Le patron de l’Unité permanente anticorruption, Robert Lafrenière

L’UPAC pourrait procéder à des arrestations durant la campagne

Le patron de l’Unité permanente anticorruption, Robert Lafrenière, change d’avis et suggère désormais que l’UPAC pourrait procéder à des arrestations durant la campagne électorale, qui aura lieu à l’automne.

Pourtant, en décembre 2017, M. Lafrenière avait dit complètement l’inverse. Il expliquait alors ne pas vouloir intervenir dans le processus démocratique. 

Or mardi, à l’occasion de l’étude des crédits du ministère de la Sécurité publique, le grand patron de l’UPAC a changé son fusil d’épaule et indique maintenant que l’Unité permanente anticorruption poursuivra son travail et que «c’est l’application de la loi qui va primer». 

Questionné à ce sujet par le député péquiste Stéphane Bergeron, M. Lafrenière a dit que s’il y avait des risques de «perdre de la preuve», l’UPAC allait procéder à des perquisitions ou des arrestations, campagne électorale ou pas. 

Le commissaire a néanmoins expliqué qu’il allait s’assurer que l’UPAC ne serve pas de levier politique durant le déroulement de l’exercice démocratique. 

«J’ai peut-être poussé le bouchon un peu loin», a également convenu M. Lafrenière, au sujet d’une déclaration qui remonte à mai 2017, lorsqu’il avait dit qu’il «en avait rien à cirer de l’agenda politique». M. Lafrenière avait tenu ces paroles lors de l’arrestation de Nathalie Normandeau, le jour du budget en 2015. 

«Je suis, comme tous les Québécois, impatient, après près de sept années d’existence de l’UPAC, à ce qu’il y ait des conclusions à des enquêtes au long court sur l’ancien premier ministre libéral [Jean Charest] et son ancien responsable financier [Marc Bibeau]», a commenté le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. 

«Ma crainte, c’est qu’on va arriver aux élections, sans que les Québécois sachent qu’elle est la nature des vraies accusations qui sont portées», a-t-il poursuivi. 

M. Lisée a par ailleurs indiqué qu’un gouvernement péquiste ne renouvellerait pas le mandat du commissaire, Robert Lafrenière. «Il faut un nouveau pilote dans l’avion», a maintenu M. Lisée. 

François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, a dit que «c’était une bonne chose» que l’UPAC puisse procéder à des arrestations durant la campagne électorale. 

«Évidemment on souhaite avoir les conclusions le plus vite possible, on espère que ce soit avant, mais si c’est pendant je pense qu’on doit faire en sorte de ne pas arrêter les enquêtes», a avancé M. Legault.

Le chef caquiste ne s’inquiète pas que des arrestations puissent entraver l’exercice démocratique et a réitéré sa confiance envers l’actuel patron de l’UPAC. Il a maintenu qu’un gouvernement formé par son parti instaurerait un vote au deux tiers pour déterminer le prochain commissaire de l’Unité anticorruption. 

Arrêter «le bandit»

Le député de Beauce-Nord, André Spénard, a talonné le commissaire sur l’enquête Mâchurer qui piétine, juge-t-il. M. Lafrenière avait déclaré, au mois de mai 2017, qu’il mettrait la main au collet du «bandit» à l’origine des fuites sur l’enquête qui cherche à faire la lumière sur le financement du Parti libéral du Québec. 

L’enquête n’est pas terminée, a répondu M. Lafrenière, si bien qu’il ne peut répondre si le «bandit» a été arrêté.

Le député caquiste a aussi rappelé le suspense qui persiste dans l’enquête sur la Société des infrastructure du Québec. «Est-ce normal, après trois ans, qu’il n’y ait pas d’accusations qui sont déposées au Directeur des poursuites criminelles et pénales?» a interrogé M. Spénard. «Tout crime économique, c’est souvent long et compliqué», a conclu M. Lafrenière, ajoutant que l’enquête suivait son cours.