Le directeur de cabinet de Steve Lussier, Daniel Bergeron, a quitté ses fonctions mardi. Sur cette photo prise en cours de campagne électorale, il est ici entouré, à gauche, d’André Castonguay, et à droite, de Carol Boulet et Claude LeBlanc.

Lussier se sépare de son directeur de cabinet

Le maire Steve Lussier s’est séparé de son directeur de cabinet, Daniel Bergeron, en fin de journée mardi. L’annonce a été faite dans un court communiqué expédié en début de soirée.

M. Lussier évoque une divergence de valeurs pour expliquer ce changement de cap. Sylvain Vessiot, actuel attaché politique, occupera les fonctions de directeur de cabinet par intérim. M. Bergeron occupait ses fonctions depuis le 13 novembre et était présent au conseil municipal lundi. Il n’avait pas signé de contrat avec la Ville de Sherbrooke. Steve Lussier s’est refusé à tout commentaire sur le sujet mardi soir mais indique que les dossiers en cours ne subiront aucun retard.
Plus tôt en journée, La Tribune avait appris que Daniel Bergeron avait invité un citoyen à « pistonner » la conseillère Évelyne Beaudin avec une question embarrassante lors de la période de questions à l’hôtel de ville. C’est la teneur d’un message texte acheminé au citoyen Pascal Cyr, qui a déploré la manœuvre sur Facebook.
« Il y a quelque temps, on m’a demandé de me rendre à la séance publique du conseil municipal afin de poser une question embarrassante à Mme Évelyne Beaudin, conseillère municipale. Je ne suis pas favorable avec ses demandes actuelles, mais je ne fais pas dans " la job de bras " », a publié M. Cyr sur Facebook.
Le message texte en question, dont La Tribune a obtenu copie, et qui provenait du numéro de cellulaire de M. Bergeron, se lit comme suit : « Pourrais-tu venir au Conseil (sic) lundi pour pistonner Évelyne Beaudin sur son 333’000 $ avec une question embarrassante? »
« J’ai trouvé la demande insultante », rapporte M. Cyr.
En après-midi, Évelyne Beaudin qualifiait quant à elle ces propos d’inacceptables. « Je suis supposée travailler avec cette équipe-là pendant quatre ans. Je n’ai plus aucune confiance en cette personne-là. On se fait dire depuis le début qu’il faut travailler en harmonie au conseil. J’espère que le maire n’est pas au courant des manigances de son directeur de cabinet. Je me demande aussi la confiance que les autres membres du conseil auront sachant qu’ils peuvent se faire poignarder dans le dos par le directeur du cabinet. La politique est une question de confiance. »
Mme Beaudin estimait que ce comportement alimente le cynisme de la population et prouve l’importance de la diversité des points de vue.
Le maire Steve Lussier disait ne pas être au courant de la demande formulée par son directeur de cabinet. « J’aimerais que Mme Beaudin sache que ça ne vient pas de moi. Je n’ai pas besoin de ça dans ma vie. » En fin d’après-midi, M. Lussier n’a jamais évoqué le départ de Daniel Bergeron.
En soirée, Évelyne Beaudin confirmait avoir reçu un appel du maire, qui lui présentait ses excuses pour le comportement de son ex-directeur de cabinet. Elle voyait un lien direct entre le message texte et la réorganisation annoncée. « Il voulait m’aviser en personne. Je salue son geste. Je pense que c’est la décision responsable en droite ligne avec les valeurs qu’il prône. Je suis convaincue qu’il n’avait rien à voir là-dedans. »
Tempête dans un verre d’eau
Daniel Bergeron rapporte que son rôle de directeur de cabinet était temporaire et qu’il était difficile pour lui d’être présent physiquement aux séances du conseil le lundi soir. Il retourne maintenant auprès de ses enfants en plus de s’occuper des ses entreprises. Quant aux demandes d’Évelyne Beaudin, il mentionne avoir entendu plusieurs commentaires déplorant sa volonté de former un cabinet. « Je disais aux sympathisants qu’ils pouvaient venir donner leur opinion au conseil. Mon rôle n’était pas de les empêcher de s’exprimer. C’était tout à fait démocratique. Ce n’était pas un drame que je parle à M. Cyr pour connaître son opinion. »
M. Bergeron considère cet épisode comme une tempête dans un verre d’eau. « Mme Beaudin s’accorde du crédit là-dedans, mais je vais laisser les gens faire de la politique. »
En journée, le conseiller Vincent Boutin trouvait dommage qu’on prône un discours d’ouverture alors qu’on donne des « jambettes par en arrière ». « Pour le climat de confiance, ça part mal. Si ça ne vient pas de M. Lussier, c’est tant mieux, mais c’est au général de s’assurer que les soldats de son armée marchent à l’unisson. Même s’il s’excuse, la responsabilité lui revient. Ça ne changera pas ma façon de vouloir faire avancer les dossiers. »
Rémi Demers se montrait pour sa part étonné. « Je ne sais pas quoi dire. Ce n’est pas ce qu’on souhaite. Je ne veux pas lancer la pierre alors que je n’ai pas l’ensemble du portrait. »
Marc Denault, lui, croit que ce genre de pratique s’est vue dans d’autres administrations. « Ça fait partie de la politique, mais en tant qu’élu, je n’ai pas eu de commandes et je fais des commentaires librement, sans contrainte. Connaissant Mme Beaudin, elle ne changera pas d’idée et respectera les idées de son parti. »
Le citoyen Jean-Luc Lepitre, qui a déploré la demande budgétaire d’Évelyne Beaudin lundi au conseil municipal, rapporte que son intervention n’était pas commandée. « Je n’ai jamais entendu parler de ça. Je ne connais pas M. le maire. »
Daniel Bergeron a par ailleurs commenté les programmes d’aide pour la presse écrite dévoilés par le gouvernement provincial lundi. Sur Facebook, il a qualifié ces programmes de « conneries » et de « vol de fonds publics ». « Sont déjà tous en ligne et prêts. Tout ça est du vol! ». « Vos patrons vous mènent en bateau si vous croyez qu’ils ont besoin de subventions », répondait-il aux journalistes qui l’interpellaient.
Steve Lussier a mentionné qu’il ne « partage pas du tout » l’opinion de M. Bergeron sur la question.