La conseillère de Sherbrooke Citoyen, Évelyne Beaudin, entourée des représentants des oppositions des grandes villes du Québec, a lu une déclaration pour demander au futur gouvernement provincial de revoir la Loi sur les cités et villes.

Les oppositions municipales réclament des changements à la loi

Les oppositions officielles de villes de 100 000 habitants et plus, à l’exception de Montréal, demandent des changements à la Loi sur les cités et villes pour permettre une « meilleure représentation démocratique des oppositions municipales ». Elles réclament entre autres l’accès au conseil municipal et aux comités pour les employés de leurs cabinets, l’application du principe de colistier et l’autonomie dans la gestion de leur budget.

Outre Sherbrooke Citoyen, les partis Québec 21, Longueuil Citoyen, Option Longueuil, Générations Terrebonne, Nouvel Élan Terrebonne et Parti Laval étaient représentés lors d’une rencontre tenue à Sherbrooke vendredi. Démocratie Québec appuie aussi la déclaration. La conseillère de Sherbrooke Citoyen Évelyne Beaudin a lu une déclaration commune.

« Les entraves au travail des oppositions municipales sont aujourd’hui nombreuses et variées : exclusion du personnel politique des réunions préparatoires du conseil, exclusion des oppositions des comités de la Ville, imposition de règles arbitraires dans l’utilisation des budgets du cabinet et difficultés variables dans l’accès à l’information », a dit Mme Beaudin.

Elle souligne que les améliorations réclamées ne coûteraient rien aux contribuables. Les demandes incluent aussi l’obligation des municipalités à fournir des locaux adéquats aux employés des cabinets, un accès équitable aux documents et aux services de la ville, que la loi facilite une composition multipartite des comités de la Ville et la reconnaissance des oppositions municipales et l’égalité des cabinets politiques.

À Terrebonne, l’opposition n’est pas invitée au sein des commissions, qui agissent à titre de comités, indique Marc-André Michaud, de Générations Terrebonne.

« Nous avons tous été élus pour faire le même travail. Pourquoi il y aurait deux classes d’élus? », demande Xavier Léger, de Longueuil Citoyen.

Jean-François Gosselin, de Québec 21, déplore la difficulté d’accès à l’information à Québec. « Il faut souvent passer par des demandes d’accès à l’information, subir les délais, et c’est arrivé à quelques reprises que la direction générale nous refuse de l’information, mais que nous l’avons lue dans les médias quelques heures plus tard. » Il cite le salaire du directeur général nouvellement embauché, qu’on aurait refusé de divulguer à Québec 21 avant la séance du conseil municipal.

« Nous avons eu l’information en lisant un article du Journal de Québec. »

M. Gosselin estime que la population souhaite une opposition. « Les gens me disent qu’ils sont contents que je sois là pour questionner le maire, le défier, le remettre à sa place dans ses dépenses folles. [...] C’est vrai que les gens ont voté pour M. [Régis] Labeaume comme maire, mais ils ont aussi voté pour qu’il y ait un chef de l’opposition. J’ai reçu 56 000 votes à la mairie. Les gens voulaient de l’opposition. Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir les mêmes outils que la mairie pour faire notre travail. »

Michel Trottier, du Parti Laval, continue pour sa part d’agir comme chef de l’opposition sans siéger au conseil municipal à Laval. Il est à tout le moins membre du cabinet de l’opposition.

« Le gouvernement du Québec a reconnu les municipalités comme des gouvernements de proximité, mais pour le moment, il n’y a pas de soutien de l’opposition. Il n’y a pas de contre-pouvoir. [...] À Laval, pendant 25 ans, nous avons eu une personne qui a régné sans opposition et ç’a permis les dérapages dont nous avons tous entendu parler au Québec. Les oppositions structurées mettent un pare-feu aux possibles dérapages. C’est très sain pour notre démocratie. »

M. Trottier souligne qu’il revient aux maires, à l’heure actuelle, de décider s’il est possible de faire appel à un colistier. « Il n’y a pas un maire qui va voter pour avoir son opposant dans la face pendant quatre ans. Ça devient arbitraire et ce n’est pas acceptable. »

Il convient qu’il faut travailler pour que le terme opposition soit aussi perçu comme quelque chose de productif et de constructif aux yeux de la population. M. Trottier ajoute que selon lui, la loi devrait outiller tous les élus pour qu’ils puissent faire leur travail correctement.

Évelyne Beaudin précise que les citoyens, les groupes de pression et les élus indépendants peuvent aussi représenter une forme d’opposition. « La différence c’est d’avoir une opposition à l’hôtel de ville, structurée, qui a les moyens de jouer un rôle de contrepoids directement dans l’enceinte de l’hôtel de ville. Tout ce qu’il faut faire, c’est réclamer ce droit-là en ayant au moins un élu et en ayant récolté au moins 20 % des suffrages. »

Les oppositions se regroupent

La chef du Nouvel Élan de Terrebonne a profité de son passage à Sherbrooke, vendredi, pour annoncer la création de l’Association des oppositions municipales du Québec (AOMQ). Valérie Quévillon veut ainsi lutter contre la marginalisation des conseillers d’opposition dans toutes les villes du Québec.

« Avec notre vécu depuis les élections, nous avons découvert qu’il n’y a pas beaucoup de lois qui nous entourent. Les gens sont intimidés. On vit beaucoup de choses. Il faut pouvoir encadrer les gens et faire valoir la démocratie. À Terrebonne, il y avait plus de votes pour l’opposition que pour les gens à la mairie, donc il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec ce qui se fait à la mairie. En ce moment, c’est comme si ces personnes étaient inexistantes parce que les maires prennent le monopole », dit Mme Quévillon.

« Nous voulons redonner la noblesse à l’opposition. Nous voulons soutenir les oppositions. Les gens nous disent qu’ils sont au bout du rouleau pour représenter leurs citoyens. Nous voulons éventuellement offrir un soutien psychologique aux élus. »

L’AOMQ veut exiger du prochain gouvernement qu’il améliore le sort des oppositions et qu’il créer un réseau de ressources pour les élus qui se retrouvent souvent seuls face à l’équipe au pouvoir.

Le Renouveau sherbrookois absent

Le chef du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, brillait par son absence au rassemblement des oppositions municipales du Québec. M. Boutin, qui n’a jamais réclamé le titre d’opposition officielle, rapporte qu’il se trouvait dans une activité relative à son district.

« On ne peut pas être contre la vertu. Il y a des principes dans la déclaration commune qui sont louables. Ceci étant dit, à Sherbrooke, je pense que la situation est bonne. En tant que membre d’un parti, je ne me sens pas lésé dans mon travail ou dans ma capacité à accéder à de l’information. Je peux toutefois comprendre que d’autres villes au Québec vivent des problèmes », commente M. Boutin.

Le chef du Renouveau sherbrookois n’approuve pas par exemple le principe du colistier, qui permettrait à un candidat défait à la mairie de siéger comme conseiller dans un district où son parti aurait obtenu la majorité des voix. « Quand on décide de se présenter à la mairie, c’est une grosse décision. Tu le fais parce que tu es convaincu que tu veux y aller à 100 %. Cette espèce de porte de sortie dénaturerait la décision. »

Vincent Boutin confirme qu’il ne demandera pas de budget pour se constituer un cabinet en 2019. « Je ne sens pas le besoin d’avoir des employés payés par la Ville pour faire avancer mes dossiers. Les indépendants sont capables de faire le même travail sans ce budget. »