« La société évolue. C’est à partir du moment où on se rend compte que la situation n’est plus soutenable qu’il faut agir », a dit la directrice du Service des finances, Nathalie Lapierre.

La situation financière de la Ville n’est plus soutenable

La Ville de Sherbrooke fait face à des défis financiers immenses et à des choix déchirants par rapport aux projets et aux services qu’elle désire maintenir. Elle accuse un déficit pour le maintien de ses actifs de 97 M$, procède trop souvent à des emprunts en comparaison avec les dépenses payées comptant et accumule des surplus qui sont trop faibles pour ses besoins. Elle a donc lancé une démarche et une discussion pour se donner une meilleure flexibilité financière.

Le déficit des actifs, dévoilé lundi lors d’un atelier de travail public, c’est le montant supplémentaire que la Ville devrait dépenser aujourd’hui pour assurer un entretien normal de son aqueduc, de ses égouts, de ses bâtiments et de ses véhicules et équipements. Il n’inclut pas les sommes pour réparer les rues en attente de réfection.

« En absolu, le chiffre est énorme, mais sur l’ensemble des actifs (2 G$), ce n’est pas monstrueux », fait valoir le professeur agrégé à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke Mario Lavallée. 

Il note entre autres que la Ville devrait planifier les dépenses sur un horizon de 50 ans pour tenir compte de la durée de vie des actifs. Il soulève aussi le constat que la gestion de la dette indique que la Ville n’a pas suffisamment de marge de manœuvre pour les imprévus. Dans le même sens, sans Hydro-Sherbrooke, sur une période de cinq ans prenant fin en 2018, la Ville aurait enregistré un déficit d’exploitation de 8,2 %. Avec Hydro-Sherbrooke, elle s’en sort avec un surplus de 1,2 %.

« Les budgets annuels ne tiennent pas systématiquement compte des coûts d’entretien de nos actifs ni des coûts de renouvellement des actifs », rapporte M. Lavallée. 

Il faudrait par ailleurs tendre vers un meilleur équilibre entre le payé comptant et les emprunts. 

Des exemples

Mario Lavallée donne les exemples de Gatineau, Montréal et Québec, qui ont réussi à dégager des sommes pour le paiement comptant. À Gatineau, une taxe consacrée aux infrastructures a été instaurée depuis 2012. Québec et Montréal ont adopté une autre stratégie, sans fixer de montant systématique.

« Nous comme Ville, il faudra décider de l’objectif réaliste et soutenu que nous voulons atteindre. Chaque petit geste sera bénéfique. Il nous faut une politique pour décider comment on constitue un petit cochon et comment on l’utilise. Si on n’agit pas dès maintenant, ça va juste empirer dans le temps. Vous allez voir, ce sera un défi. On n’est pas en train de dire que ce positionnement veut nécessairement dire une hausse de taxes. Il faut s’assurer que la façon dont on travaille est durable », a indiqué Nathalie Lapierre, directrice du Service des finances à la Ville de Sherbrooke. 

« On s’est peut-être toujours questionnés à savoir si on ajoutait des services, mais est-ce que tous les services sont justifiés et est-ce qu’on a les moyens de s’offrir tous ces services? », ajoute-t-elle.

Autrement dit, « la société évolue. C’est à partir du moment où on se rend compte que la situation n’est plus soutenable qu’il faut agir », indique Mme Lapierre. 

Les effets d’un « redressement » ne seront toutefois perceptibles que dans plusieurs années.

Le directeur général Daniel Picard précise pour sa part que Sherbrooke n’est pas différente des autres villes. « Il y a longtemps eu un mouvement de reporter en avant. Aujourd’hui, il y a une plus grande sensibilité qu’on ne peut pas continuer comme ça. »

Chantal L’Espérance rapporte qu’il aurait fallu y penser il y a 20 ans, que les gels de taxes et les faibles hausses de taxes ont peut-être nui.

« Je vous souhaite que dans 20 ans, on ne dise pas la même chose de vous », a répondu Mario Lavallée. 

Si Julien Lachance s’est inquiété de la croissance importante de la masse salariale, Daniel Picard a rétorqué qu’elle est proportionnelle aux services qu’on a choisi de se donner. 

Annie Godbout s’est montrée agacée de l’importance de la contribution d’Hydro-Sherbrooke. « C’est difficile de comprendre que plusieurs autres villes n’ont pas cet outil et sont capables d’offrir un niveau de service à la population. »

Marc Denault a rappelé que les citoyens ne pourront pas absorber une augmentation de taxes de plus de 5 % chaque année et souhaite obtenir un portrait de l’ensemble des actifs de la Ville. Dans le même sens, il faut arrêter, selon lui, d’espérer les mêmes services dans tous les arrondissements. « Il est impossible d’avoir des arénas et des piscines dans tous les coins de la ville. » 

Pierre Avard invite ses collègues à se demander si Sherbrooke a vraiment besoin de tout ce dans quoi elle investit.

Paul Gingues, lui, s’est demandé s’il y avait un problème avec l’asphalte qu’on utilise pour qu’il soit aussi peu durable.

Nathalie Lapierre a rappelé que les Sherbrookois sont les citoyens les moins taxés parmi les grandes villes du Québec.