Soulevant des gants de boxe pour montrer qu’il est prêt en vue du prochain rendez-vous électoral, le chef du Parti libéral et premier ministre du Québec Philippe Couillard a lancé un message aux anglophones, mentionnant que leur voix était présente au gouvernement.

Offensive de charme envers les anglophones

L’offensive de charme du Parti libéral du Québec en direction de la communauté anglophone québécoise a été officialisée comme le souhaitaient les ténors de la formation.

La résolution de la Commission politique du PLQ demandant au gouvernement d’évaluer l’impact «de tout nouveau projet de loi ou règlement» sur les citoyens d’expression anglaise a été adoptée samedi par les délégués du «33e congrès des membres».

Déjà, vendredi soir, dans son discours aux militants, le chef libéral, Philippe Couillard, avait lancé un message appuyé aux anglophones québécois. «Votre voix est au gouvernement», avait-il déclaré en songeant à la ministre Kathleen Weil, qui pilote désormais le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise.

Samedi, avant le vote sur la résolution portant sur cette «clause d’impact», Mme Weil avait jugé important qu’elle soit adoptée. Elle a noté que le sentiment d’appartenance au Québec chez les anglophones est «faible» dans certaines régions. Particulièrement en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, où beaucoup vivent un grand sentiment d’isolement, mais également dans le Bas-Saint-Laurent et même en Estrie. Mme Weil a évoqué les personnes âgées.

Représentant une circonscription de l’ouest de l’île de Montréal, le ministre Carlos Leitão ne perçoit pas, lui, de «sentiment de non-appartenance». Rappelant être venu en politique parce qu’il avait été «interpellé» par la charte «soi-disant des valeurs» du gouvernement Marois, il a par contre dit sentir un désir des anglophones québécois «d’avoir leur voix à Québec et au gouvernement». 

Les délégués ont aussi voté en faveur d’une «stratégie pour mieux intégrer les citoyens d’expression anglaise au marché du travail».

Deux axes ont été proposés : celui de «mettre à contribution les professionnels du secteur des ressources humaines dans la recherche de solutions» et celui de «développer un programme d’accompagnement pour permettre aux citoyens d’expression anglaise d’améliorer leur maitrise du français tout en travaillant».

Tensions

Une résolution proposant que «la communication entre les employés du gouvernement et les citoyens» se déroule en français ou en anglais, selon le choix de ces derniers, a donné lieu à de très vives discussions et à quelques tensions avant d’être retirée. En l’adoptant, «on pousserait le bouchon un peu haut», a laissé tomber le délégué Pierre Bouillon lors du débat. 

«Nous vivons dans une société bilingue», a fait valoir un militant en anglais. «On ne doit pas aller là maintenant», lui a répondu une autre militante, également en anglais.

Un délégué de Louis-Hébert a eu ce cri du cœur : «Nous sommes dans une province française.»

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LA RÉSOLUTION DU «18 ans» BATTUE

Les militants libéraux rejettent l’idée de forcer les jeunes à rester à l’école jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un premier diplôme. 

Après un débat émotif, un vote serré a mené au rejet de la proposition visant à faire passer l’âge de l’instruction obligatoire de 16 à 18 ans. En atelier, des militants sont venus raconter l’histoire de leurs proches qui n’aiment pas l’école et qui veulent suivre une autre voie. «Quand le jeune est écoeuré, il est écoeuré», a lancé l’un des participants. 

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’était pourtant présenté au micro pour soutenir cette proposition, en insistant sur une offre de formation adaptée aux besoins des élèves à partir de 16 ans.

«Le modèle qui n’a pas fonctionné, ils ne veulent pas le voir se reproduire», a réagi M. Proulx après la décision des membres du parti. Selon lui, il ne faut pas obliger l’adolescent à rester à l’école «coûte que coûte», mais agir «en amont» pour qu’il garde le goût d’apprendre.

Autres décisions

Voici d’autres décisions prises par les militants, samedi :

• Mise en place d’un recours civil accéléré pour les victimes d’agression sexuelle. Certains délégués étaient contre le fait de donner priorité à ce type de crime, mais la majorité a estimé que les agresseurs sexuels ne sont pas suffisamment sanctionnés actuellement. 

• Rendre «les gestionnaires de programmes gouvernementaux responsables de l’atteinte des objectifs de performance de ces programmes et de la qualité des services offerts, et ce, en récompensant les performances et en pénalisant les contre-performances»;

• Rendre «les fonctionnaires davantage comptables de leurs actes auprès des citoyens, et ce, en mettant sur pied un conseil de discipline de la fonction publique»;

• «Déployer des mesures favorisant la prise en charge de l’immigration aux niveaux local et régional, et ce, en s’assurant, entre autres, qu’un guichet unique devienne un point d’accès à l’information sur les emplois en région.»

L’ex-députée Nathalie Rocherfort a exprimé son vif mécontentement lorsque les délégués ont rejeté une proposition demandant de créer une agence gouvernementale pour coordonner les services des différents ordres de gouvernement lors de catastrophes naturelles.  Avec Patricia Cloutier