagnie des six ministres impliqués dans ce remaniement.

Pendant que Sonia LeBel hérite du Conseil du trésor, des négociations avec les 550 000 employés de l’État et du projet de loi sur l’accélération des travaux d’infrastructures (no 61) qui relevaient tous auparavant de M. Dubé, Simon Jolin-Barrette prend la place de Mme LeBel et devient à 33 ans le plus jeune ministre de la Justice de l’histoire du Québec.

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M. Jolin-Barrette, lui, cède son poste de ministre de l’Immigration à Nadine Girault. Mme McCann devient ministre responsable de l’Enseignement supérieur et Jean-François Roberge se concentrera sur l’Éducation au primaire et au secondaire.

Danielle McCann «a fait du mieux qu’elle a pu avec l’information qu’elle avait durant ces trois mois [de pandémie]. Mais on n’avait pas toujours toute l’information, fait valoir le patron. Alors, on a besoin d’améliorer le système d’information et c’est la spécialité de Christian Dubé. On veut aussi plus d’imputabilité et il est important d’évaluer les gestionnaires du réseau de la santé. Christian vient poursuivre et compléter le travail fait par Danielle.»

«Un deuxième souffle»

Le ministère de la Santé et des Services constitue «le plus grand défi de gestion au Québec, toute organisation publique ou privée confondue», selon M. Legault. Il parle d’«un deuxième souffle» nécessaire au ministère de la Santé et des Services sociaux. Dominique Savoie remplacera de plus Yvan Gendron au poste-clé de sous-ministre à la Santé.

«Il faut s’assurer que chaque dirigeant, dans ce grand réseau qui est un peu un monstre, soit plus responsable des résultats. [...] J’ai demandé à Christian Dubé, qui a une longue expérience en gestion, entre autres dans le secteur privé, mais aussi public à la Caisse de dépôt, de mettre ses talents de gestionnaire au service des Québécois. [...] On doit bien ça à nos aînés, donner des bons services. Mais de donner aussi des services d’une façon plus efficace, et un comptable agréé, ça s’intéresse à l’efficacité.»

Avec sa douceur proverbiale et souriante, Mme McCann n’a quand même pas caché une certaine déception. «J’étais venue en politique pour la Santé, c’est clair. C’est la prérogative du premier ministre de faire des choix. Je le respecte beaucoup. Je suis très contente de ce que j’ai accompli en Santé, mais je suis aussi très contente de prendre ce nouveau mandat de l’Enseignement supérieur», a-t-elle affirmé. 

Si elle n’a pas de conseil à donner à son successeur et collègue Dubé, Mme McCann souligne que «nous sommes toujours en pandémie et il faut se préparer pour la deuxième vague. Et ça, c’est majeur en santé actuellement. Ce n’est pas un conseil, c’est un état de fait».

Le premier depuis... Legault

Le dernier ministre de la Santé qui n’était pas issu du milieu de la santé était un certain François Legault, de 2002 à 2003, avec le Parti québécois. MM. Legault et Dubé sont deux comptables. Après lui, Philippe Couillard, Yves Bolduc, Réjean Hébert, Gaétan Barrette, Danielle McCann se sont succédé à ce poste, soit quatre médecins et une travailleuse sociale.

Un remaniement ministériel à mi-mandat est prévisible, mais la pandémie de COVID-19 a changé la donne. D’aucuns trouvent hasardeux de changer de capitaine à la Santé en pleine crise sanitaire.

«Il y a une pandémie qui s’est calmée. On le voit, zéro décès aujourd’hui», a souligné M. Legault, en cette première journée depuis le 20 mars où le Québec ne déplorait aucun décès lié à la COVID-19 dans les 24 dernières heures.

«On est presque à mi-mandat, donc il n’y avait eu à peu près pas d’ajustement ministériel. Je pense que c’est un bon moment, un peu, pour redonner un second souffle à certains ministères. C’est ça qui est visé, puis la situation est pas mal sous contrôle en santé, pour ce qui est de la pandémie.

«Oubliez pas que le premier ministre reste le même!» a aussi lancé le premier ministre, rappelant comment plusieurs décisions passent par son bureau, encore plus en situation de crise.

Comité de relance élargi

Ce n’est pas la première fois que les dossiers de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur évoluent au sein d’un même ministère tout en étant partagés par deux ministres. Les libéraux Sébastien Proulx et Hélène David avaient fait de même de 2016 à 2018.

Le jeu de chaise musicale ministérielle ne touche que 6 des 27 ministres. Personne ne perd sa limousine, pas de nouveau venu promu non plus.

En plus de voir Mme LeBel remplacer M. Dubé au sein du comité de la relance économique, celui-ci a été élargi et un peu féminisé avec l’ajout de Mme Girault à l’Immigration, de la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, ainsi que du ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

Ce comité comptait jusqu’ici quatre membres depuis sa création, tous des hommes, soit les ministres des Finances, de l’Économie, du Travail et le président du Conseil du trésor.

Sonia LeBel est la première femme à présider le Conseil du trésor et donc tenir les cordons de la bourse de l’État depuis Michelle Courchesne, de 2010 à 2012.

Le maintien de Blais «surprend»

Chez les partis d’opposition, Québec solidaire affirme que «le maintien de Marguerite Blais [comme ministre responsable] aux Aînés surprend plusieurs personnes. Elle doit maintenant s’engager à changer complètement ses façons de faire et livrer la marchandise pour protéger les personnes âgées», dit Manon Massé.

La co-porte-parole de QS se demande aussi «quel message le gouvernement envoie en nommant un financier à la tête du ministère de la Santé, alors qu’il vient d’annoncer sa volonté de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans? Alors que le Québec a besoin de remettre sur pied ses services publics, ce remaniement n’augure rien de bon».

Parti libéral et Parti québécois s’entendent pour dire que l’évincement de la ministre de la Santé et de son sous-ministre après trois mois de gestion de pandémie témoigne de l’échec du gouvernement dans sa préparation pour la COVID-19.

La cheffe libérale Dominique Anglade souligne que Mme McCann et M. Gendron deviennent du coup les «boucs émissaires» désignés par le premier ministre Legault pour cet échec, rappelant toutefois comme son vis-à-vis péquiste, Pascal Bérubé, que le mauvais bilan du Québec pour les trois premiers mois de la pandémie n’est pas pour autant effacé.