Présidente de la commission, la caquiste MarieChantal Chassé a simplement déclaré que c’était son rôle de déposer les mémoires reçus à la commission.

L'Assemblée nationale donne... et retire une tribune à un groupe d'extrême droite

La commission des relations avec les citoyens a retiré jeudi, deux jours après l’avoir déposé, le mémoire d’un organisme suprémaciste blanc à l’occasion de l’étude détaillée du projet de loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes. Tous partis politiques confondus, les 14 membres de la commission ont finalement décidé à l’unanimité de retirer le mémoire qui contenait des propos non parlementaires.

Déposé par la Fédération des Québécois de souche, un organisme fondé par l’ancien skinhead néonazi Maxime Fiset, le mémoire félicitait d’abord le gouvernement du Québec de s’être attaqué à la révision du système d’immigration. La Fédération y indiquait que le renouvellement des générations et la progression démographique du Québec devaient d’abord provenir d’un relèvement de la natalité et que l’immigration ne devrait avoir qu’un rôle d’appoint. 

Insistant aussi pour que les Québécois de souche demeurent majoritaires, la Fédération plaidait pour une réduction du nombre annuel d’immigrants permanents tout en privilégiant les immigrants provenant de peuples francophones d’Europe ou de la «diaspora canadienne-française ou acadienne», puis des autres peuples européens et des «communautés ayant des affinités culturelles avec le Québec comme les chrétiens d’Orient». La Fédération estimait aussi que dans le cas des arrivants provenant de peuples, de communautés et de groupes ayant des affinités ethniques ou culturelles étroites avec les Québécois, l’intégration devrait prendre la forme d’une assimilation complète. 

À LIRE AUSSI: «Un gros coup de pub»

«La pratique veut que la présidence de la commission dépose les mémoires d’organismes ou de personnes qui n’ont pas été entendus ou n’ont pas été invités par la commission à participer à la consultation publique. Dans ce cas-ci, la présidence a déposé le mémoire, mais certains membres ont fait remarquer qu’il pouvait contenir des propos non parlementaires. D’un commun accord, les 14 membres de la commission ont confirmé à l’unanimité le retrait du mémoire», a expliqué Maxime Perreault, coordonnateur à la procédure parlementaire aux commissions, en fin d’après-midi jeudi.

Réactions

L’apparition du mémoire sur la page de la commission des relations avec les citoyens avait fait sursauter Maxime Fiset, maintenant repenti et qui travaille au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. M. Fiset s’était dit extrêmement surpris de voir un rapport de l’organisation qu’il a fondée en 2007 sur le site de l’Assemblée nationale. Toute la journée, les politiciens des différents partis avaient d’ailleurs dû répondre aux questions des journalistes à l’Assemblée nationale.

Présidente de la commission, la caquiste MarieChantal Chassé avait simplement déclaré que c’était son rôle de déposer les mémoires reçus à la commission. Les autres députés avaient d’ailleurs refusé de lui lancer la pierre. Son collègue Simon Jolin-Barrette avait aussi argué que c’était la responsabilité de Mme Chassé de déposer le mémoire. «Tous les citoyens ont le droit de s’exprimer et d’interpeler les différents parlementaires», avait-il affirmé. «Je ne suis pas là pour qualifier la nature du contenu du mémoire», avait-il ajouté en point de presse.

Même s’il avouait ne pas avoir lu le mémoire, le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois avait de son côté affirmé n’avoir aucune sympathie pour la Fédération des Québécois de souche. «C’est un groupe extrémiste, un groupe d’extrême droite dont la contribution au débat n’est pas la bienvenue», avait-il affirmé, soulignant que le mémoire pouvait être rejeté à l’unanimité des membres de la commission, ce qui allait se produire quelques heures plus tard.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, abondait dans le même sens. «Je ne souhaite pas du tout m’associer à ce genre de personnes. Ce genre de propos doit être disqualifié. C’est le genre de mémoire qui, quant à moi, n’a pas sa place à l’Assemblée nationale. Laissons tomber les extrémismes comme la Fédération des Québécois de souche et William Steinberg [le maire de Hampstead qui avait associé le projet de loi sur la laïcité au nettoyage ethnique] et concentrons-nous sur les échanges constructifs. Moi, ce n’est pas la Fédération des Québécois de souche ni Steinberg qui vont m’influencer.»