À mi-chemin d’un premier mandat à l’hôtel de ville, Évelyne Beaudin estime que la création du parti Sherbrooke Citoyen a été la meilleure décision politique qu’elle a prise.

Pour le pouvoir aux citoyens et la rigueur budgétaire

Il ne reste plus qu’un parti politique au conseil municipal de Sherbrooke, où Évelyne Beaudin est la seule élue de Sherbrooke Citoyen. À la mi-mandat, celle qui agit comme chef de l’opposition désignée juge qu’il faut travailler pour assainir les finances. À force de questions, de vidéos publiés en ligne, de rencontres d’information, Mme Beaudin estime avoir gagné dans la population les appuis qu’elle n’a pas ralliés auprès des autres conseillers.

La conseillère du district du Carrefour aura été à l’origine d’une mobilisation pour empêcher la vente du parc Willie-Bourassa-Auger dans Brompton. « Le parc, c’est un symbole de quelque chose qu’il ne faut pas faire du point de vue de l’environnement. C’est aussi la preuve qu’on peut s’appuyer sur la population pour faire bouger les choses, même s’il y avait consensus des autres élus à l’hôtel de ville. Ma vraie victoire, c’est d’avoir montré aux gens qu’ils ont un vrai pouvoir », dit-elle.

Si ses récriminations n’ont pas eu le même impact pour la taille du stationnement du projet Well Sud, Mme Beaudin croit tout de même que les élus seront vigilants lors de la construction d’autres structures semblables.

Elle considère en ce sens que les partis politiques sont pertinents en raison du travail effectué. « Le dossier du stationnement a demandé six mois de travail. Je n’aurais pas pu le faire seule. Dans la population, les gens ont bien vu ce que ça apportait. Créer le parti, c’est la meilleure décision que nous avons prise. »

Au centre de plusieurs débats houleux, notamment à propos d’un sondage qu’elle avait distribué aux fonctionnaires, Évelyne Beaudin rapporte avoir gagné en expérience pour gérer les dossiers. « Nous sommes rendus meilleurs pour voir dans chaque dossier le meilleur chemin pour le faire avancer. Des fois, j’ai l’impression d’être la seule indépendante autour de la table. Je vote sur les projets à leur mérite, sans autres considérations. »

Elle se sera attiré les foudres de ses collègues parce qu’elle s’intéressait à des dossiers à l’extérieur de son district. « C’est la vision des élus indépendants de penser qu’il faut se concentrer sur un district. Au parti, nous avons une vision globale. Ce n’est pas du chacun pour soi. Dans notre programme, il n’y a rien qui concerne un seul district. »

Pots cassés a réparer

Évelyne Beaudin refuse de s’accorder une note pour qualifier ses accomplissements, mais assure ne regretter aucune de ses décisions... sauf son vote pour le gel de taxes. « Maintenant que j’en connais les conséquences, je réalise que c’est une décision irresponsable. C’est de pelleter nos problèmes par en avant. Peu importe qui sera à la mairie en 2021, il y aura des pots cassés à réparer. Je vois difficilement comment on pourra réparer ça avant les prochaines élections. »

La chef intérimaire de Sherbrooke Citoyen ne donne pas de note au maire Steve Lussier non plus. « Pour sa présence sur le terrain, son contact avec les citoyens, sa note serait haute. Pour le leadership, ce serait plus faible. Il a une attitude positive en général, mais certains trouvent que c’est trop léger dans des situations difficiles. »

Évelyne Beaudin se défend d’ailleurs de vouloir ridiculiser le maire en ayant imprimé des t-shirts de son parti avec la mention « « Les dires disent » qu’on révise notre programme », une phrase surmontant une image de lunettes et d’une moustache. « Nous aimons ce que nous faisons. On ne voit pas pourquoi on se priverait de faire de l’humour. Ce n’est pas une attaque personnelle. »

Mme Beaudin continue par ailleurs de plaider pour une saine gestion des finances. « Il faut changer les choses. Nous sommes tout le temps en réaction. On dit oui à presque toutes les dépenses et à la fin de l’année, ça ne marche pas. Il faut mieux assumer notre responsabilité d’élu. Il nous faut une vision. En l’absence de vision, c’est difficile d’établir les priorités. Le vrai test du maire, c’est maintenant. Ce sera le troisième budget de quatre, cette année, et je vois mal comment ce sera autre chose qu’un échec. Il faut se pencher sur la diversification des revenus, sur la gestion des surplus. Ce n’est pas vrai qu’on peut donner plus de services sans que ça coûte plus cher. »

La conseillère ajoute trouver frustrante la réforme des arrondissements et la réduction du nombre d’élus. « C’est difficile d’avoir une vie équilibrée avec la quantité de travail... »

Enfin, Évelyne Beaudin sera-t-elle candidate à la mairie en 2021? « Ce qui est important, c’est que la vision de Sherbrooke Citoyen soit portée à l’hôtel de ville. Je n’ai jamais fermé la porte à rien, mais je ne suis pas en train d’annoncer rien. Nous ne savons pas ce qui se passera aux prochaines élections. »