Pierre Tremblay

Les finances et les gros projets dans l’œil des «nouveaux»

Des 14 sièges de conseillers municipaux à Sherbrooke, six sont occupés par des élus qui en sont à leurs premières armes en politique. Arrivés à la mi-mandat, ils auront à l’œil l’évolution des grands projets et la gestion des finances. La Tribune a cherché à connaître leur vision de la politique à Sherbrooke.

Paul Gingues, du district de l’Université, se demande si la Ville aura les moyens de ses ambitions. « On dirait que tout a déboulé en même temps avec le pont des Grandes-Fourches, la rue Galt Ouest et le Quartier Well Sud. Ce sont des bonnes nouvelles, mais ça fait beaucoup de projets sur la cuisinière en même temps. Ça me donne un peu le vertige par rapport à notre capacité de faire les choses. Nous sollicitons beaucoup de ressources financières, matérielles et humaines. On étire la sauce. »

M. Gingues s’inquiète d’autant plus que les récentes intempéries ont rappelé l’urgence de déménager le garage municipal, situé en zone inondable sur la rue des Grandes-Fourches. « Il faudra prendre des décisions. Je préconise d’agir en bon père de famille pour contrôler les dépenses. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas agi en père de famille. M. le Maire n’a pas été précis dans les directions à prendre. L’économie va bien et on continue de dépenser... »

Pierre Tremblay, du district de Deauville, abonde dans le même sens. « On entreprend beaucoup de projets en même temps, peut-être trop de projets. Ça me fait peur un peu. Avec les chantiers du centre-ville, peut-être que la revitalisation de la rue Galt Ouest est prématurée. J’essaie de m’imaginer comment les automobilistes s’en sortiront pendant les chantiers. J’ai peur que nos citoyens soient pris en otage. »

Claude Charron

Plus de vision et d’efficacité

Karine Godbout, du district d’Ascot, plaide d’ailleurs pour l’importance d’avoir une vision globale pour prendre les bonnes décisions, une pensée qui rejoint celle de ses collègues Annie Godbout et Évelyne Beaudin. « Se donner une vision claire, ça passe par une vision stratégique. Nous sommes dans une transition. On voit ce qui émerge, mais on doit établir les priorités de façon plus concrète. »

Dans le même sens, Karine Godbout soulève l’importance de se doter d’outils pour suivre les dépenses municipales. « Il faut mettre en place quelque chose qui nous aide à faire un suivi budgétaire et pour que nous ayons une plus grande compréhension de nos dépenses. »

Tous s’entendent néanmoins pour dire que le projet du Quartier Well Sud se devait d’emprunter un nouveau chemin et que les citoyens sont mieux servis avec la nouvelle mouture. À l’exception d’Évelyne Beaudin, chef intérimaire du parti Sherbrooke Citoyen, tous croient aussi que la présence majoritaire d’indépendants contribue à assainir le débat.

Paul Gingues

« Il y a plus de débats qu’avant sur la place publique. Le fait qu’il y a beaucoup d’indépendants fait que plus de gens veulent exprimer leur point de vue », résume Pierre Avard, du district du Pin-Solitaire.

M. Avard estime qu’il faut s’attarder à la perception qu’ont les citoyens de l’appareil municipal. « Il faut avoir une cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Chaque année, nous annonçons plusieurs chantiers qui ne se font pas. »

Selon lui, le conseil pourrait toutefois gagner en efficacité. « Il faut regarder les façons dont nous faisons les choses. Nous tenons deux conseils municipaux par mois et ils s’étirent souvent jusqu’à minuit. Pourquoi n’y en aurait-il pas trois? Quand on nous fait une présentation à huis clos et qu’on la refait la semaine suivante pour prendre la décision, pourquoi est-ce qu’on ne la prend pas la première fois? On a beau avoir des outils, je ne pense pas qu’on soit efficaces. Souvent, on entend les mêmes dossiers deux ou trois fois. »

Karine Godbout

Pierre Avard plaide du même coup pour une plus grande équité entre les districts électoraux. « La perception des gens de l’Est, c’est qu’ils sont moins écoutés que les autres par la Ville. Je veux m’assurer que des secteurs ne soient pas privilégiés par rapport à d’autres. »

Dans le même sens, pour Paul Gingues, il faut améliorer le contact avec la population. « Le site de la Ville est archaïque et on parle depuis longtemps d’un numéro unique pour appeler à la Ville. »

Dans son bilan publié jeudi, Évelyne Beaudin, du district du Carrefour, relevait les difficultés de maintenir une vie équilibrée. Parlez-en à Karine Godbout.

Charge de travail

Claude Charron, du district de Lennoxville, souligne que la charge de travail est importante pour les élus. « C’est beaucoup plus difficile qu’avant de répondre à toutes les demandes. C’est un travail qui est considéré à temps partiel, mais peut-être que ce serait bon que ce soit un emploi permanent. C’est une déception des nouveaux élus : la charge de travail. »

« C’est une grande charge. Les demandes entrent de partout : sur Messenger, par texto, sur Facebook, par courriel, par téléphone... Il n’y a pas de limites, alors il faut en mettre. Je suis mère de trois enfants, alors ça demeure un défi de trouver un équilibre avec la famille. »

Paul Gingues le confirme : « C’est un travail colossal avec des heures atypiques. »

Pierre Avard

Projets pour 2021

Avec encore deux ans de travail devant eux, les élus qui en sont à leur premier mandat ne manquent pas de projets. Claude Charron, président de la Corporation de l’aéroport de Sherbrooke, planchera sur la venue d’un vol commercial.

Paul Gingues tient à l’installation de jeux d’eau à la plage Lucien-Blanchard, pour compenser la piètre qualité de l’eau qui ne permet pas toujours aux citoyens de se rafraîchir.

Karine Godbout, présidente du comité de l’environnement, ne manquera pas de pain sur la planche. « Nous avons déjà traité les dossiers des résidus encombrants, des matelas, des sacs de plastique, mais la mise en place du Bureau de l’environnement a été un gros accomplissement. Nous devrons maintenant travailler à tisser des liens avec les autres services. On ne manquera pas d’ouvrage pour les prochaines années. »

Pour Pierre Avard, la Ville devra se positionner rapidement sur l’avenir de l’édifice d’Expo-Sherbrooke. « On ne peut pas laisser les enfants s’entraîner là très longtemps. Des parents me disent qu’ils pensent à abandonner le sport en raison de l’état des lieux. Il n’y a pas juste les arénas à Sherbrooke. Il faut penser aux autres équipements. »

Enfin, Pierre Tremblay promet de s’intéresser au redressement de Valoris et à la restructuration des paramunicipales. « J’ai la ferme intention que ça se réalise dans les deux prochaines années. Ce sont des dossiers majeurs qui sont des irritants. »