La fin de l’exploitation de l’amiante au Québec en 2012 a laissé quelque 800 millions de tonnes de résidus à traiter, notamment à Asbestos (notre photo).

Québec invité à larguer l’industrie de l’amiante

Le lobby mondial de l’amiante est enregistré comme organisme à but non lucratif québécois. Des dizaines d’organismes, de scientifiques et de médecins de partout dans le monde estiment que cette crédibilité permet à l’industrie de répandre des faussetés sur la dangerosité de l’amiante.

Dans une lettre adressée au premier ministre François Legault, les experts demandent au gouvernement d’agir pour se dissocier de ce lobby.

L’auteure de la lettre transmise à La Presse canadienne est l’activiste Kathleen Ruff, fondatrice de l’organisme RightOn Canada, associé à l’Institut Rideau. Elle travaille à la défense des droits de la personne, à promouvoir la justice sociale et la protection de l’environnement. Mme Ruff a reçu la médaille de l’Assemblée nationale du Québec, en 2016, pour sa persévérance dans la lutte visant à mettre fin à l’exploitation de l’amiante.

Son principal cosignataire est le médecin montréalais Jean Zigby, qui représente l’Association canadienne des médecins pour l’environnement. Le duo est appuyé par 27 organisations ainsi que 41 médecins et scientifiques de partout dans le monde.

Ils dénoncent le fait que l’Association internationale du chrysotile (AIC), le lobby mondial de l’amiante, soit enregistrée au Québec comme personne morale à but non lucratif (OBNL). Selon les signataires, « la crédibilité du Québec est utilisée de manière immorale et destructrice pour répandre des informations faussement scientifiques qui mettent en danger la vie humaine ».

Les signataires réclament que le gouvernement mette fin à la « complicité » du Québec avec « la malfaisance indéfendable de l’industrie de l’amiante » en lui retirant son statut.

Des écoles cancérogènes

« L’AIC promeut l’affirmation fausse que l’amiante chrysotile est un excellent produit qui peut être utilisé de manière sécuritaire par les pays en voie de développement — un produit que le Canada a interdit, parce que c’est un produit dangereux qu’il n’est pas possible d’utiliser de façon sécuritaire », peut-on lire dans la lettre dont le texte fait cinq pages.

Malgré ces risques reconnus pour la santé, l’industrie continue de développer ses activités dans des pays défavorisés. L’amiante y est utilisé dans une forme de ciment servant à la construction de bâtiments, dont des écoles et des maisons.

« Des enfants en Inde, en Indonésie, au Vietnam et d’autres pays en voie de développement, où les membres de l’AIC vendent leurs produits en amiante, fréquentent des écoles et vivent dans des maisons avec des toitures en amiante-ciment brisées juste au-dessus de leurs têtes », soutient Kathleen Ruff dans sa lettre.

En entretien téléphonique, la militante des droits de la personne dit ne pas croire une seconde « que la population du Québec veut causer du mal à des populations dans des pays en développement ».

« Est-ce qu’on peut avoir deux poids deux mesures et interdire ces activités au Québec parce qu’elles causent des décès, mais les autoriser à l’étranger? », demande-t-elle.

Aucun administrateur québécois

L’adresse de l’Association internationale du chrysotile, en tant qu’organisme québécois à but non lucratif, est celle d’un cabinet d’avocats du centre-ville de Montréal.

D’après sa fiche au registre des entreprises du Québec, aucun des administrateurs de cet OBNL québécois ne réside dans la province ni même au Canada.

Le principal représentant, identifié comme la « personne physique » derrière l’organisme, se nomme Emiliano Alonso Pelegrin. Selon son profil sur le réseau social Linkedin, cet avocat résiderait à Bruxelles, en Belgique.

Les autres administrateurs inscrits au registre ont des adresses aux États-Unis, au Kazakhstan, en Russie, au Mexique, au Zimbabwe et en Inde.

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Le BAPE à Asbestos du 4 au 6 décembre

La commission d’enquête du BAPE sur l’amiante va mener la première partie de son audience publique du 4 au 6 décembre à Asbestos et du 10 au 12 décembre à Thetford Mines.

Le gouvernement Legault, rappelons-le, cherche à déterminer de manière scientifique si les 800 millions de tonnes de résidus laissés par l’industrie de l’amiante au Québec peuvent être commercialisés de manière sécuritaire.

En plus de la présence d’experts provenant de sept ministères et organismes qui répondront aux questions des participants et des commissaires, la première partie de cette audience publique, qui vise à s’informer, permettra la présentation de rapports sectoriels visant à apporter un éclairage sur la problématique de l’amiante et de la gestion des résidus miniers, a détaillé le BAPE par communiqué lundi.

Les ministères de l’Environnement, de l’Énergie et des Ressources naturelles, de la Santé et des Services sociaux, de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, des Transports, de l’Économie et de l’Innovation, et des Affaires municipales seront entendus, de même que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Les séances publiques seront menées par Joseph Zayed, qui a aussi présidé dans la région les travaux pour la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic. Il sera accompagné des commissaires Marie-Hélène Gauthier et Pierre Magnan.

Le public peut déjà transmettre des questions aux commissaires à l’adresse gestion-amiante-residus@bape.gouv.qc.ca. La commission d’enquête jugera de la pertinence des questions et en disposera après évaluation, précise-t-on.

L’horaire détaillé des séances et leur diffusion en direct sur le web se retrouveront au www.bape.gouv.qc.ca 

Par la suite, du 13 au 20 janvier, la commission d’enquête tiendra des rencontres sectorielles à Québec visant à obtenir des avis sur la pertinence ou non de valoriser les résidus miniers amiantés et, le cas échéant, sous quelles conditions. Y seront conviés des organismes, ministères, chercheurs, citoyens et municipalités qui peuvent se prononcer sur le sujet. 

Enfin, la deuxième partie de l’audience publique où les citoyens, organismes et municipalités seront invités à s’exprimer, sous forme de mémoire ou de présentation verbale, débutera le 18 février, selon un horaire qui reste à confirmer.

Le rapport du BAPE devra être remis au ministère de l’Environnement au plus tard le 24 juillet 2020.

Outre sur le site web du BAPE, les documents en lien avec le mandat, dont les rapports sectoriels des ministères, sont aussi disponibles à bibliothèque d’Asbestos et à la bibliothèque du Cégep de Thetford.  Jacynthe Nadeau