Le maire de Toronto, John Tory

Le conseil municipal de Toronto dénonce le régime minceur du gouvernement Ford

TORONTO — Le conseil municipal de Toronto a voté lundi pour dénoncer le controversé projet de loi du gouvernement de l’Ontario qui réduirait sa taille de près de moitié.

Les élus de la Ville-Reine se sont aussi prononcés pour demander au gouvernement provincial de mener un référendum sur le nombre de sièges et sur leurs délimitations avant d’adopter le projet de loi, qui ferait passer le nombre de conseillers municipaux de 47 à 25.

« Aujourd’hui, le conseil de ville a envoyé un message fort à Queen’s Park, qu’il s’oppose au processus autour du changement des délimitations des sièges », a déclaré le maire John Tory dans un communiqué.

« Le conseil de ville a approuvé ma demande pour que la province tienne un référendum contraignant avant de procéder à tout changement sur les délimitations des sièges à Toronto. Des changements de cette gravité devraient toujours être faits avec un degré de consultation qui permet au public d’être entendu. »

Le vote a eu lieu au terme d’un débat houleux à l’hôtel de ville, alors que les élus se demandaient s’il fallait contester devant les tribunaux le projet de loi du gouvernement progressiste-conservateur.

Le premier ministre Doug Ford a surpris politiciens et citoyens, la semaine dernière, en annonçant qu’il prévoyait amputer de moitié le nombre de sièges au conseil municipal de la ville canadienne la plus populeuse, sans toutefois toucher aux conseils des autres grandes villes de la province.

Le premier ministre progressiste-conservateur a soutenu que cette réduction simplifiera le processus décisionnel à l’hôtel de ville et permettra aux contribuables de Toronto d’économiser 25 millions $ en salaires pour les conseillers et leur personnel.

Lui-même ancien conseiller municipal de Toronto, Doug Ford avait été candidat à la mairie pour succéder à son frère Rob, en 2014, mais il avait terminé deuxième, derrière John Tory.

M. Ford a déclaré lundi à l’Assemblée législative qu’il avait fait campagne pour réduire la taille et les dépenses du gouvernement ontarien, de sorte que cette décision ne devrait surprendre personne. « J’ai parlé à des dizaines de milliers de personnes à travers la province, j’ai parlé à des milliers de personnes à Toronto, et chaque personne à qui j’ai parlé à Toronto m’a dit que la mairie était dysfonctionnelle », a déclaré M. Ford.

« Nous ne croyons pas en un gouvernement plus gros, nous ne croyons pas à plus de politiciens ou à plus de bureaucratie : nous allons nous assurer que la Ville de Toronto fonctionne enfin plus efficacement. »

M. Ford a même trouvé un argument écologique pour plaider en sa faveur. « Je peux vous assurer que lorsque nous aurons 25 conseillers, il y aura 500 000 feuilles de moins : je protégerai l’environnement et je protégerai les arbres », a-t-il lancé.

Le conseiller municipal Giorgio Mammoliti, allié de longue date de M. Ford, a suggéré lundi qu’il pourrait y avoir un autre motif pour ce changement. « Il y aura moins de politiciens de gauche à la Ville de Toronto, ce qui sera une excellente chose », a soutenu M. Mammoliti, lors d’une conférence de presse pour défendre le projet. « C’est une excellente journée pour les contribuables. »

Contestation judiciaire ?

Tandis que M. Mammoliti et une poignée de conseillers exprimaient leur soutien au projet de loi à Queen’s Park, d’autres élus municipaux discutaient à l’hôtel de ville de leurs options pour s’opposer au projet, alors que la Ville s’est déjà prononcée contre une telle proposition.

Le personnel municipal a déjà indiqué qu’il ne pourrait pas apporter tous les changements nécessaires à temps pour les élections du 22 octobre — même si le ministre des Affaires municipales a dit qu’il les avait contactés et qu’il était persuadé de pouvoir régler à temps toute « question de transition ».

Des universitaires et des juristes ont suggéré au conseil municipal de contester cette décision devant les tribunaux, afin de retarder au moins l’entrée en vigueur du projet pendant la campagne en cours, grâce à une injonction.

Le conseil municipal a demandé à l’avocat de la ville d’évaluer la validité et la constitutionnalité du projet de loi, a indiqué le maire Tory.

« Je vais continuer de militer pour que la province appuie sur le bouton pause quant à ce processus et qu’elle laisse l’élection municipale, qui est déjà en cours, se dérouler », a indiqué John Tory.

Approche « dictatoriale »

M. Ford a fait face à Queen’s Park à la même critique de la part des partis de l’opposition, qui soutiennent que le chef conservateur n’a pas fait campagne sur cette question ou tenu des consultations publiques, comme il s’est engagé à le faire sur des changements clés. Le premier ministre a promis lundi après-midi d’aller visiter la semaine prochaine des citoyens de la région de Toronto — et jusqu’à Timmins, dans le nord-est de la province — pour entendre ce que les gens pensent de sa proposition, même si son cabinet n’a pas confirmé immédiatement ce porte-à-porte.

Le projet de loi présenté lundi modifie plusieurs lois existantes pour « réaligner » les districts municipaux de Toronto avec les circonscriptions provinciales et fédérales. Il prévoit aussi de prolonger jusqu’à la mi-septembre la période de mise en candidature, pour les élections du 22 octobre. Le projet de loi annulerait par ailleurs les élections pour la présidence des municipalités régionales de Peel, de York, de Muskoka et de Niagara, afin de revenir à la formule des nominations.

La chef du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath, a qualifié l’approche de M. Ford de « dictatoriale ». Elle a déclaré que même si le premier ministre a insisté sur la nécessité d’une consultation sur d’autres enjeux, comme le programme d’éducation sexuelle, il ne veut pas entendre l’opinion de la population sur cette question.

« Peu importe à quel point il prétend vouloir entendre la voix des gens, il ne peut les empêcher de prendre position sur un enjeu concernant leurs propres institutions démocratiques », a-t-elle dit. « Il ne devrait pas gouverner par un édit royal sur son trône à Etobicoke : il a été élu dans une démocratie, et les processus démocratiques exigent un débat public. »

Les libéraux, écartés du gouvernement ce printemps, ont remis en question la décision du premier ministre de viser uniquement Toronto et trois autres régions. Les verts ont rappelé les propos de M. Mammoliti, qui laissent croire que cette initiative vise « davantage à régler les vieux comptes qu’à servir les gens de Toronto ».