Rémi Demers

Les indépendants interpellent le ministre Coiteux

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, les douze conseillers indépendants et deux conseillers d’arrondissement demandent au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, de revoir les règles et les modalités du financement et des allocations des élus municipaux.

Les élus indépendants ont cosigné une lettre destinée à M. Coiteux. Dans le document obtenu par La Tribune, il est indiqué que « les règles actuelles d’allocation et de financement créent deux classes d’élus municipaux, ceux en mesure d’analyser plus en profondeur des dossiers multiples et de mieux véhiculer leur point de vue auprès des citoyens et les autres. Ce n’est certes pas ainsi que l’on sera en mesure de redynamiser la vie démocratique locale et d’augmenter la participation des citoyens aux élections municipales ».

Rappelons qu’Évelyne Beaudin, la seule élue du parti Sherbrooke Citoyen, a droit à un budget de 333 000 $ pour l’organisation politique. La conseillère municipale a réclamé 160 000 $ en 2018, une aberration pour plusieurs conseillers municipaux. Les collègues de Mme Beaudin, eux, disposent d’environ 19 000 $ chacun, selon la lettre.

Steve Lussier a refusé de commenter le dossier.

Boutin pas au courant

De son côté, le seul autre conseiller municipal membre d’un parti, Vincent Boutin, n’avait pas été avisé de la démarche de ses collègues. « Je pense que tout le conseil municipal aurait dû être au courant. Ce n’est pas une lettre qui aurait dû émaner du bureau de la mairie. J’ai un malaise avec ça. Il n’y a pas eu de vote sur cette position-là », affirme le représentant du Renouveau sherbrookois, qui aurait pu à ce titre se prévaloir de la même disposition légale que Mme Beaudin, mais qui a choisi de ne pas le faire.

Selon lui, le budget accordé à un parti est nécessaire. « Être membre d’un parti politique amène son lot de responsabilités, a commenté M. Boutin. Ce budget n’est pas pour un élu, c’est un budget pour un parti politique. C’est pour pouvoir amener un contrepoids et pour pouvoir jouer une position d’opposition ou de chien de garde. Ce qui m’a agacé, c’est que je n’en aie jamais entendu parler. J’ai un malaise pour ce qui est du processus. »

Par contre, M. Boutin tenait à relativiser les choses. « Bien que je sois en faveur des fondements qui justifient le budget de cabinet, je ne suis pas contre l’idée de remettre en question les montants et les critères d’admissibilité », analyse-t-il.

Iniquité

L’un des signataires, le conseiller Rémi Demers, pense que la lettre n’est qu’une suite logique à toutes les démarches qui ont déjà été entreprises. « C’était pour dénoncer l’iniquité dans une démarche très cohérente à celles qu’on a faites dans le passé. On voulait mettre en lumière la situation qui se passe à Sherbrooke pour réévaluer cette iniquité-là. C’est illogique qu’une conseillère municipale puisse avoir 160 000 $ », exprime-t-il.

« La situation aurait été très différente si le parti avait eu plus d’élus, ajoute-t-il. Au-delà de ça, il faut qu’il y ait de la place pour les conseillers indépendants. Je trouve qu’on bénéficie d’un budget suffisant. Je n’ai jamais utilisé tout le budget », a-t-il rappelé.

Le nombre de signataires donne du poids à la lettre, pense M. Demers. « Je me réjouis que ce soit la totalité des indépendants qui aient signé la lettre. Le fait que les indépendants soient unanimes est significatif et met un poids intéressant à notre démarche, selon moi », affirme-t-il, espérant une réponse avant les élections provinciales qui auront lieu en octobre.

Évelyne Beaudin se défend

La conseillère municipale membre de Sherbrooke Citoyen Évelyne Beaudin défend son droit d’utiliser les 160 000 $ qu’elle a réclamés pour son parti. Selon elle, un élu membre d’un parti a plus de responsabilités qu’un élu indépendant.

Mme Beaudin n’a pas eu l’occasion de lire la lettre cosignée par ses 15 collègues indépendants du conseil municipal. « Je n’ai pas vu la lettre. C’est ce que je déplore. Pour moi, c’est quelque chose qui doit être exécuté de manière non partisane. J’aurais préféré que ce soit une résolution du conseil. J’ai dit que j’étais ouverte à ce qu’on se questionne autour de la table par rapport à l’équité. Je trouve ça dommage d’avoir été exclue du processus », exprime-t-elle.

Évelyne Beaudin

Mme Beaudin pense qu’elle pourrait apporter un bon point de vue. « Les gens ne réalisent pas que je peux être une alliée dans ce dossier, déplore-t-elle. Je n’aurais pas eu de problème à donner mon appui à ce que l’on réfléchisse à l’équité tout le monde ensemble. »

Par ailleurs, siéger pour un parti est plus compliqué que d’occuper un poste de conseiller indépendant, croit-elle. « Ce n’est pas vrai que c’est la même chose de siéger comme indépendant et de le faire au sein d’un parti politique, assure Mme Beaudin, qui a connu les deux côtés de la médaille. Les avantages qui viennent avec un parti politique viennent avec des efforts. Ce n’est pas si évident que ça de faire les démarches avec le directeur général des élections. Il faut toujours avoir un minimum de membres à jour et il faut souvent envoyer notre liste au directeur général. Ça demande de l’organisation. »

« Les membres ne tombent pas du ciel, poursuit-elle. Il faut aller chercher des gens et les intéresser. Il faut aussi aller chercher les candidats, les convaincre de mettre leur tête sur le billot au nom de leurs convictions, qui sont communes. Dans un parti, comme on est plusieurs à se pencher sur la question municipale, selon moi, ça fait un programme beaucoup plus détaillé. »

Selon Mme Beaudin, Québec a compris cette subtilité lorsqu’il a mis en place la loi. « Les législateurs ont prévu du personnel politique pour un représentant de parti, car ils savent que la tâche est supplémentaire à cause des exigences politiques de la vie de parti », résume-t-elle. 

Sherbrooke Citoyen veut rester dans la vie des gens

Les membres de Sherbrooke Citoyen se sont réunis samedi afin d’adopter leur budget et de déterminer le plan d’action du parti pour l’année. L’objectif est de faire avancer les dossiers de Sherbrooke, notamment pour ce qui est du transport en commun.

La cheffe du parti, Hélène Pigot, aimerait que les citoyens s’imaginent leur ville s’ils élisaient Sherbrooke Citoyen. « On veut proposer des actions qui démontrent que Sherbrooke Citoyen pose toujours des questions pertinentes par rapport à l’actualité municipale. On voudrait trouver une façon de montrer aux Sherbrookois comment ce serait d’élire Sherbrooke Citoyen », affirme-t-elle.

Les dossiers qui sont en cours seront scrutés de près par l’exécutif de Sherbrooke Citoyen. Le projet Well inc., le transport en commun et le gel de taxes sont sous la loupe, entre autres. « On veut faire une veille pour regarder les dossiers municipaux, explique Mme Pigot. On se pose des questions, par exemple par rapport au gel de taxes. Tout augmente, donc lorsqu’on gèle les taxes, ça veut dire qu’on coupe quelque part. »

Le cheval de bataille de Sherbrooke Citoyen reste le transport en commun.« Quand je suis à Deauville, je ne peux pas faire grand-chose sans voiture. Les quartiers sont développés pour les automobiles. Si une famille est un peu décentrée, elle est obligée de s’acheter deux ou trois voitures. De plus, beaucoup d’adolescents sont isolés, car ils n’ont pas leur permis », analyse Mme Pigot.

« Ce qui est très encourageant, c’est que Sherbrooke Citoyen a fait sa marque aux dernières élections. C’est la première fois qu’on présentait des candidats dans tous les districts. [...] Depuis la fin de la campagne, je rencontre toujours des gens qui nous demandent de continuer notre beau travail. Ils veulent que notre parti ait sa voix dans la vie municipale », résume-t-elle.