Le premier ministre François Legault à son arrivée à sa conférence de presse sur la COVID-19, à Québec, mardi
Le premier ministre François Legault à son arrivée à sa conférence de presse sur la COVID-19, à Québec, mardi

«Pas le temps de pogner une punition niaiseuse»; plus faible hausse quotidienne de cas en 37 jours [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Moins de nouveaux décès, moins de nouveaux cas et bientôt plus de coiffeurs, de massothérapeutes, de camps de jour, de rassemblements. Mais «on doit jouer en équipe, insiste François Legault. Comme on le dirait au hockey, ce n’est pas le temps de pogner une punition niaiseuse, puis perdre le match!»

Avec 570 nouveaux cas de COVID-19 dépistés de lundi à mardi, le Québec n’avait pas connu 24 heures avec une aussi faible augmentation à ce chapitre depuis le 11 avril. Plus de cinq semaines. L’annonce de 51 nouveaux décès attribués au coronavirus se place au troisième rang des 36 derniers jours. Les trois journées les moins meurtrières durant cette période sont toutes récentes et survenues dans les cinq derniers jours.

«On reprend tranquillement le contrôle sur le virus, mais la partie n’est pas gagnée. Le virus, la COVID-19 est toujours là. Le virus rôde, puis pas juste à Montréal, partout au Québec. On est contents de déconfiner graduellement, mais, si le virus se propage, recommence à se propager trop rapidement, il va falloir remettre le Québec sur pause. On ne souhaite pas ça, personne. Pour éviter que ça arrive, il faut respecter les consignes», a insisté le premier ministre du Québec, mardi, lors de son habituel point de presse de 13h à Québec, en compagnie de la ministre de la Santé et du directeur national de santé publique.

Calendrier de déconfinement en chantier

Un calendrier de déconfinement progressif des commerces de soins et des rassemblements est en chantier, confirme M. Legault. Une annonce est prévue «dans les prochains jours». «Je vous demande d’être patients.»

En se présentant au micro, le premier ministre portait l’un des masques fabriqués par Paulette Vallée et Madeleine LeBel du Cercle de fermières Sainte-Monique Les Saules, à Québec. Le duo mère-fille a de plus équipé les policiers de la Sûreté du Québec servant de garde du corps au premier ministre ainsi que son cabinet avec un lot de 60 masques bleu marine.


« Le virus rôde, puis pas juste à Montréal, partout au Québec »
Le premier ministre François Legault

La petite affiche collée à la table de conférence aussi avait changé. Au traditionnel Québec.ca/coronavirus s’ajoutait l’adresse colcorona.net. De l’étude clinique réalisée à Montréal auprès des personnes qui ont la COVID-19 pour tester l’efficacité de la colchicine comme médicament. Travaux financés par le gouvernement du Québec.

3000 morts dans les centres pour aînés

Parmi les 3647 décès liés à la COVID-19 jusqu’ici, 3036 (83 %) de ces Québécois habitaient dans un centre pour personnes âgées, c’est-à-dire un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD, 2305), une résidence privée pour aînés (RPA, 643) ou une ressource intermédiaire (RI, 88).

Des lieux d’hébergement où le personnel continue à manquer, malgré le retour d’un peu plus de travailleurs chaque jour. Il y a peu, on dénombrait plus de 11 000 absences sur l’ensemble des quelque 280 000 employés du réseau de la santé québécois (voir tableau pour la répartition des travailleurs par métiers).

En ce moment, quelque 10 000 personnes recrutées par le site JeContribue et environ 1000 soldats de l’armée canadienne sont à pied d’œuvre dans les CHSLD du Québec, des «employés qui n’ont pas toutes les qualifications habituelles qu’on exige», indique le premier ministre. Une centaine de médecins spécialistes et omnipraticiens sont encore dans les CHSLD, alors que les chirurgies non essentielles reprennent dans les hôpitaux.

Parlant de travail d’équipe, M. Legault s’en est pris aux syndicats, mardi. D’abord à celui des infirmières, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) venue manifester devant son bureau de la colline parlementaire en matinée, afin de retrouver le droit aux vacances suspendu par l’arrêté ministériel du 21 mars.

«Ça me déçoit», a-t-il lancé, reliant l’intervention publique de la FIQ à la demande de baisse des ratios infirmières-patients.

Il s’est aussi arrêté au cas de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), qui annonçait mardi accéder aux demandes du premier ministre d’augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires de 12 %.

«Ça, c’est le bon côté de la nouvelle. Le mauvais côté de la nouvelle, c’est qu’on continue d’exiger qu’il y ait un effet de domino sur d’autres postes. Dans le fond, nous, ce qu’on veut, c’est des offres différenciées. Donc, on veut être capables qu’il n’y ait pas autant d’impacts sur les autres postes que ce que demandent les syndicats», a-t-il tenu à préciser.

«C’est un malicieux»

Le Québec compte 44 197 cas confirmés de COVID-19, dont 28 053 sont considérés comme encore actifs et au moins 12 497 comme rétablis, confirmation obtenue grâce à deux tests négatifs.

Le nombre d’hospitalisations, à 1784, et de patients aux soins intensifs, 180, continue de se maintenir.

«C’est clair que déconfiner entraîne un risque plus grand de virus qui se transmet», constate le directeur national de santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda. «Mais il n’y a pas eu de situation qui nous permet de dire qu’on a été hors contrôle.»

«Le déconfinement, à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal, fonctionne de la façon dont on s’y attendait. Déconfiner veut dire automatiquement une certaine transmission, mais on n’a pas eu de foyer important autre que ce qui est attendu.

«C’est important, par contre, même en région froide, de respecter les consignes. [...] Si vous êtes à risque, si vous avez des maladies chroniques, c’est important, encore plus, de respecter les consignes parce que c’est dans la communauté qu’il va finir par arriver. Il n’est pas disparu. Il est là, c’est un malicieux. Il rentre chez vous, puis vous ne le savez pas, puis vous êtes déjà en train de contaminer d’autres personnes.»

Par ailleurs, le premier ministre Legault a affirmé ne pas exclure de tenir une commission d’enquête sur la crise, comme en Ontario. Mais la forme n’a pas encore été établie. «Doug Ford a annoncé une commission d’enquête qui ne serait pas publique et dont les travaux commenceraient seulement au mois de septembre. Une fois qu’on va être en contrôle de la crise, après, on n’exclut rien. On va trouver une manière d’aller au fond des choses, voir ce qui est arrivé, mais sans non plus perdre du temps parce qu’il y a des solutions qu’on connaît déjà, qu’on veut appliquer au cours des prochains mois.»

M. Legault s’est aussi dit très heureux de voir la frontière canado-américaine demeurer fermée aux passages non essentiels jusqu’au 21 juin. Même que si ce n’était que de lui, il prolongerait déjà la fermeture d’un autre mois après ça, jusqu’au 21 juillet.