Philippe Couillard a raconté dans son discours avoir vu disparaître la liaison Roberval-Montréal, qu’il utilisait à l’occasion. Ce qui a changé sa vie professionnelle à l’époque.

Québec promet une aide substantielle à l’aviation régionale

Le gouvernement du Québec vole au secours de l’aviation régionale avec une série de mesures qui devraient, à long terme, permettre une baisse du prix des billets d’avion.

L’aide financière annoncée vendredi n’a pas été chiffrée. Le premier ministre a demandé aux quelque 300 participants au Sommet sur le transport aérien régional, qui s’est tenu au Centre des congrès de Lévis, d’être patients et d’attendre de connaître les chiffres au prochain budget, en mars. Philippe Couillard a toutefois parlé d’une aide «substantielle».

Pour le premier ministre, cette aide est justifiée, question d’être équitable envers les citoyens du Québec qui occupent un vaste territoire. «Je fais le pari que les gens de tout le Québec sont prêts à faire un effort collectif pour qu’on puisse se visiter les uns, les autres. Et lorsqu’on décide d’aller s’établir en région, ce sera pas à perte en termes de qualité de vie ou de capacité de se déplacer.»

Sans évoquer directement le monopole d’Air Canada sur plusieurs dessertes régionales, le premier ministre a admis qu’il y avait un problème de «concurrence» dans l’industrie. Ces derniers mois, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le fait qu’un vol Gaspé-Montréal coûte plus cher qu’une semaine de vacances à Cuba. 

«On aime mieux en général comme gouvernement laisser les forces du marché agir, la compétition s’établir, mais ça marche pas, là, il y a quelque chose de vicié», a soutenu M. Couillard.

Pour corriger le tir, l’une des six mesures du gouvernement (voir tableau) consiste à subventionner de nouvelles liaisons aériennes ou de plus petits joueurs dans l’industrie.

De nouvelles régions seront également admissibles au remboursement d’une partie du coût du billet d’avion, soit l’Abitibi-Témiscamingue, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord.  

Pour le gouvernement, ces mesures sont «des premiers pas» et non une «finalité». «Votre voix a été entendue», a assuré la ministre déléguée aux Transports Véronyque Tremblay en s’adressant aux participants du sommet. 

La ministre a annoncé qu’un groupe de travail national réfléchira à d’autres avenues pour aider l’aviation régionale, comme l’abolition de la TVQ sur les billets d’avion et l’instauration d’un prix plancher. 

Satisfaction et critiques

Les municipalités sont ressorties généralement satisfaites du sommet. «C’est un pas dans la bonne direction», a soutenu  Cusson, président de l’Union des municipalités du Québec. 

Le Parti québécois (PQ) a quant à lui critiqué les «voeux pieux» des libéraux. «Il y a aucune solution pour faire en sorte qu’à court, à moyen terme, le prix du billet d’avion soit à des coûts raisonnables», a lancé la députée Lorraine Richard. 

Le PQ a aussi déploré l’absence du gouvernement fédéral à ce sommet et le manque de fermeté du gouvernement Couillard pour exiger un engagement du fédéral. 

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Les six mesures annoncées

  • › Aide à la réfection pour les aéroports régionaux
  • › Aide à la création de nouvelles dessertes aériennes
  • › Remboursement d’une partie du prix des billets d’avion
  • › Incitatifs financiers pour que les Québécois aillent en vacances en région
  • › Création d’un canal de communication avec le gouvernement fédéral
  • › Stratégie de déplacement des fonctionnaires québécois en avion

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La colère gronde contre Air Canada

Le maire de Québec Régis Labeaume accuse Air Canada d’exercer un monopole «sauvage» des liaisons aériennes dans les régions du Québec, en maintenant le prix des billets élevé. «C’est vraiment du capitalisme, le côté le plus laid du capitalisme Air Canada actuellement.» 

Après avoir assisté à quelques discussions du Sommet sur le transport aérien régional, M. Labeaume en est venu à la conclusion qu’il y avait «un éléphant dans la pièce», soit le monopole d’Air Canada, qu’il faut absolument «casser». «Ces gens-là sont à mon sens abusifs, ils exploitent le système», a-t-il soutenu, exprimant une position partagée par l’Union des municipalités du Québec (UMQ). 

Les députés Martin Ouellet, Lorraine Richard et Sylvain Roy, du Parti québécois, ont eux aussi exprimé la colère qui gronde envers cette compagnie. M. Ouellet dit être «extrêmement déçu» de l’annonce qu’Air Canada a faite en matinée. 

Le transporteur s’est entendu avec la Fédération québécoise des municipalités pour offrir des forfaits prépayés d’affaires de 10 passages à 324 $ l’aller simple pour toutes les régions du Québec, ou de 30 passages pour 249 $ l’aller simple. 

Une annonce que Mme Richard qualifie de «poudre aux yeux». «Dans deux semaines, ils vont remonter les billets, ne vous en faites pas, ils sont comme ça», a pour sa part ironisé M. Labeaume. Le maire de Québec soutient que la compagnie a aussi l’habitude de «casser les prix» dès qu’une plus petite compagnie vient lui faire concurrence à Sept-Îles ou à Gaspé, afin de mieux les remonter lorsque cette même compagnie plie bagage. 

Le premier ministre Philippe Couillard s’est quant à lui réjoui de cette annonce d’Air Canada. Les représentants d’Air Canada présents au sommet n’ont pas souhaité accorder d’entrevue à ce sujet.