Les élus de Sherbrooke verront leur salaire brut grimper de 10 à 22 %, selon les tâches qu’ils ont à accomplir au sein de la Ville.

Les élus à l’aise avec la hausse, moins avec le processus

Si les élus municipaux de Sherbrooke sont majoritairement à l’aise avec les augmentations de salaire qu’ils s’accorderont en juin, beaucoup d’entre eux sont embarrassés de voter pour leur propre paie.

Les élus sherbrookois voteront prochainement un règlement augmentant leur salaire de base de 5,24 %. Les changements apportés à leur rémunération brute entraîneront plutôt des hausses variant de 10 à 22 %.

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C’est que le salaire de base de 2018 subirait une indexation pour les années 2018 et 2019. Il serait par ailleurs majoré de 5906 $ pour tous les conseillers, et de 8115 $ pour le maire, pour compenser le fait que l’allocation de dépenses des élus est désormais imposable.

« Ça devrait être Québec qui fasse ça, déclare Évelyne Beaudin. C’est vraiment ingrat d’avoir à décider de nos propres conditions de travail. Pour moi, ça devrait être uniformisé à la grandeur du Québec, car on se retrouve avec des situations très disparates. »

Cependant, les hausses sont correctes, selon elle. « Je suis économiste dans la vie et je trouve ça correct que les élus maintiennent leur pouvoir d’achat. Si on n’avait pas procédé ainsi, on serait moins payés qu’au moment de notre élection en novembre 2017. Je considère qu’un maintien du pouvoir d’achat est quelque chose de normal, pas seulement pour le poste d’élu. Je pense que ça fait partie des droits des travailleurs en général de maintenir leur pouvoir d’achat », considère Évelyne Beaudin.

Inconfort

Pour Julien Lachance, la hausse est « sensée ». Toutefois, selon lui, la hausse des salaires devrait se décider hors du conseil municipal. « Je suis toujours très inconfortable de négocier mon salaire moi-même. On se pose toujours les questions : “ Est-ce que je suis impartial? Est-ce que je suis vraiment correct? ’’. Il y a déjà un inconfort à le faire entre nous. Il y a probablement des gens qui vont faire des commentaires sur le sujet. Ça fait 18 ans que je suis au conseil et c’est le comité de transition, indépendant, à l’époque qui avait statué sur le salaire. Après, ç’avait seulement été indexé », se rappelle le vétéran conseiller.

De plus, selon lui, des efforts sont faits pour réduire l’argent dépensé pour les conseillers municipaux. « Les conseillers ont fait un effort quand on a réduit le nombre d’élus. On a enlevé cinq conseillers municipaux. Je pense que ça ne justifie pas une augmentation plus élevée, mais ça démontre qu’il y a un souci d’assainir les finances. Quand on est moins d’élus, c’est plus de travail pour tout le monde. Je suis l’un de ceux qui croient qu’on n’a pas besoin d’autant d’élus sur les comités », avoue-t-il.

À propos de la compensation de 5906 $ appliquée à l’allocation, M. Lachance évalue que le salaire médian d’un conseiller municipal tourne plus autour de 110 000 $ que 60 000 $ lorsqu’on calcule le deuxième emploi de celui-ci. « Nicole Bergeron a fait le choix de laisser son autre emploi pour être à la Ville à temps plein, alors que d’autres font deux emplois. Ils atteignent peut-être le même montant, et plus, car ils ont deux emplois, mais l’impact n’est pas le même que celui de Nicole. La rémunération totale est dans le même étendue de ce que Nicole peut gagner. Celui qui fait plus que ça dans ses deux emplois va être pénalisé, tandis que celui qui fait moins de 109 000 $ va être avantagé », plaide-t-il.

Difficile à vendre

Pour Annie Godbout, « il n’est franchement pas une tâche agréable de voter son propre salaire ». « Combien ça vaut un bon élu municipal? C’est franchement difficile à dire et surtout, difficile à vendre. Pour une certaine tranche de la population, on est toujours trop payés, et, pour d’autres, pas suffisamment. Je crois que nous avons la responsabilité de valoriser la fonction. La population s’attend à avoir des élus compétents et avoir des élus compétents, ça a un coût. Plus les salaires seront intéressants, plus les gens compétents se manifesteront lors des élections. »

Selon elle, les conseillers ont fait une erreur en n’indexant pas leur salaire en 2018. « Ça aurait été dans le cours normal des choses. On a un manque à gagner de 2018 et on souhaite pouvoir le récupérer. La bouchée semble plus grosse, mais ce sont deux indexations au coût de la vie », explique-t-elle.

Rémi Demers, lui, pense qu’une mise à jour doit être faite. « Je veux me garder une petite réserve avant de me commettre définitivement, mais est-ce qu’il doit y avoir un ajustement? Je pense que oui. Dans un monde idéal, on n’a pas à se poser cette question. On doit trouver une règle pour ne pas revenir constamment là-dessus, car ça crée un malaise. Plusieurs personnes ne réalisent peut-être pas de quelle façon ça peut nous occuper. Jusqu’ici, on est très bien rémunérés, on n’a pas à se plaindre. Mais il y a eu une perte de pouvoir d’achat. Plus largement, il faut un attrait pour attirer les gens de qualité au conseil. »

Conseil externe

Danielle Berthold rappelle qu’elle paie également des taxes et des impôts. « L’argent que les conseillers municipaux se sont attribué en augmentations, on la paie aussi! C’est mon argent à moi aussi! On est allés à l’externe pour que quelqu’un nous conseille des choses et on a écouté. Tant et aussi longtemps que le vote n’est pas arrivé, il peut y avoir des modifications, des choses qui peuvent bouger », commente-t-elle, mentionnant qu’elle ne s’est pas fait interpeller à ce sujet par les citoyens.

Vincent Boutin assure que le travail a été fait de manière sérieuse et en équipe, ce pour quoi il est à l’aise avec l’augmentation. « Il y a le fait d’avoir un indice année après année sur lequel se baser pour déterminer les augmentations. C’est pour que ce ne soit pas arbitraire dans les années futures. C’est la première fois qu’on fait cette démarche-là. Ça secoue, car c’est quelque chose qu’on ne faisait pas avant. C’est pourquoi on s’est trouvé un indice neutre, objectif et vérifiable qui nous aidera. »

Claude Charron ne voit pas cela comme une hausse, mais comme un ajustement. « Je ne pense pas que ce soit un sujet tabou, je pense qu’on est transparents. Tout est là dans le rapport Tanguay », dit celui qui en est à un premier mandat comme conseiller municipal.

Chantal L’Espérance, elle, a mentionné que « tout le monde est confortable, personne n’a dit trouver ça injuste ou inéquitable ».

Marc Denault, Pierre Tremblay, Nicole Bergeron, Pierre Avard, Paul Gingues et Karine Godbout n’ont pas rappelé La Tribune. Le maire, lui, n’a pas pu répondre aux questions, puisqu’il est actuellement à Paris.