Le député caquiste Éric Caire croit possible de garder la facture d'un troisième lien sous les 4 milliards $.

Le troisième lien sous les 4 G$, estime la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) ne fixe pas de prix plafond pour un troisième lien routier Québec-Lévis, projet que le parti politique s’engage à lancer dans un premier mandat s’il prend le pouvoir en octobre. Le député Éric Caire croit tout de même possible de garder la facture sous les 4 milliards $.

La lutte électorale est bel et bien commencée dans la région de Québec. Le thème du troisième lien s’est imposé jeudi pour les politiciens et les journalistes après que François Legault eut déclaré la veille sur les ondes de Radio-Canada qu’il voulait en «faire un bon bout dans un prochain mandat, donc dans les quatre prochaines années». Le chef de la CAQ ne faisait pourtant que répéter la position de son parti, exposée dans Le Soleil en mars 2017.

«C’est vraiment le comble du ridicule. Tout le monde sait que ça ne peut pas se faire en quatre ans!» a bondi Agnès Maltais. Selon la seule député du Parti québécois à Québec, François Legault «est prêt à promettre une navette spatiale aux Québécois pour gagner les élections». Elle pense plutôt qu’il faut doter la capitale d’un tramway. 

Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports, a pour sa part qualifié l’approche caquiste de «broche à foin». «M. Legault a beau vouloir agir en cowboy, sauter des étapes pour le réaliser dans un prochain mandat, je vais le laisser dire ce qu’il veut. Honnêtement, comme gouvernement, il faut faire un travail rigoureux et respecter les étapes nécessaires», a-t-elle commenté, rappelant les recommandations de la commission Charbonneau.

Selon les calculs de la député de Chauveau, il faudra «dans le meilleur, meilleur des cas» au moins huit ans pour concrétiser un troisième lien et plus probablement une décennie puisque «c’est rare, très rare qu’on est en bas de 10 ou 11 ans» pour des projets de cette ampleur. La décision de construire ou pas est attendue en 2020, après réception de l’étude d’opportunité qui démarrera prochainement. 

Volonté ferme

Pour apaiser les esprits, Éric Caire a fait la tournée des médias et défendu la priorité de la CAQ en matière de transport. «Il y a une volonté ferme de le réaliser [le troisième lien]. On n’est pas à l’étape de se demander est-ce qu’on le fait, est-ce qu’on le fait pas, est-ce qu’il y a un coût qui fait qu’on y va, un coût qui fait qu’on n’y va pas. On n’est pas là. L’engagement, c’est : on le fait. Donc on n’est plus dans les études d’opportunité ou de faisabilité, on est dans la réalisation», a-t-il expliqué. 

Le député de La Peltrie assure que le projet ne sera pas bâclé pour autant, que la sécurité des gens sera assurée, les analyses coût-bénéfices réalisées. «On fera pas ça en broche à foin!» s’est-il défendu en entrevue téléphonique au Soleil

M. Caire n’est pas en mesure de dire où sera situé le troisième lien, même s’il a déjà affiché sa préférence pour l’est, ni s’il s’agira d’un pont, d’un tunnel ou d’un mélange des deux. Toutefois, il a énuméré ce qu’il aimerait greffer aux voies de circulation automobile, soit des voies réservées pour le transport en commun et des rails pour desservir le port de Québec et son éventuel terminal de conteneurs. «Tant qu’à faire une infrastructure de cette ampleur-là, je pense qu’il faut avoir une vision à long terme», a plaidé le caquiste. 

Sans égard à la facture? M. Caire n’a pas de maximum, mais il a un «barème», celui d’un tunnel reliant Québec et Lévis en passant sous la pointe ouest de l’île d’Orléans. Le professeur Bruno Massicotte de l’École polytechnique de Montréal a étudié ce seul scénario à la demande du ministère des Transports. Il a conclu qu’il en coûterait 4 milliards $, mais a signalé que d’autres options seraient probablement plus économiques. 

«Le scénario catastrophe, il a été établi à 4 milliards $. On peut juste aller en bas de ça», conclut Eric Caire. En comparant avec d’autres projets de tunnels réalisés ailleurs dans le monde, ce dernier estime que 2 milliards $ serait un ordre de grandeur plus réaliste, mais il ne prend pas d’engagement budgétaire. 

Les retombées l’intéressent davantage. «Compte tenu du besoin, compte tenu du gain, compte tenu de ce que la congestion routière coûte, compte tenu du fait qu’il faut sécuriser les liens interrives, que les villes de Lévis et de Québec se développent, je pense qu’on est rendus à réfléchir à des infrastructures comme celle-là», dit le politicien. 

M. Caire n’a pas hésité à mettre son siège en jeu, jeudi, pour appuyer la promesse électorale de la CAQ. «S’il y a un recul de la CAQ, je démissionne. La promesse, c’est d’aller de l’avant avec le projet de troisième lien dès le premier mandat. Ce sera ça, sinon je n’en suis pas. Ce projet-là me tient à cœur. Je sais qu’on est accusés de faire ça pour solliciter des votes, mais je vous dirais que dans mon cas, ça n’a rien à voir», a-t-il développé, concédant que son message s’adresse autant à son parti qu’aux citoyens. Avec Jean-Marc Salvet

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APPEL D'OFFRES TRÈS COURU

À peu près tout ce que le Québec compte de firmes d’ingénieurs a soumissionné pour réaliser l’étude d’opportunité sur un troisième lien routier entre Québec et Lévis. 

C’était jour de réception et d’ouverture des offres, jeudi. Le ministère des Transports du Québec en a reçu cinq. Il y a sur les rangs les Consultants S.M., le consortium SNC-Lavalin-WSP-Cima+, le consortium Norda Stelo-Parsons-Deloitte, la co-entreprise Aecom-EXP-Cowi et le Groupement mobilité interrives qui réunit Stantec, Tetra Tech QI et Hatch Corporation. 

Parmi les firmes de l’extérieur, on compte l’américaine Parsons, la scandinave Cowi et l’ontarienne Hatch. Le contrat sera attribué après étude des dossiers. Il n’y a pas de prix soumis. Les ingénieurs seront payés selon les honoraires prévus par décret gouvernemental. Le bureau de projet qui chapeaute l’initiative compte sur un budget de 20,5 millions $. 

Les sous-traitants auront jusqu’à la fin de 2018 pour étudier les besoins, puis jusqu’à la fin de 2020 pour faire le tour des solutions et identifier la meilleure.

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PAS D'ATTACHE POUR LE TRANSPORT COLLECTIF

Un éventuel gouvernement caquiste se sentira complètement libre de mettre à la poubelle le grand projet de transport collectif développé par la Ville de Québec et le gouvernement Couillard s’il ne répond pas à ses attentes.

«Je ne me sens aucunement tenu de respecter les engagements de Philippe Couillard. D’aucune façon. Nous aurons notre plateforme pour Québec avec le cadre financier pour la région de Québec. Nous respecterons nos engagements», a martelé jeudi Éric Caire, porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour les dossiers de la Capitale-Nationale. «On ne va pas faire de la politique avec un fusil sur la tempe.»

«Que tout le monde soit bien avisé : il y a une élection dans huit mois», a servi M. Caire en guise d’avertissement, alors que le premier ministre Philippe Couillard annonçait depuis la Chine que le projet de transport en commun de Québec devrait être présenté dans les «prochaines semaines». Le maire Régis Labeaume pousse pour que le gouvernement provincial s’engage financièrement dès le prochain budget. 

M. Caire assure que son parti est favorable au transport en commun tant à Québec qu’à Lévis, mais ne se mouille pas sur le mode privilégié, autobus ou tramway, ni sur un financement. 

«On veut développer le transport collectif à Québec et pour nous, c’est incontournable qu’il y ait une vision des banlieues, une volonté de desservir les banlieues parce qu’on pense que la clientèle potentielle est dans les banlieues», balise le député. 

Selon M. Caire, le «no way tramway» de Gérard Deltell, du temps où il représentait la CAQ dans Chauveau, a été prononcé parce que le précédent projet de tramway était planifié seulement dans l’axe est-ouest de la haute ville. «S’il n’y a pas d’amélioration dans les banlieues, je ne vois pas comment on pourrait être partie prenante à ça», prévient-il.