Le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, a déclaré récemment au cours d’une entrevue de fin d’année qu’il fallait en faire davantage pour favoriser la formation professionnelle afin de s’assurer que les gens qui ont de la difficulté à intégrer le marché du travail puissent avoir une véritable chance d’y arriver.

Ottawa craint que la technologie pousse des travailleurs «vulnérables» au chômage

OTTAWA — Craignant que les emplois exigeant des compétences technologiques poussent les travailleurs «vulnérables» hors du marché du travail et viennent alourdir les programmes de prestations d’aide du gouvernement, des responsables fédéraux cherchent discrètement des moyens de stimuler l’emploi chez les Autochtones, les nouveaux arrivants et les personnes handicapées, révèlent des documents internes du gouvernement.

Lors d’une présentation portant la mention «secrète» offerte l’an dernier aux plus hauts fonctionnaires de l’État, le gouvernement disait souhaiter trouver un moyen de briser les stéréotypes qui constituent des obstacles à l’emploi.

Par exemple, les documents soulignent que des employeurs sont souvent réticents à engager des personnes handicapées, croyant qu’il sera trop difficile d’adapter leur environnement de travail.

Augmenter le taux d’emploi d’à peine un pour cent dans chaque groupe de travailleurs dits «vulnérables» permettrait d’accroître l’économie du Canada d’environ un demi-point de pourcentage, selon les estimations du gouvernement. Un gain considérable alors que la croissance annuelle est d’environ deux pour cent.

De plus, comme l’omniprésence des nouvelles technologies force les entreprises à chercher de la main-d’oeuvre hautement qualifiée, et que bon nombre de travailleurs parmi ces groupes sont considérés comme peu qualifiés, les fonctionnaires craignent que l’évolution du marché du travail ne les condamne au chômage.

Le phénomène pourrait aussi faire mal à bon nombre de travailleurs qui occupent actuellement un emploi et qui pourraient éventuellement le perdre en raison du progrès technologique. Tout cela aurait pour conséquence d’augmenter le nombre de prestataires des programmes de revenus de soutien et de grever les finances fédérales.

«L’imprévisibilité de la nature changeante du marché du travail et les pressions démographiques pourraient exacerber les vulnérabilités et faire basculer, parmi les groupes vulnérables, ceux qui se trouvent tout juste sur le seuil», prévient le document.

La Presse canadienne a obtenu ces documents en vertu de la Loi sur l’accès à l’information alors que le gouvernement libéral parle déjà publiquement de se servir du budget 2019, le dernier avant l’élection générale, pour stimuler la formation technique.

Une façon de faire obsolète

Le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, a déclaré récemment au cours d’une entrevue de fin d’année qu’il fallait en faire davantage pour favoriser la formation professionnelle afin de s’assurer que les gens qui ont de la difficulté à intégrer le marché du travail puissent avoir une véritable chance d’y arriver.

Le gouvernement procède actuellement à une vaste évaluation de ses programmes de formation professionnelle et technique.

Les documents du ministère des Finances au sujet de la révision en cours indiquent que, par exemple, les programmes de formation au Canada ciblent d’abord les besoins immédiats des travailleurs qui viennent de perdre leur emploi.

Mais l’évolution des nouvelles technologies a rendu cette façon de faire obsolète. Au lieu de trouver un nouvel employeur qui va embaucher la personne pour effectuer le même type de travail, il faudrait plutôt permettre à l’individu d’acquérir de nouvelles compétences lui permettant de réintégrer le marché du travail à long terme. La révision cherche justement à déterminer «la pertinence des programmes actuels et où devraient être consacrés les futurs investissements».

En s’intéressant particulièrement aux personnes peu qualifiées, qui n’ont généralement pas d’éducation postsecondaire, ce sont 128 000 travailleurs de plus qui pourraient intégrer le marché du travail si leur taux d’emploi augmentait de seulement un pour cent. L’économie canadienne gagnerait du même coup un bonus de croissance de 0,4 pour cent, prédisent les fonctionnaires fédéraux.

Si l’on s’attarde uniquement à la situation des nouveaux arrivants, une augmentation du taux d’emploi des immigrants d’un pour cent permettrait d’ajouter 9500 travailleurs et 0,03 pour cent au produit intérieur brut du pays. Des chiffres semblables s’appliquent aux Premières Nations.

Pour ce qui est des personnes handicapées, une hausse de l’emploi d’un pour cent représenterait 23 400 nouveaux travailleurs et une croissance économique additionnelle de 0,07 pour cent.