Les Jeux de la Francophonie, une patate chaude pour Ottawa

Le dossier des Jeux de la Francophonie est comme une patate chaude, affirme le politologue de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Emmanuel Choquette. Encore plus pour Ottawa, qui cherche à défendre sa crédibilité et son leadership au sein de la francophonie. Selon lui, même si la candidature de Sherbrooke devrait être déposée par Québec, c’est le gouvernement fédéral qui a le plus à perdre si un autre pays obtient l’organisation de l’événement.

« Au moment où on se parle, les décisions ne sont pas vraiment prises. On nage dans le flou. Le maire ne veut pas trop se mouiller d’un côté ou de l’autre. Je ne suis pas convaincu que la Coalition avenir Québec est très chaude à l’idée d’investir là-dedans. Étant donné le flou, ça crée un vide dont les oppositions profitent. À Sherbrooke, certains ont parlé de manque de leadership du maire Steve Lussier, mais il peut s’agir d’une volonté de prendre du recul. Sauf que tant qu’on tergiverse, il prête le flanc à la critique », résume M. Choquette.

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Selon le politologue, l’opposition sherbrookoise joue très bien son rôle en exerçant de la pression pour que les choses avancent.

Jusqu’à maintenant, l’enthousiasme le plus patent est venu des ministres Mélanie Joly et Marie-Claude Bibeau, du gouvernement fédéral. Celui-ci propose d’investir 50 pour cent du montant dépensé pour l’obtention des jeux. Le gouvernement de François Legault limiterait sa contribution à 17 M$ alors que Sherbrooke refuse que sa facture dépasse 5,5 M$. La part du fédéral, pour le moment, s’élèverait donc à 22,5 M$. Toutefois, le budget nécessaire à la présentation des Jeux de la Francophonie pourrait osciller entre 52 et 84 M$.

« À mon avis, les regards sont dirigés vers le fédéral. Le Québec a véritablement une voix au sein de la francophonie, mais elle est souvent associée à celle du Canada. C’est le Canada l’ultime représentant dans ce dossier, comme membre de la francophonie. Sherbrooke a à gagner en matière de rayonnement, mais si elle refuse de tenir les jeux, à l’international, c’est l’image du Canada qui sera entachée. »

Le dossier des Jeux de la Francophonie est comme une patate chaude, affirme le politologue de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Emmanuel Choquette.

En position de faiblesse

Emmanuel Choquette hésite à se montrer convaincu qu’il s’agit là d’un outil de négociation pour le gouvernement provincial, qui souhaiterait que la part du fédéral soit plus importante. « Mais Québec a un peu un avantage parce que le gouvernement de M. Legault est nouvellement élu. Il n’a certainement pas été élu pour organiser des jeux, mais plutôt pour minimiser les dépenses. Québec pourrait être en position de force alors que le fédéral entrera en élections bientôt. On ne peut pas dire que Justin Trudeau baigne dans une image positive pour sa gestion gouvernementale en ce moment. Le fédéral a une faiblesse sur laquelle peut jouer le provincial. »

Pour le politologue, Sherbrooke et Québec n’ont rien à perdre sur le plan de l’image. « À Québec et à Sherbrooke, on semble faire le calcul que le dossier apporterait des retombées, mais que de ne pas investir est plus responsable. On envoie un signal de gestion responsable des fonds publics. C’est une réaction presque normale, puisque ce n’est pas quelque chose qui consolide la base électorale provinciale ou municipale. »

Doit-on penser qu’on souhaite presque un adversaire pour Sherbrooke et le Québec? « Je ne sais pas, mais je serais très surpris que Québec ne souhaite pas organiser les jeux, parce que ça lui permettrait de se positionner comme leader dans la francophonie. Mais à cause des impacts nébuleux, il y a une hésitation. Pour un État non indépendant, c’est une occasion de s’affirmer auprès d’une association internationale. »

À noter que Sherbrooke pourrait obtenir le cahier des charges des Jeux de la Francophonie dès l’ouverture de l’appel de candidatures, le 1er mars. Dans la préparation de son dossier en 2015, la Ville s’était néanmoins basée sur les données provenant des Jeux de Nice de 2013 et elle estime que les ajustements à apporter à son dossier seront mineurs.

Enfin, La Tribune a obtenu la confirmation que les ministres de la Francophonie Nadine Girault et Mélanie Joly doivent se parler à nouveau dans les prochains jours.