Le gouvernement caquiste souhaite aller au bout de la problématique de la prostitution juvénile avec une commission spéciale formée de 13 députés provenant de tous les partis siégeant à l’Assemblée nationale.

Prostitution juvénile: des pistes de solution en 2020

Treize élus se mettent au travail pour tenter de freiner le phénomène de la prostitution juvénile au Québec. Une commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs a discrètement été créée vendredi, au dernier jour régulier de la session parlementaire. Ses recommandations sont attendues dans 18 mois.

Présidée par l’ex-policier et député caquiste Ian Lafrenière, cette commission aura pour mandat de comprendre comment des adolescentes (et adolescents) de 12 à 18 ans en viennent à se prostituer.

«Les filles travaillent entre cinq et six jours par semaine, font entre 5 et 10 clients par jour. Ce sont nos jeunes filles ici. Une fois malades ou mal en point, qu’est-ce qu’on fait? Bien, ce n’est pas compliqué, elles sont vendues. Vendues à un autre proxénète», décrit M. Lafrenière. 

Reprenant un cheval de bataille de sa collègue Lise Lavallée, M. Lafrenière a l’intention d’aller au bout de cette problématique, pour que des pistes de solution soient trouvées et soumises aux ministres concernés.

Une attention particulière sera portée à la problématique dans les communautés autochtones. La commission composée exclusivement d’élus examinera également toute forme d’exploitation sexuelle des mineurs, comme la traite, le tourisme sexuel, le leurre d’enfants sur Internet et la pornographie juvénile. 

Constituée de sept députés de la Coalition avenir Québec, de quatre députés du Parti libéral du Québec, d’un député du Parti québécois et d’un député de Québec solidaire, elle devra déposer un rapport d’ici la fin de la session parlementaire de l’automne 2020. Le député indépendant Guy Ouellette devrait également participer aux travaux. 

Ses recommandations arriveront sensiblement au même moment que celles de la commission spéciale sur la protection de la jeunesse, lancée il y a quelques semaines et présidée par Régine Laurent.

Problème de société 

Le député libéral Jean Rousselle réclame que les élus aillent «sur le terrain» afin de bien comprendre ce qui cloche. «C’est le problème de tout le monde, parce que tantôt, ça va être peut-être votre fille, votre petite-fille, mais peut-être votre voisine, peut-être une cousine, puis ça s’arrête où?»

Le député solidaire Alexandre Leduc croit que le Québec ne fait pas assez d’efforts pour «casser la demande» pour de jeunes prostituées. Selon lui, il faut sensibiliser les jeunes hommes à l’école, afin que «plus tard dans leur vie, ils n’aient pas l’occasion, ils n’aient pas envie d’acheter des adolescentes». 

La députée péquiste Méganne Perry Mélançon s’inquiète du fait que «la demande pour la prostitution juvénile est si forte dans les grands centres que des proxénètes viennent d’ailleurs pour s’enrichir chez nous». 

Partisanerie

L’accouchement de cette commission spéciale a été difficile à l’Assemblée nationale. Les députés de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral du Québec se sont mutuellement accusés au cours des dernières semaines de faire de la partisanerie dans ce dossier. 

Les discussions entourant le mandat de cette commission ont duré plusieurs mois. Vendredi, les libéraux ont tenté de faire en sorte que la commission accueille 17 membres au lieu de 13, ce qui a été rejeté par les caquistes, majoritaires. 

Les derniers échanges au Salon bleu démontrent toutefois que les députés qui siégeront sur la commission ont l’intention de mettre la partisanerie derrière eux, afin de se concentrer sur la mission à accomplir.