C’est Destination Sherbrooke qui est la plus touchée par la réorganisation des organismes paramunicipaux à la Ville de Sherbrooke, alors que son budget de 2,7 M$ pour 2020 sera amputé d’un million de dollars.
C’est Destination Sherbrooke qui est la plus touchée par la réorganisation des organismes paramunicipaux à la Ville de Sherbrooke, alors que son budget de 2,7 M$ pour 2020 sera amputé d’un million de dollars.

La Ville ampute 1 M$ à Destination Sherbrooke

 La Ville de Sherbrooke poursuit sa marche pour la transformation de ses organismes de développement économique en fusionnant Commerce Sherbrooke, Pro-Gestion Estrie et la Corporation de développement de l’entrepreneuriat collectif (CDEC) et en amputant le budget de Destination Sherbrooke (2,7 M$) de 1 M$. Elle cessera aussi de financer Espace-inc.

Déjà en décembre, le conseil avait annoncé que les élus ne siégeraient plus au conseil d’administration des organismes paramunicipaux et qu’un Bureau de coordination du développement économique verrait le jour. On proposait alors une transition de trois à six mois.

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En contexte de COVID-19, la transition se poursuit jusqu’à la fin de l’année, avec une révision des budgets accordés à chaque organisme. En réduisant de 2,1 M$ les sommes allouées au développement économique à travers ces organismes, la Ville dégage une certaine flexibilité pour la relance de l’économie après la pandémie. Chacune des entités devra d’ailleurs fournir un plan de contingence d’ici 30 jours pour faire face à la crise.

« Maintenant, les réflexions ont permis de déterminer que nous travaillerons avec trois organismes dans le milieu au lieu des six organismes actuels », résume la porte-parole du comité de transition, Annie Godbout.

Outre l’organisme économique issu de la fusion de Commerce Sherbrooke, Pro-Gestion Estrie et la CDEC, Sherbrooke Innopole veillera à l’accélération de la croissance des entreprises des filières en misant sur l’innovation, l’exportation, la transformation numérique et l’attraction de talent. Elle sera responsable de la future zone d’innovation que la Ville souhaite implanter.

Destination Sherbrooke devra pour sa part miser sur le tourisme sportif et le tourisme d’affaires en s’appuyant davantage sur des projets issus du privé, tout en bonifiant sa collaboration avec Tourisme Cantons-de-l’Est. On souhaite y réduire la taille de l’équipe.

« D’ici la fin de 2020, nous travaillerons en étroite collaboration avec les organismes pour peaufiner les mandats et les mécanismes de reddition de compte », ajoute Mme Godbout. Elle précise qu’il ne s’agit pas d’un désaveu envers les organismes paramunicipaux et qu’elle souhaite un dialogue pour bâtir un plan de relance et une vision de l’avenir.

Un nouveau modèle de gouvernance devrait être en place pour le premier janvier 2021 et des ressources, dont un directeur, consacrées au Bureau de la coordination du développement économique devraient être embauchées. Un budget de 122 311 $ a été réservé pour ce bureau. Le nom de Philippe Cadieux, actuel conseiller aux partenariats à la Ville de Sherbrooke, circule comme candidat à la direction.

Dans la révision budgétaire 2020, Commerce Sherbrooke recevra 20 000 $ de moins, la CDEC 32 500 $ de moins et Pro-Gestion Estrie 16 700 $ de moins, contre 1 M$ de moins pour Destination Sherbrooke, où des mises à pied sont à prévoir. Ni le maire ni Annie Godbout n’étaient en mesure de chiffrer le nombre d’employés qui devront partir.

Annie Godbout

À Sherbrooke Innopole, on parle d’une ponction de 200 000 $ sans compter les 600 000 $ d’un fonds d’investissement de la Ville administré par l’organisme paramunicipal.

Une Ville plus proactive

Annie Godbout estime que la Ville reprendra les commandes du développement économique en étant plus proactive pour formuler ce qu’elle souhaite. Le chemin à emprunter pour les entrepreneurs pour obtenir de l’aide sera aussi plus facile à identifier.

« On veut travailler avec les paramunicipales pour raffiner leur mandat. Il fallait revenir avec un cadre et les 2,1 M$ que nous dégagerons seront réinvestis dans la relance après la COVID. Il se peut que le secteur le plus touché soit le tourisme et que nous y ajoutions de l’argent. »

Mme Godbout ne croit pas que le tourisme souffrira d’une réduction importante de son budget et de l’équipe attitrée à son développement. « Nous voulons surtout créer des effets de levier pour que le milieu se prenne en charge. On veut que le tourisme soit émergent. C’est peut-être une erreur de viser un seul produit d’appel et peut-être faut-il plusieurs expériences durables. Foresta Lumina en est un bel exemple. Il y a plusieurs initiatives qui en sont nées, mais on voit déjà une décroissance. »

Évelyne Beaudin, membre du comité de transition, convient que le plan n’est peut-être pas parfait, mais qu’il s’agit d’une étape de transition. « Nos organismes sont les mieux placés pour identifier les besoins du milieu et ces besoins seront nombreux pour la sortie de la crise. Le comité sera ouvert à étudier sérieusement tout projet qui lui sera présenté et qui nécessiterait des fonds supplémentaires. »

Elle estime par ailleurs que la tendance mondiale est au tourisme urbain. « Qui dit tourisme urbain, dit commerces locaux. » Elle souhaiterait donc une fusion de Destination Sherbrooke et de Commerce Sherbrooke.

Pierre Tremblay a inscrit sa dissidence à cette réforme, craignant que les postes coupés dans les organismes paramunicipaux soient transférés à la Ville de Sherbrooke et qu’il n’y ait, au final, aucune économie. Nicole Bergeron, Annie Godbout et Steve Lussier ont confirmé qu’il n’y avait pas de plan en ce sens. Mme Bergeron a du même souffle invité son collègue à plus de rigueur dans ses commentaires.

Paul Gingues a laissé entrevoir un malaise avec la création de deux postes au Bureau de coordination du développement économique, un sujet qui sera débattu plus tard.

« De l’improvisation »

La décision de la Ville, prise en séance extraordinaire du conseil municipal, de réduire significativement le budget de Destination Sherbrooke, a déplu au monde touristique sherbrookois. Les membres du conseil d’administration de Destination Sherbrooke ont rapidement publié un communiqué pour saluer la décision de vouloir contrer les effets potentiels de la crise de la COVID-19, mais pour dénoncer les moyens financiers pris par la Ville pour traverser la crise.

« À Sherbrooke, le tourisme représente 5000 emplois directs et indirects et plus de 150 entreprises », lit-on dans le communiqué.

Marco Corbin, copropriétaire de la Halte des Pèlerins, voit la décision de la Ville comme un désaveu pour l’industrie touristique.

Marco Corbin, copropriétaire de la Halte des Pèlerins et membre du C.A. de Destination Sherbrooke déplore qu’on ne donne aucune ligne directrice à l’organisme pour décider où couper. « Nous avons l’impression d’être le seul organisme touché directement dans les opérations. Les autres, on leur coupe surtout les fonds qui étaient destinés à d’autres entreprises. »

« Si la crise a son lot de malheurs, elle ouvrira aussi, en phase de relance, des portes pour une destination comme Sherbrooke. Les instances touristiques québécoises, canadiennes et même mondiales s’entendent pour dire que la reprise se fera d’abord et avant tout sur le marché domestique. Les gens voudront et auront besoin de sortir de chez eux, de se divertir et ils voudront le faire en toute sécurité et loin des grands centres », lit-on encore.

Il se dit déçu que Sherbrooke ait comparé la taille de l’équipe de Destination Sherbrooke avec la taille des organismes touristiques des autres villes sans tenir compte de la sous-traitance accordée ailleurs. « Ici, nous avons de l’expertise à l’interne qui nous évite d’autres dépenses. »

Annie Godbout confirme que la Ville n’a pas fait de parallèle avec la sous-traitance dans les autres municipalités.

« Je le prends comme un désaveu envers l’industrie touristique. On ne nous donne pas les coudées franches pour prendre un momentum. Cet été, Montréal et Québec n’auront pas de festivals. Nous pourrions attirer des gens chez nous. Pour moi, ce n’est pas une bonne décision. Je ne sais pas comment on va se sortir de ça. J’ai l’impression qu’il y a de l’improvisation et qu’on profite de la crise de la COVID-19 pour allonger les demandes à Destination Sherbrooke. On avait déjà une crise à gérer avec la pandémie, et il faudra gérer une autre crise à l’interne. »

M. Corbin se désole enfin qu’on décide de miser sur le tourisme d’affaires et le tourisme sportif alors que ce sont deux secteurs qui, selon lui, souffriront pour au moins les deux prochaines années.